Les Français plébiscitent leurs services publics locaux mais pointent un manque crucial de moyens

Les trois quarts des Français se déclarent satisfaits des services publics dans leur commune, selon une enquête OpinionWay pour Sens du service public, la Casden et la Fondation Jean-Jaurès. Mais cette satisfaction s'accompagne d'une forte demande de renforcement des moyens et d'une réorganisation des compétences entre l'État et les collectivités.

L'attachement des Français aux services publics de proximité se confirme : 74% se disent satisfaits de la qualité des services dans leur commune, un taux qui s'élève à 72% pour l'intercommunalité. En revanche, ce satisfecit chute lorsqu'il s'agit d'évaluer les services publics à l'échelle nationale, avec seulement 55% de satisfaction. Les régions Pays de la Loire et Bretagne se distinguent avec respectivement 83% et 79% de satisfaction locale, tandis que le Centre et la Bourgogne-Franche-Comté affichent les taux les plus faibles (62%).

Ces résultats sont le fruit d'une enquête, publiée lundi 9 février par le think tank Le Sens du service public, la Fondation Jean-Jaurès et la Casden Banque populaire, consacrée aux perceptions et attentes des citoyens à l’approche des élections municipales des 15 et 22 mars et qui "dessinent des perspectives résolument positives pour l'avenir" des services publics locaux, expliquent ses auteurs. "On constate que l'on va à rebours des discours sur les fractures ou sur la défiance institutionnelle", a souligné Johan Theuret, cofondateur du collectif Le Sens du service public.

Réalisée du 7 au 12 janvier 2026 auprès de 2.000 personnes représentatives de la population française, cette enquête révèle également des disparités générationnelles : les 25-34 ans sont les plus critiques (63% de satisfaction nationale), tandis que les retraités se montrent plus indulgents.

Un cri d'alarme sur le manque de moyens

Mais une chose fait largement consensus : 73% des Français estiment que les services publics locaux manquent de moyens par rapport aux besoins de la population. Cette perception traverse tous les clivages, avec une acuité particulière chez les catégories populaires (79%) et les 50-64 ans (81%). 

Les répondants pointent également du doigt une forme de "délégation sauvage" : 69% jugent que l'État confie trop de missions aux communes et intercommunalités dans des domaines qui ne relèvent pas de leurs compétences initiales, comme la santé, la sécurité ou l'accès aux services de l'État via les Maisons France Services.

Demande massive de proximité et de réhumanisation

Autre enseignement notable qui va à l'encontre du "fonctionnaire bashing" répandu : 68% des personnes interrogées déplorent une dévalorisation des services publics et des agents publics dans le débat public, un sentiment particulièrement marqué dans les Hauts-de-France (76%) et en Nouvelle-Aquitaine (72%).  

L'enquête met également en lumière une demande massive de proximité et de réhumanisation des services publics locaux". "Regroupement des services en un même lieu, présence de guichets physiques, accompagnement humain individualisé, horaires adaptés aux contraintes de vie : les Français placent la qualité de la relation et la simplicité des démarches au cœur de l'efficacité de l'action publique". À l'inverse, "la numérisation accrue et le recours à l'intelligence artificielle apparaissent comme des priorités secondaires, loin derrière le besoin de contact humain".

La taxe d'habitation : le rejet

Malgré les difficultés financières évoquées, 61% des Français s'opposent au rétablissement de la taxe d'habitation, même si celle-ci permettrait d'améliorer les services publics locaux. Le refus est particulièrement marqué en Normandie (74%) et en Provence-Alpes-Côte d'Azur (72%). Seuls les écologistes (52% favorables) et les socialistes (44%) y sont majoritairement ouverts.

Si les Français pouvaient choisir de nouveaux services publics locaux, ils plébisciteraient en priorité un centre de santé municipal ou intercommunal (38%), un service d'alimentation de qualité à prix abordable (25%), et une police municipale armée (23%). Ces priorités varient selon les territoires : en milieu rural, la demande de centres de santé grimpe à 46%, tandis que dans les métropoles de plus de 100.000 habitants, la sécurité arrive en tête (29%).

L'enquête montre une confusion persistante sur le partage des responsabilités : 67% des Français ne comprennent pas toujours ce qui relève de la commune ou de l'intercommunalité, et considèrent que c'est problématique. Pour clarifier la gouvernance locale, les citoyens souhaitent que la commune conserve la main sur la garde d'enfants (41%), l'urbanisme (33%) et le logement (31%), tandis que l'État devrait piloter en priorité la justice (62%), la santé (47%) et l'éducation (41%).

Santé, sécurité... priorités pour les municipales 

L'appétence pour la participation citoyenne reste forte : 79% des Français souhaitent un développement des dispositifs de démocratie participative, et 54% se disent prêts à s'engager bénévolement dans des missions d'intérêt général. Les domaines privilégiés ? Le soutien scolaire (33%), les opérations de nettoyage (32%) et le transport à la demande (26%).

En vue des prochaines élections municipales, la sécurité (43%) et la santé (40%) s'imposent comme les enjeux prioritaires, devant les transports (22%) et l'environnement (21%). Ces attentes traduisent une demande de recentrage sur les fondamentaux du service public local, dans un contexte de tensions budgétaires croissantes pour les collectivités.

› Accueil téléphonique : le plan Téléphone commence à porter ses fruits

Premier canal de contact entre les usagers et l'administration, le téléphone a concentré 96 millions d'échanges en 2024. Pour améliorer la qualité de l'accueil, le gouvernement a lancé en 2023 le Plan Téléphone, inscrit dans le programme Services Publics +, avec l'objectif d'atteindre un taux de décroché de 85%.

Deux ans après, les résultats présentés par Bercy dans un communiqué du 9 février 2026 témoignent de progrès significatifs. Toutes administrations confondues, le taux de décroché est passé de 77,6% en 2023 à 81,8% en 2025, tandis que le taux de satisfaction des usagers atteint 86%, soit +4 points sur la période. L'Assurance Maladie dépasse même l'objectif initial, avec un taux de décroché de 86% en 2025, contre 68% en 2023, et vise 90% en 2026.

Ces résultats reposent notamment sur des renforts d'effectifs, une meilleure organisation des plateformes téléphoniques et des mécanismes d'entraide entre services. D'autres administrations affichent également de fortes progressions : la DGFiP enregistre un gain de 30 points de taux de décroché depuis 2023, pour atteindre 85% en 2025, tandis que la direction du service national et de la jeunesse dépasse les 90%. L'Urssaf a, de son côté, plus que triplé les rappels sortants, avec 77.000 rappels effectués mi-2025.

Au niveau local, la CPAM du Vaucluse, où s'est déplacé pour l'occasion le ministre de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, David Amiel, lundi 9 février, illustre cette dynamique : son taux de décroché est passé de 56,9% en 2024 à 86,5% en 2025, avec un taux de satisfaction de 86,4%, confirmant l'importance du canal téléphonique dans l'accès effectif au service public.

 

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