Les stratégies des territoires pour créer une culture de la donnée

Le 21 janvier 2026, le Hub des Territoires a accueilli la journée "Tous capables ! Mobiliser la donnée au service des territoires", organisée par les Interconnectés et la Banque des Territoires. Dix collectivités de moins de 200.000 habitants, accompagnées pendant six mois dans le cadre de la formation Action Data, sont venues partager leurs astuces pour valoriser les données territoriales et insuffler durablement une culture de la donnée.

Un an après la première promotion (notre article du 22 janvier 2025), les 10 lauréats de la formation Action Data sont venus témoigner de l'accompagnement dont ils ont bénéficié en 2025 pour mettre en œuvre un projet data. Des projets dont l'objet était surtout de gagner en autonomie pour concrétiser une idée et d'instaurer un dialogue durable entre les métiers et les experts de la donnée. Même si dans de nombreux cas le projet a dû "pivoter" ou revoir ses ambitions à la baisse, les participants ont salué "la méthodologie acquise".

De la donnée brute à l'indicateur

Coté projets, le conseil départemental de la Nièvre a évalué l'impact du retour à l'emploi sur la santé des bénéficiaires du dispositif "Territoires zéro chômeur". "Au départ, on était très ambitieux sur l'ensemble des problématiques sociales. On a dû recentrer sur la santé ", explique Adama Sow, chef de projet SIG. L'Ile-Saint-Denis a travaillé sur un diagnostic territorial de santé – avec pour défi de trouver la bonne méthode pour compiler des données très disparates - quand l'EPT Paris Est Marne et Bois a repensé l'évaluation de sa politique de la ville. Face à 300 actions financées dans neuf quartiers prioritaires, le chargé d'études Etane Régis a exploité les bilans obligatoires des bénéficiaires de subventions "plutôt que de créer un nouveau tableau de bord".

La Corrèze et les Pyrénées-Atlantiques ont travaillé sur la mobilité. Avec 4.700 km de routes et plus de 8.000 signalements remontés en 2025, la Corrèze a créé un centre opérationnel de gestion de crise. L'accompagnement a permis de "sélectionner les seules données dont on a réellement besoin", explique le chef de projet André Delaforge. La communauté de communes de Villes Sœurs (76) s'est concentrée sur les mobilités douces pour mieux connaître infrastructures et pratiques avec pour grande satisfaction de "fonctionner en autonomie", sans recourir à une expertise externe.

Nevers Agglomération a évalué financièrement son service mutualisé du droit des sols pour "clarifier les coûts" supportés par les communes. "On a dû travailler avec les métiers car les premières simulations avec des données brutes ne donnaient rien", témoigne le directeur de l'évaluation Stéphane Bernier. L'Agence technique départementale de la Dordogne a travaillé sur l'aide à la décision des collectivités en matière de zones humides, Saint-Barthélemy recensant les installations photovoltaïques existantes pour mieux piloter le potentiel énergétique du territoire.

Les leviers pour convaincre

Au-delà de projets aidant à résoudre de vrais problèmes, les porteurs ont dû lever des réticences. "Il y a des directions qui ne veulent pas y aller, qui restent dans une démarche très silotée", observe Amélie Hervé, en charge de la data au conseil départemental de la Mayenne. C'est après avoir convaincu la direction générale par des tableaux de bord percutants qu'un réseau de 20 "référents data" a pu être créé dans chaque direction, un "mois de la data" et un hackathon complétant ce dispositif d'acculturation.

Dans la Nièvre, on valide l'approche par la preuve. "On préfère procéder par la démonstration de l'utilité concrète des données avant de se lancer dans une démarche globale", insiste Grégoire Lesluin, en charge de l'accompagnement des territoires. À Nevers agglomération, on évoque aussi une stratégie des "petits pas" : "On a un problème, on le traite au sein d'un petit groupe de travail, on montre le résultat", illustre Stéphane Bernier.

Qualité et standardisation

Pour toutes les collectivités, la qualité et la standardisation des données restent ensuite un sujet. Même quand le schéma normalisé existe, il n'est pas forcément adopté. André Delaforge évoque l'exemple des aires de covoiturage : "Le format que nos équipes utilisent est différent du schéma national", concède le technicien qui doit faire de "la pédagogie" pour concilier open data et besoins maison.

Antonin Garrone, de Data.gouv, rappelle cependant les obligations open data et insiste sur l'unification des flux : "Parfois il y a deux flux différents, un en open data et un utilisé par l'organisation. On se retrouve avec deux réalités alternatives. Les données en open data doivent être les mêmes que celles utilisées pour les besoins métiers." 

La bonne nouvelle est cependant que l'IA pourrait aider à avancer sur ces sujets.  "C'est un des leviers qui permettra de toucher des directions qu'on n'avait pas réussi à toucher jusqu'à maintenant", assure Amélie Hervé. Avec pour corollaire de remettre le sujet qualité/normalisation sur le haut de la pile, les résultats de l'IA étant conditionnés par la qualité des données qui l'alimentent.

Des points d'appui à mobiliser

La diversité des territoires participants montre que les projets data ne sont pas réservés aux grandes collectivités. Mais avant de se lancer, les territoires doivent faire l'inventaire de l'existant, notamment du côté de l'Etat. Pour avoir une vision claire du foncier économique disponible, la Communauté d'agglomération du Pays ajaccien s'est par exemple rapidement rendu compte que la plateforme Deveco de l'ANCT cochait la plupart des cases pour évaluer son foncier économique.

Coté sources de données, Data.gouv ne cesse d'enrichir son catalogue de données (70.000 jeux) et de connecteurs (API). "On n'est plus seulement une plateforme d'open data mais aussi de données en accès restreint pour les administrations", précise Antonin Garrone. Parallèlement, l'ANCT propose de nombreuses solutions métiers (adressage, fiscalité, suivi social…) et des outils génériques comme Grist pour collecter et partager des données. "Cela facilite aussi l'ouverture des données", souligne Ariane Rose de l'ANCT, citant la ville de Lambersart qui l'utilise pour publier ses délibérations.

L'IGN n'est pas en reste dans l'accompagnement data des territoires. Marie-Agnès Scherrmann a présenté Panoramax, l'alternative libre à Google Street View, qui intègre, grâce à l'IA, le floutage automatique des plaques et des visages. "On peut interroger la base pour gérer les panneaux urbains", illustre la responsable de la fabrique de la donnée territoriale. Cette dernière institutionalise désormais le partenariat Etat/collectivités sur la géodata. Elle va travailler sur les limites administratives, les obligations de débroussaillement et les routes nationales et chemins ruraux.

Le replay de cet événement sera bientôt disponible. A noter que la prochaine promotion de la formation Action Data ouvrira au second semestre 2026.

 

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