Les villes moyennes veulent conforter leur statut de villes étudiantes

Les villes moyennes veulent être au rendez-vous de la "reconquête industrielle" en défendant une offre de formation au plus près de leur territoire. Seulement elles se heurtent bien souvent à l'Etat et à l'administration.

Les villes moyennes doivent jouer des coudes pour se faire une place à l'ombre des métropoles et préserver leurs  antennes universitaires. C’est le cas de Roanne, "petit poucet" situé au beau milieu du "triangle d’or" Lyon-Clermont-Ferrand-Saint-Etienne qui comptent respectivement 155.000, 40.000 et 30.000 étudiants, comme l’a indiqué son maire Yves Nicolin, lors d’une table ronde organisée dans le cadre du Congrès de Villes de France, le 12 juillet au théâtre municipal de Fontainebleau. Depuis 1985, la ville possède un IUT de plein exercice. Elle compte aujourd’hui plus de 3.000 étudiants, avec deux écoles d’ingénieurs. Des effectifs "en progression constante". Pour cette ville de près de 35.000 habitants, ce sont des coûts, mais aussi des retombées importantes. Un étudiant représente "80 euros de consommation par jour tout compris, en termes de retombées locales". La ville dispose de petits appartements très attractifs, quand il devient très difficile de se loger dans les métropoles. Mais elle doit bien souvent "mettre la main à la patte", alors que dans les métropoles, "tout est payé par l’Etat" et "elles ne mettent pas un centime", s'est insurgé l’élu. Un projet de nouvelle résidence d’ingénieurs a coûté 7 millions d’euros, l’Etat qui s’était engagé à le payer intégralement n’a apporté finalement que 200.000 euros, assure-t-il. Le Crous, qui ne subventionne que 75 centimes sur des repas à 12 euros, est aussi invité à revoir sa politique. "L’Etat a encore du mal à reconnaître qu’investir lui revient bien moins cher", a dénoncé l’élu.

"C’est l’Etat qui décide le nombre de m2 des bâtiments universitaires"

Au moment où le gouvernement n’a de cesse de parler de "reconquête industrielle", les maires de villes moyennes ont souvent le sentiment que l’Etat ne mesure pas l’importance de maintenir voire développer un niveau de compétences localement. A Saint-Quentin près d’Amiens, le problème se pose de manière impérieuse avec la réalisation du "chantier du siècle", le canal Seine-Nord. On estime à 6.000 le nombre d’emplois qui vont être créés d’ici à 2024. Ce qui pose la question des compétences, a expliqué Frédérique Macarez, maire de la ville. Si l’on veut que le projet profite à l’emploi local, il faut "travailler avec les lycées", lancer des formations en adéquation avec les besoins du chantier. Mais quand il s’agit de pérenniser des formations, la ville se heurte à l’administration. "Cela reste quand même un parcours du combattant, c’est l’Etat qui décide le nombre de m2 des bâtiments universitaires" et il faut encore "passer entre les fourches caudines des autorisations nationales". "Je suis persuadée que les structures locales de nos villes moyennes font du chiffre renvoyé vers les universités, c’est du gagnant-gagnant", fait-elle valoir.

Certaines communes semblent avoir trouvé les clés d’une bonne coopération ville moyenne-métropole, comme Melun, en Seine-et-Marne. Depuis plus de trente ans, l'université Panthéon-Assas y a installé une antenne. Lorsque la ville nouvelle Melun-Sénart a volé en éclats, l’université a décidé de rester, mais "il a fallu se battre contre l’Etat, il a fallu conserver ce lien avec Assas", a témoigné son maire, Louis Vogel. Au fil des ans, l’antenne a su développer sa propre identité. Elle accueille davantage d’étudiants issus de populations défavorisées (avec 40% de boursiers) qui, assure l’édile, une fois "remis à niveau" dans des filières adaptées, terminent leurs études à Paris et obtiennent de "meilleurs résultats car ils en veulent plus". La fac remplit ainsi son rôle "d’ascenseur social". Assas a pu monter ici un programme d’excellence pour préparer au concours d’entrée de l’école des officiers de la gendarmerie nationale (EOGN). Un partenariat est également envisagé avec la police nationale. "Il y a un avenir pour les implantations dans les villes moyennes, les conditions de vie y sont beaucoup plus agréables", a poursuivi l’élu, soulignant l’importance des installations sportives mises à disposition, notamment pour la pratique de l’aviron. Grâce à cela, "Assas est devenue la première université la plus sportive d’Ile-de-France". La ville, qui possède un hôpital flambant neuf, propose également depuis deux ans des licences interdisciplinaires droit-santé.

"Beaucoup de décisions se prennent au ministère"

Depuis quelques années, Libourne a fait le pari de la complémentarité avec la métropole de Bordeaux, distante de trente kilomètres (voir notre article du 7 décembre 2018). Inutile, pour son maire Philippe Buisson, de chercher à la concurrencer sur le terrain de l’offre universitaire. "Je n’ai pas spécialement l’ambition d’être une ville universitaire. En revanche, j’ai l’ambition d’être une ville étudiante", a-t-il expliqué. Son objectif : assurer aux étudiants bordelais un "package" logement-transports tout compris à 500 euros par mois. "Il faut qu’il y ait au moins un delta de deux euros à l’avantage des étudiants", par rapport à Bordeaux, explique-t-il, reconnaissant qu’il sera "toujours un peu moins sexy d’être étudiant à Libourne". Trois résidences d’étudiants sont en chantier. "Ce qui nécessite que les règlements d’intervention de la région et du Crous soient modifiés : il faut qu’on fasse bouger les lignes pour que la région puisse intervenir." Louis Vogel est un partisan de l'autonomie des universités. "Beaucoup de décisions se prennent au ministère. Je crois beaucoup aux décisions prises près de ceux qu’elles concernent", a-t-il affirmé. Avec le risque qu'elles privilégient leurs principales installations.

 

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