Culture - Le retour du crâne d'Ataï en Nouvelle-Calédonie relance la question de l'inaliénabilité des fonds des musées

Le 2 septembre, le crâne du grand chef Ataï et celui de son sorcier au nom inconnu, tués tous deux lors de la grande révolte canaque de 1878, sont arrivés en Nouvelle-Calédonie. A l'époque, les deux têtes avaient été tranchées par des auxiliaires canaques et les crânes - conservés dans un bocal d'alcool phéniqué - envoyées par un médecin de marine au professeur Paul Broca, président-fondateur de la Société d'anthropologie de Paris. Après une présentation lors d'une réunion de la société en 1879, les deux crânes n'ont jamais été exposés et sont restés dans les réserves du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
Contrairement à une légende tenace entretenue notamment par le roman de Didier Daeninckx "Le retour d'Ataï" paru en 2002 - et que démonte le long dossier mis en ligne par le ministère des Outre-mer -, les deux têtes n'ont jamais été "égarées" et sont toujours restées dans les réserves du muséum. De même, des examens anthropologiques et médicolégaux ont confirmé qu'il s'agit bien du crâne d'Ataï.

Une cérémonie à Paris et en Nouvelle-Calédonie

A leur arrivé en Nouvelle-Calédonie, les deux dépouilles ont été confiées à la tribu de Petit Couli, où elles demeureront un an, avant l'organisation de nouvelles cérémonies de deuil, avant d'être déposées définitivement sur le territoire de l'ancienne tribu de Winrinha.
Le 28 août, le Muséum d'histoire naturelle de Paris avait organisé une cérémonie de restitution, avec coutume d'au revoir et plantation d'un arbre dans les jardins du muséum, en présence de la ministre des Outre-Mer, George Pau-Langevin, de chefs coutumiers et de descendants d'Ataï.
L'affaire rappelle évidemment le feuilleton de la restitution des têtes maories à la Nouvelle-Zélande, qui avait mobilisé le Parlement pour trouver une solution (voir nos articles ci-contre). En 2002, une autre loi avait déjà permis à la France de restituer à l'Afrique du Sud les restes de la Vénus hottentote. Dans le cas d'Ataï, le fait que la Nouvelle-Calédonie fasse partie du territoire de la République a permis d'éviter le passage par la voie législative.

La crainte du précédent

Devenu un symbole pour le peuple canaque, le retour d'Ataï sur sa terre natale était inscrit dans les accords de Matignon de juin 1988, qui ont mis fin à un autre conflit en Nouvelle-Calédonie. Il aura pourtant fallu plus de 25 ans pour que cette décision se concrétise, ce qui prouve le caractère très sensible de la question.
Car au-delà du contexte local - et malgré plusieurs précédents -, une bonne partie des conservateurs et des scientifiques restent réticents sur ces restitutions. La loi du 4 janvier 2002 prévoit pourtant une procédure - très encadrée - de déclassement des biens des collections des musées, après avis d'une commission nationale scientifique des collections. Mais, dans le cas d'Ataï comme dans celui des têtes maories, c'est moins la valeur muséographique qui est en cause que le risque de précédent. Le communiqué du ministère des Outre-Mer rappelle en effet que "le Muséum national d'histoire naturelle possède une des plus grandes collections de restes humains du monde, et cette collection constituée au terme d'un très patient travail, qui a culminé entre 1850 et 1900, a été entreprise dans le but avéré d'illustrer la diversité anatomique de l'espèce humaine".
Sans oublier que la question de la restitution des restes humains débouche très vite sur celle tout aussi sensible des œuvres d'art plus ou moins pillées ou obtenues dans des conditions d'échange douteuses, qui peuplent tous les grands musées des pays développés.

 

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