Transports urbains - Les pistes du Gart et de l'UTP pour rééquilibrer l'économie du transport public

Comment rééquilibrer l'économie du transport public urbain ? Lors des 24es Rencontres nationales du transport public, qui se tiennent jusqu'au 29 novembre à Bordeaux, l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) et le Groupement des autorités responsables de transport (Gart) ont dévoilé leurs recommandations issues de six mois d'échanges avec 300 élus, responsables et techniciens des collectivités locales et des entreprises de transport.

L'effet de ciseaux n'est plus tenable. Plombé par des dépenses qui progressent plus vite que les recettes et un taux de couverture (rapport entre les recettes commerciales et les dépenses d'exploitation) qui dégringole, le transport public est morose. "L'offre kilométrique n'a cessé d'augmenter, le nombre de voyageurs aussi et pourtant le modèle économique se dégrade. Il faut régler ce paradoxe", a souligné le 27 novembre Charles-Eric Lemaignen, président de la communauté d'agglomération d'Orléans et vice-président du Groupement des autorités responsables de transport (Gart). Parmi les trois sources habituelles de financement, le versement transport (VT) - contribution des entreprises - n'offre guère plus de marge de manœuvre. "A Toulouse, ce versement transport finance 55% du coût d'exploitation et d'investissement dans les transports. C'est beaucoup. La collectivité, et donc le contribuable, participe à hauteur de 25%. On est très attentif à la productivité pour que le ratio recettes/dépenses se maintienne dans le temps. Et si besoin, on réajuste. En clair, il faut savoir où placer le curseur et assumer que la mobilité relève bien d'un choix politique", estime Joël Carreiras, président de la commission Intermodalité du Gart et vice-président chargé des transports à Toulouse Métropole. A l'inverse, le VT est peu abondant à Marseille. "Quant aux coûts d'exploitation du réseau, ils enflent alors que les tarifs des billets restent bas. C'est vrai qu'il y a là un soupçon d'incohérence", reconnaît Pierre Reboud, directeur général de la Régie des transports de Marseille (RTM).

Des leviers de changement

A l'issue d'un "tour de France" des élus et opérateurs, le Gart et l'Union des transports publics et ferroviaires (UTP) ont produit une série de recommandations communes en vue de rééquilibrer l'économie du transport public urbain. "Ce ne sont que recommandations, libre aux collectivités d'établir leurs propres stratégies, en tenant ou non compte de ce canevas", tempère Charles-Eric Lemaignen. Pour optimiser les coûts d'exploitation, il est par exemple recommandé aux collectivités de faire en sorte que leur politique de voirie "favorise la vitesse commerciale des bus". Selon eux, l'extension continue du périmètre de desserte pose problème car elle fait grimper les coûts "pour une fréquentation supplémentaire faible". "Même si c'est l'offre de transports - et non son prix - qui incite les gens à prendre les transports en commun, il faut agir sur la tarification en communiquant mieux sur les prix et en utilisant des méthodes efficaces de marketing", conseille Jean-Marc Janaillac, président de l'UTP. Mais ces prix, faut-il les augmenter ? Oui, recommandent le Gart et l'UTP, et ce afin de "suivre l'évolution des coûts et d'adapter les prix des titres aux évolutions de l'offre de services". La "frilosité" des élus à ce sujet a été pointée. "Dans les agglomérations moyennes, on ne s'aligne même pas sur l'inflation", déplore Nathalie Courant administratrice de l'UTP, directrice générale de CarPostal France. "Or il n'est pas choquant, vu l'importance des coûts générés, que ceux-ci ne soient pas seulement supportés par les contribuables mais aussi par les usagers", complète Charles-Eric Lemaignen. Plus que de fortes hausses ponctuelles, c'est une révision progressive des prix, et une indexation a minima sur l'inflation, qui est recommandée. Autre conseil : fluidifier et simplifier l'acte d'achat des titres de transport, en développant le post-paiement (après Belfort et Tours, Nantes et Nancy s'y mettent) et le paiement via le téléphone portable (opérationnel à Nice et Caen). "Il faut innover, certes, mais aussi simplifier la billettique en n'oubliant personne : à Nantes, on a ainsi conservé les tickets sous forme papier car ils sont encore plébiscités par certains publics", témoigne Jean François Retière, vice-président de Nantes Métropole en charge des transports collectifs et par ailleurs maire de Mauves-sur-Loire (Loire-Atlantique).

Inquiétude fiscales

Mobilisés tous deux contre la hausse du taux de TVA pour les transports publics, qui devrait passer de 7% à 10% dès janvier prochain, l'UTP et le Gart ont difficilement caché leur déception face à l'intervention, le 28 novembre lors de ces Rencontres, du ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, qui a rappelé son opposition à toute exemption de cette hausse de la TVA. "Elle pénaliserait aussi bien les voyageurs, les employeurs que les autorités organisatrices", redoutent pourtant le Gart et l'UTP. Pour Frédéric Cuvillier, le crédit d'impôt compétitivité emploi (Cice) accordé par l'Etat aux entreprises permettra de limiter l'impact de cette hausse fiscale.

 

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