Les stations de ski en proie à des tensions compétitives

Malgré leur première place au niveau européen, les stations de ski françaises connaissent des difficultés économiques liées à des cas de concurrence déloyale. Un rapport parlementaire en fait un bilan et propose des mesures allant de l'évolution de la réglementation touchant les constructions au renforcement des contrôles sur les métiers de moniteur de ski ou de chauffeur VTC.

Les stations de montagne ont atteint lors des deux semaines des vacances de Noël 2025 un taux d'occupation de 85%. Selon l'Association nationale des maires de stations de montagne (ANMSM), il s'agit d'une "stabilité remarquable" par rapport à Noël 2024, considéré par les professionnels comme "très réussi". Si le contexte paraît favorable au tourisme de montagne et si la France demeure la première destination européenne pour les sports d'hiver, un rapport parlementaire alerte cependant sur une fragilisation de notre pays dans ce domaine.

Mené par Marie-Noëlle Battistel, députée de l'Isère, et Vincent Rolland, député de la Savoie, ce travail a permis d'analyser "les facteurs susceptibles d'amoindrir la compétitivité de nos stations et de générer des situations de concurrence déloyale" et a mis en évidence plusieurs "déséquilibres majeurs".

Des normes qui retardent les travaux 

Les rapporteurs relèvent d'abord des problèmes de compétitivité affectant l'économie du ski et le tourisme de montagne dans son ensemble. C'est particulièrement le cas des stations des zones périphériques ou de moyenne montagne éloignées des grands flux touristiques et moins dotées en infrastructures de loisirs complémentaires. Leur taux de fréquentation sont parfois très faibles, à l'exemple du Massif central qui, lors des trois dernières saisons, n'a capté que 1,6% des parts de marché en journées-skieurs, contre 42% pour la Savoie. De leur côté, les stations agrégeant une forte densité de population peuvent être confrontées à des problématiques de saturation ou de tensions sur le logement du personnel saisonnier, qui compose 80% des salariés du secteur.

En outre, malgré la capacité des stations françaises "à maintenir un haut niveau de qualité et d'investissement", le rapport fait part de difficultés tenant "en partie au vieillissement des infrastructures" et pointe le rôle des normes réglementaires auxquelles les stations font face, dont le régime de la "raison impérative d'intérêt public majeur" (RIIPM), régi par l'article L.411-2 du code de l'environnement, "qui allonge substantiellement les délais de réalisation des travaux de réhabilitation et de développement économique". Plus largement, la compétitivité des stations françaises est "fragilisée par comparaison avec les législations plus favorables applicables à leurs voisines suisses, espagnoles ou italiennes".

Des inégalités entre moniteurs de ski

Au-delà de ces problèmes "généraux", la mission parlementaire relève deux points noirs particuliers. D'une part, des situations de concurrence déloyale dans les métiers de l'encadrement des activités de montagne. À propos des moniteurs de ski, qui bénéficient du principe de reconnaissance mutuelle de leurs qualifications à l'échelle européenne, le rapport pointe "la montée en puissance des plateformes de mise en relation et l'augmentation du nombre de moniteurs n'étant affiliés à aucune école de ski". Mais également un manque d'harmonisation dans le contenu de la formation qui peut être "source d'inégalités et de tensions entre professionnels français et étrangers", alors que le nombre de ces derniers est "en nette progression". De même, le régime fiscal italien "plus avantageux que le régime français", dont bénéficient les travailleurs transfrontaliers, y compris lorsqu'ils exercent et résident en France durant toute la saison, est susceptible "de produire une situation de concurrence déloyale et de dumping se répercutant sur les tarifs". Cette question de la fiscalité cristallise aussi "de nombreuses tensions" parmi les guides de haute montagne et accompagnateurs de moyenne montagne.

Enfin, le rapport met en exergue les difficultés de coexistence entre taxis et voitures de transport avec chauffeur (VTC), notamment venues de l'extérieur, dont l'arrivée saisonnière est souvent perçue comme une "source de déséquilibre économique pour les entreprises locales". Malgré l'obligation qui leur est faite d'attendre leurs nouvelles courses sur un emplacement privé, les chauffeurs de VTC ont par exemple développé une pratique de stationnement sur des parkings publics, y compris aux abords des gares.

Assouplir le cadre réglementaire

Forte de ces constats, la mission formule huit recommandations. Parmi celles-ci, on relève la volonté de conduire une réflexion sur l'évolution du cadre réglementaire et législatif relatif aux constructions et au renouvellement des infrastructures dans les stations de montagne, tout en tenant compte des impératifs de protection de la biodiversité. Une évolution qui pourrait prendre pour cadre un "acte III" de la loi Montagne du 9 janvier 1985 que l'Association nationale des élus de la montagne (Anem) espère pour le premier semestre 2026 (lire notre article du 17 décembre 2025). Elle préconise aussi la création d'une instance de dialogue pérenne entre les représentants des moniteurs et des acteurs européens de la filière, un renforcement de l'équité fiscale chez les guides et accompagnateurs, et un renforcement des contrôles tant sur les métiers de l'encadrement d'activités en montagne, en coordination avec les autorités étrangères, que sur la régularité des activités de VTC, dont les rapporteurs souhaitent par ailleurs limiter les cartes professionnelles.

 

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