Les associations culturelles employeuses en proie à des difficultés depuis l'après-Covid

Une enquête de l'association Opale met en évidence les difficultés économiques rencontrées par les associations culturelles employeuses depuis la fin de la crise sanitaire, notamment en raison d'une baisse des financements publics qui s'inscrirait dans un processus de marchandisation du secteur.

Après le Covid, les associations culturelles employeuses ont connu une embellie "en trompe-l'œil", selon une enquête publiée en décembre 2025 par l'association Opale, qui intervient auprès de porteurs de projets artistiques et culturels ainsi que de collectivités locales. Cette étude met également en lumière un secteur associatif culturel dont les modèles économiques évoluent peu et voit ses subventions publiques baisser.

Réalisée auprès de 977 associations et à partir de données portant sur l'année 2023, l'enquête souligne d'abord que 14% des associations culturelles employeuses présentes dans une précédente enquête réalisée cinq ans plus tôt n'avaient employé aucun salarié en 2020, année du pic de la crise sanitaire liée au Covid. De fait, les associations interrogées affichent une ancienneté accrue, ce qui, pour Opale, "révèle en creux les répercussions de l'épisode pandémique sur les structures les plus jeunes, en partie disparues". 

Effets de traîne de la crise sanitaire

Quant aux associations qui sont parvenues à surmonter la crise, elles apparaissent aujourd'hui mieux dotées en personnel qu'en 2018 et affichent un budget moyen en hausse de 33%. Toutefois, cette embellie ne serait qu'"un trompe-l'œil". "En réalité, pointe l'enquête, ces résultats assez spectaculaires ne sont pas le signe d'une consolidation en profondeur du tissu associatif : ils reflètent avant tout les effets de traîne de la crise sanitaire, caractérisés par l'engorgement et le rattrapage des productions et programmations, encore sensibles en 2023." Et le trompe-l'œil serait "d'autant plus illusoire que, en 2025, les associations étudiées ont été confrontées à des baisses drastiques de subventions".

Ces subventions, on les retrouve dans des modèles économiques qui "évoluent peu" par rapport à 2018. Le budget des associations culturelles employeuses se compose ainsi de 48% de recettes d'activité (ventes de prestations, billets, cours, etc.), de 38% de subventions publiques et de 14% d'autres ressources (cotisations, dons, mécénat, etc.). La part des subventions publiques reçues par les associations employeuses diffèrent cependant selon leur domaine d'activité : elles représentent en moyenne 34% pour les associations du spectacle vivant et 35% pour celles œuvrant en faveur du patrimoine, contre 64% pour les associations d'arts visuels.

Diminution significative du financement des collectivités 

Les subventions publiques sont principalement issues des collectivités territoriales : 60% des associations employeuses en perçoivent de la commune, 34% de l'intercommunalité, 60% du département, 49% de la région, 47% du ministère de la Culture et 28% d'autres ministères. Néanmoins, 13% ne bénéficient d'aucune subvention publique. 

Si la commune est présente auprès de la majorité des associations culturelles employeuses, son impact est à relativiser : les subventions communales ne représentent que 23% des subventions publiques, le reste provenant de l'État et d'autres organismes publics (34%, mais pour des montants importants et selon une forte sélectivité qui exclut de nombreux acteurs), des régions (16%), des départements (15%) et des intercommunalités (10%). 

Globalement, les subventions versées aux associations culturelles employeuses par les collectivités territoriales en 2023 s'élevaient à 64% de l'ensemble des subventions, contre 71% en 2018. Un phénomène qui, pour Opale, a amorcé "la diminution significative de la part des collectivités dans le financement des associations culturelles en 2025". 

Transformation des modes de relation avec les pouvoirs publics

On retrouve enfin la question des subventions parmi les principales difficultés rencontrées par les associations culturelles employeuses. Si pour 61% d'entre elles, la difficulté à financer le fonctionnement même de la structure arrive en tête des préoccupations, pour 50% ce sont aussi la baisse ou l'émiettement de la part des financements publics qui représentent des difficultés importantes – un enjeu qui n'était cité que par 42% des structures en 2018. Pour Opale, "ces deux difficultés témoignent de la transformation des modes de relation qu'entretiennent pouvoirs publics et associations et de la raréfaction des formes pérennes et globales de soutien redistributif au profit d'apports circonscrits, ponctuels et volatils" et "s'inscrivent dans un processus plus large de marchandisation du secteur non lucratif".

Parallèlement, 43% des associations culturelles employeuses évoquent des difficultés importantes liées à la "complexification" ou à la "bureaucratisation" de leur gestion administrative. Ces obstacles, conclut Opale, "forment un ensemble cohérent qui pointe le poids croissant des logiques de régulation publique concurrentielles, bureaucratiques et gestionnaires, qui s'exercent au détriment de la coconstruction politique et du dialogue en proximité".

 

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