Les objectifs de l’expérimentation "Territoires zéro chômeur de longue durée" passés à la loupe

Le Céreq pose dans une étude la question de l’articulation des objectifs de l’expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée (TZCLD), entre intégration par le travail et formation à de nouvelles compétences.

"Les défis du travail et de la formation", tel est l’intitulé d’une étude publiée en décembre par le Centre d’études et de recherches sur les qualifications (Céreq) relative à l’expérimentation Territoire zéro chômeur de longue durée (TZCLD). En introduction, ses auteurs résument ainsi la philosophie du dispositif qui consiste selon eux à "adapter l’activité aux publics éloignés de l’emploi, plutôt que l’inverse". Un dispositif à travers lequel l’accent a initialement été mis sur l’accès au travail avant que la formation n’apparaisse "comme essentielle pour stabiliser les parcours et construire de véritables projets professionnels".

Introduite en 2016 puis complétée en 2020, l’expérimentation TZCLD a essaimé dans l’Hexagone avec un mantra : "Toute personne est employable pour peu qu’elle puisse accéder à l’emploi et choisir son activité." D’où l’ambition affichée de proposer un emploi en CDI et à temps choisi aux personnes éloignées de l’emploi qui s’est traduite par des entreprises spécifiquement crées afin de remplir cet objectif : les entreprises à but d’emploi (EBE). Ce que le Céreq qualifie de "démarche innovante dans le champ des politiques d’insertion" dans laquelle l’accès à l’emploi devient "un droit effectif, sans sélection ni prérequis de qualification". Rapidement, cependant, l’enjeu de la formation a émergé, amenant en 2021 le gouvernement à prendre un décret enjoignant les EBE à porter "des actions de formation professionnelle ou de validation des acquis de l’expérience nécessaires à la réalisation du projet professionnel des personnes embauchées".

Les EBE, des entreprises singulières

Dans son étude, le Céreq s’interroge ainsi sur la manière dont les EBE parviennent à juguler cette double injonction qui consiste à créer des emplois sans qualifications requises et de former dans le même temps les salariés afin qu’ils réalisent leurs projets professionnels. De fait, souligne l’étude, les EBE sont des entreprises "singulières". Des entreprises qui ont connu dans les premières années de l’expérimentation une progression rapide de leurs effectifs grâce, notamment, à "des efforts permanents d’adaptation des activités et de l’organisation du travail". Avec toujours, en parallèle, le "casse-tête" de l’intégration dans un collectif de travail de personnes qui peuvent être touchées par des problèmes psychiques et d’addiction, autant que par des difficultés relationnelles et de l’absentéisme. Autant de considérations qui fragilisent, souligne le Céreq, tant les équipes d’encadrants que les salariés eux-mêmes pour lesquels la polyvalence en fonction des postes et des tâches à effectuer s’avère un mode d’organisation du travail complexe.

Quel rôle, dans ces conditions, la formation peut-elle jouer dans l’atteinte des objectifs de l’expérimentation ? C’est tout d’abord un levier pour la prise de poste autant qu’un vecteur d’intégration sociale, estiment les auteurs de l’étude. Les EBE forment en premier lieu des salariés afin de répondre à leurs besoins immédiats. Au-delà, les actions de formation sont liées le plus souvent à l’apprentissages des règles de comportement professionnel avec des compétences relationnelles ciblées telles que l’apprentissage du respect des contraintes horaires et de l’assiduité. L’apprentissage des règles techniques se faisant généralement "sur le tas". "Les actions de formation des EBE ont pour premier objectif l’intégration et la stabilisation en milieu de travail", rappelle l’étude, même si la logique générale de l’expérimentation TZCLD porte initialement sur la consolidation des projets professionnels.

Trois profils de salariés

À travers leurs consultations, les auteurs de l’étude ont défini trois profils de salariés dans leur rapport à la formation. Les premiers sont distants : le plus souvent des séniors "abimés" par des carrières pénibles ou bien des personnes ayant subi de longues périodes d’inactivité ; la seconde catégorie concerne les "hésitants", souvent des salariés en reconversion "contrainte" ; enfin, la dernière rassemble les "enthousiastes", catégorie plus rare qui peut concerner de jeunes adultes en quête de mobilité professionnelle.

Au final, relève le Céreq, le Comité scientifique de l’évaluation de l’expérimentation TZCLD dont le rapport a été publié en 2025 (lire notre article du 23 septembre), préconise que les entreprises à but d’emploi demeurent "le dernier recours", avec l’idée que "certaines personnes ne sont employables que dans ce type singulier d’entreprises".

 

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