Les salariés du tri des déchets exposés à de multiples dangers, selon l'Anses
Agents pathogènes, produits chimiques, maladies transmissibles par les rats, incendies, bruit, contraintes de cadence… : les salariés des centres de tri des emballages en plastique, carton ou métal sont exposés à de multiples risques pour leur santé, selon un rapport de l'Agence de sécurité sanitaire (Anses) publié ce 22 avril, qui plaide pour une meilleure prévention.
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"Les professionnels qui travaillent dans les centres de tri des emballages en plastique, carton ou métal font face à des risques multiples pouvant affecter leur santé", a alerté l'Anses dans un avis publié ce 22 avril. Après une première étude sur l'ensemble du secteur du traitement des déchets, publiée fin 2019, l'Agence a décidé de s'intéresser "plus particulièrement" à l'étape du tri sélectif, la quantité de déchets destinés au tri étant appelée à "significativement augmenter" du fait des réglementations qui visent à réduire les déchets et à favoriser leur recyclage ou leur réutilisation, rappelle-t-elle. Ce constat, ainsi que le nombre important de salariés du tri - aux alentours de 10.000 - et les documents ou actions de prévention "peu nombreux à ce jour", ont incité l'Agence à approfondir ses recherches.
L’expertise a également porté sur les risques sanitaires pour les travailleurs impliqués dans les activités de collecte en déchetterie, mettant en évidence une grande hétérogénéité de ces structures et un manque de données disponibles sur l’organisation des sites et les conditions de travail des agents, observe l'Anses.
Prolifération de micro-organismes avec la chaleur et l'humidité
Dans les centres de tri, les personnels sont exposés à des dangers variés, à commencer par des agents biologiques dangereux. Le rapport fait ainsi état de niveaux d'exposition élevés des travailleurs aux endotoxines (toxines bactériennes), dont les concentrations mesurées "peuvent dépasser d'un facteur 100 les valeurs limites d'exposition professionnelle (VLEP) recommandées par l'Anses". "Les contenants alimentaires apportent des résidus de nourriture qui permettent, particulièrement en conditions chaudes et humides, la prolifération de micro-organismes dont certains sont pathogènes, explique l'Agence. Ceci est d’autant plus le cas que les déchets ne sont pas toujours traités rapidement : ils sont d’abord stockés dans les poubelles des particuliers, puis à nouveau lorsqu’ils arrivent dans les centres de tri."
Ce risque pourrait augmenter avec le dérèglement climatique et la hausse des températures qui favorise le développement des micro-organismes, souligne l'Anses qui recommande en conséquence de limiter la durée de stockage des déchets, tant dans les poubelles avant leur collecte que dans les centres de tri. Elle rappelle également aux collectivités que la diminution de la fréquence des collectes d'ordures ménagères augmente le risque de développement des micro-organismes, particulièrement en été.
Autre danger, une "surreprésentation" de maladies comme la leptospirose, transmissible par les rats, attirés par les centres de tri, et l'aspergillose, par rapport à la population ouvrière générale.
Les dangers liés au mauvais tri à la source
Les substances chimiques dangereuses, par exemple des composés organiques volatils, constituent un autre danger pour les professionnels des centres de tri. De plus, des explosions et des départs de feu surviennent dans ces installations à cause de batteries au lithium, de bonbonnes d’aérosols ou de cartouches de protoxyde d’azote jetées avec les emballages plastique et papier. Autre conséquence des erreurs de tri à la source : du verre ou des seringues peuvent se retrouver dans ces centres, au risque d'occasionner des blessures pour les travailleurs devant intervenir à la main pour rétablir la qualité du tri.
D'où la nécessité, parallèlement à l'amélioration de l'organisation du travail et du suivi sanitaire de ces "travailleurs vulnérables" en raison de leur statut souvent précaire, d'être "conscient des risques qu'on peut faire courir à des travailleurs en aval, dans la façon dont on fait notre tri", a souligné auprès de l'AFP Clémence Fourneau, coordinatrice du rapport.
Les incendies et les explosions, "c'est effectivement une problématique que nous portons auprès des pouvoirs publics et des parties prenantes", a commenté la Fnade, fédération qui rassemble les professionnels du secteur des déchets, sollicitée par l'AFP. Elle déplore "des accidents en nombre croissants liés aux piles lithium et aux bouteilles de protoxyde d'azote". La fédération, auditionnée par l'Anses pour la réalisation de ce rapport, prévoit d'aborder ce sujet des accidents lors de son prochain congrès, le 2 juillet prochain, à Paris.
Protoxyde d'azote : un million de bonbonnes dans les incinérateurs franciliens en 2025"On estime qu'un million de bonbonnes de protoxyde d'azote sont entrées dans les trois incinérateurs du syndicat en 2025, provoquant plus de 25.000 explosions, soit environ une explosion toutes les deux heures", a indiqué ce 20 avril le Syctom, qui gère les déchets de près de 6 millions de personnes en Ile-de-France. Le phénomène est déjà connu, mais ne semble pas faiblir, malgré les avertissements des autorités contre l'usage récréatif comme "gaz hilarant" de ces bonbonnes initialement destinées à un usage médical ou alimentaire. Le syndicat de gestion des déchets souligne que ces incidents, conséquences d'un mauvais tri des déchets, font "peser un risque direct sur la sécurité des agents travaillant sur les sites" et provoquent "des casses d'équipements, des fuites dans les chaudières ou encore des arrêts d'urgence des lignes d'incinération". Dans les fours d'incinération, la chaleur peut en effet provoquer l'explosion de ces bonbonnes qui contiennent encore des résidus de gaz. En 2025, "le coût global pour le Syctom est estimé à près de 15 millions d'euros, un montant entièrement supporté par le service public et, in fine, par les contribuables". Cette situation a poussé le Syctom à lancer une campagne de communication "pour alerter et appeler à une réponse collective", encarts dans la presse et messages sur ses réseaux sociaux à l'appui. Le syndicat appelle "à une réponse réglementaire forte, combinant prévention renforcée, protection des populations et interdiction de la mise sur le marché du protoxyde d'azote, en dehors de ses usages alimentaire et médical, afin d'éviter que ces bonbonnes ne se retrouvent dans les déchets ménagers", souligne-t-il dans un communiqué. Le gouvernement a pour sa part lancé le 7 avril une campagne de sensibilisation contre l'usage détourné du protoxyde d'azote, dont l'inhalation peut provoquer des atteintes du système nerveux, une altération des facultés cognitives, ainsi que des troubles de l'équilibre et des réflexes, créant un risque accru en cas de conduite sous emprise. Selon les chiffres du ministère de l'Intérieur, les signalements d'intoxications liées au protoxyde d'azote ont été multipliés par trois entre 2022 et 2023, tandis que les cas graves ont été multipliés par quatre sur la même période. Dix pour cent concernent des mineurs. |