Gironde

Propos recueillis par Michel Tendil / Localtis

Libourne - Philippe Buisson : "Je crois au renouveau des villes moyennes à partir de leur identité"

Cohésion des territoires

Développement économique

Aménagement et foncier

Habitat

Transport, mobilité durable

La Banque des Territoires invite, le 11 décembre à Poitiers, les 222 maires signataires d'une convention Action cœur de ville, le programme national de revitalisation des centres de villes moyennes. L'occasion pour les maires de venir partager leurs expériences. En amont de ces premières Rencontres Cœur de ville, Localtis interroge des élus afin qu’ils livrent leur vision du centre-ville. 
Libourne (25.000 habitants), seule ville de Gironde à avoir été retenue par le plan, a la particularité d’être dans la zone d’influence de la très dynamique métropole de Bordeaux. Faire de ce handicap un atout, être irrigué plutôt qu’asséché : c’est le pari que Philippe Buisson, maire de Libourne et de la communauté d'agglomération du Libournais, la "Cali" (90.350 habitants), est en passe de réussir.

Localtis - Il y a quelques années, Libourne semblait pâtir du dynamisme de la métropole de Bordeaux. Elle connaissait un taux de vacance commerciale de 15% en 2015. Vous avez fait un pari en 2016 : profiter de l’attractivité de la métropole pour assurer votre propre développement. Où en êtes-vous ?

Philippe Buisson - Libourne est à la fois une ville moyenne et une ville centre d’un bassin de vie d’environ 150.000 habitants, mais également une ville péri-métropolitaine à 30 km de Bordeaux Métropole, l’une des métropoles les plus dynamiques et attractive du pays en effet. Comme toute ville en bordure d’une métropole, nous avons constaté plusieurs phénomènes. Tout d’abord, une érosion de la présence des commerces dans le cœur de ville avec une évolution vers Bordeaux et sa périphérie. Et un deuxième phénomène : une éviction des populations avec des bas revenus quittant Bordeaux pour venir à s’installer à moindres frais dans notre territoire. Tout cela a conduit à un appauvrissement incontestable du centre-ville. Il fallait donc agir sur ces deux tableaux à la fois : le commerce et l’habitat. Nous avions un projet de ville en discussion avec la Caisse de Dépôts pour nous obliger à redonner une destinée à cette ville moyenne, à partir de ses identités, de ville centre, ville portuaire, de ville viticole… Nous voulions aussi donner corps à un projet urbain qui permette de mettre Libourne sur les rails et la prospérité. Ce projet lancé en 2016 sous le nom de "Libourne 2025 : la Confluente" va bien au-delà du mandat pour lequel j’ai été élu. La Caisse des Dépôts nous a aidés à convaincre nos partenaires institutionnels, les banques, l’État, l’Europe, etc. à travers un projet cohérent et au long cours. Depuis, nous avons redressé la ville. Il y a encore deux ans, nous avions en effet un taux de vacances très élevé ; nous recensons aujourd’hui un taux de présence commerciale très important. On a presque un problème de riches : on ne peut plus accueillir toutes les enseignes qui voudraient venir, notamment les moyennes surfaces de 300 m2. On a redessiné l’armature commerciale du centre-ville, repensé des artères, constatant que certaines avaient une vocation commerciale alors que d'autres l'avaient perdue… Le centre-ville est redevenu attractif. La Fnac va s’implanter à Libourne dans les semaines qui viennent, ils ne l’auraient pas fait il y a deux ans. C’est assez symbolique. 

La convention Action cœur de ville signée le 28 septembre s’inscrit donc dans la continuité de ce projet Libourne 2025. Et de la convention Centre-ville de demain signée en 2016 avec la Caisse des Dépôts, la première du genre. Comment celle-ci vous a-t-elle aidé ?

Libourne 2025, c’est en effet l’émergence d’un projet urbain qui a été porté par les élus avec la bienveillance tutélaire de la Caisse des Dépôts qui, à chaque étape, a validé la faisabilité budgétaire, aidé à financer des études pour valider les options techniques… et qui nous a aussi accompagnés dans l’émergence de projets sur des aspects très pointus, avec par exemple des études sur le stationnement qui nous ont conduits à mener une politique sensiblement différente. Aide à l’ingénierie, accès à des ressources nouvelles de la région, du département et de l’État : elle a été à la fois un partenaire et un appui technique et financier pour les faire bons choix, nous obligeant à avoir une cohérence en concertation avec les Libournais. C’est ça le succès de Libourne 2025. En fait tout est parti d’une discussion avec Pierre-René Lemas, l’ancien directeur de la Caisse des Dépôts, qui m’a dit : "De l’argent il y en a beaucoup mais désormais il ne va que sur les bons projets." Il ne s’agit plus de connaître tel ou tel président de région. L’argent va sur des projets cohérents de long terme. Enfin, la Caisse des Dépôts s’est positionnée sur la strate des villes moyennes, ce qui n’était pas le cas avant. C’est dans cette logique que s’inscrit désormais la Banque des Territoires.

Vous avez réussi à avoir des résultats sur le commerce de centre-ville assez vite. Mais pour l’habitat, les opérations sont lourdes. Qu’envisagez-vous à présent dans ce domaine ?

L’étape importante qui vient est en effet l’habitat. L’évolution législative nous a apporté de nouveaux outils comme le "permis de louer" prévu par la loi Alur pour lutter contre les logements insalubres et les marchands de sommeil (l’idée est que toute mise en location dans un secteur défini du centre-ville devra faire l’objet d’une autorisation préalable auprès de la Cali, ndlr). Nous nous en sommes immédiatement saisis. Nous avons adopté une délibération en janvier 2018 qui vient d’entrer en vigueur au 1er novembre. Nous sommes confrontés à Libourne, comme dans bien des villes - nous venons de le voir à Marseille -, à des marchands de sommeil qui louent des logements indécents. C’est de l’habitat social de fait. Nous avons plusieurs centaines de logements vacants ou inhabités dans le centre, soit squattés, soit l’objet de deals malsains entre propriétaires et personnes socialement en difficulté. Il y a urgence à mettre en place ce dispositif qui nous permettra d’obliger les propriétaires défaillants à faire des travaux. On peut imaginer que la commune ou la communauté d’agglomération puissent prendre la main. On pourrait même aller jusqu’à des expropriations…

Profiter de l’attractivité de Bordeaux, c’est aussi profiter de la LGV qui, depuis 2017, met Paris à deux heures de Bordeaux et à 2h30 de Libourne…

La LGV était un élément majeur de Libourne 2025 pour le rayonnement de la ville.  Elle a confirmé le statut de gare TGV de Libourne qui accueille 2 millions de passagers par an. C’est la deuxième gare d’Aquitaine, y compris pour les Parisiens, qui voit dans Libourne une alternative en matière d’habitat avec un coût 2,5 moindre qu’à Bordeaux, mais qui veulent quand même être connectés au reste du monde et à la capitale. Ce statut de gare TGV a été extrêmement précieux en termes de marketing territorial, avec quatre allers-retours par jour.

Pourtant, il y a deux ans, vous nous expliquiez qu’obtenir le maintien de la desserte de Libourne n’avait pas été une mince affaire vis-à-vis de la SNCF…

En effet. Nous avons gagné le bras de fer mais il a fallu que tout le monde s’y mette. La Cali a participé au financement de la LGV à hauteur de 5 millions d’euros et signé une convention de desserte avec l’Etat. C’est le respect de cette convention. Le département et la région aussi se sont battus. Mais il n’y avait pas d’évidence, la SNCF ne voulait pas. Une médiation diligentée par le gouvernement et confiée à Jean Auroux est venue à plusieurs reprises. Elle a constaté que Libourne avait une zone de chalandise beaucoup plus importante que celle de Paris, allant jusqu’à Bergerac, Périgueux… Au-delà de tout ça, une action a été décisive : celle du maire de Bordeaux, Alain Juppé, qui a compris que prendre la défense de l’arrêt de Libourne était une façon de montrer que la métropole n’était pas là pour assécher la périphérie pour aussi pour irriguer ce territoire. Il a compris que si les métropoles ne défendaient pas les territoires alentours, elles allaient conduire à une fracture profonde. Le mouvement des gilets jaunes dit aussi cela.
D’ailleurs, la LGV a été le point de départ une coopération étroite entre Bordeaux Métropole et la Cali qui s’est traduite dans une convention qui couvre des sujets tels que le développement économique, la mobilité, l’approvisionnement alimentaire, la création d’une zone d’activité économique commune, le tourisme fluvial…

Vous êtes l’une des premières villes à avoir développé cette idée de "villes péri-métropolitaines". Avez-vous suscité des vocations et envisagez-vous de créer une sorte de réseau ?

Je précise que je suis également vice-président de l’association Villes de France. Nous avons assez régulièrement des réflexions sur les relations entre métropoles et villes périphériques. Or il apparaît que Libourne a un statut assez exceptionnel à la fois de ville centre et de ville péri-métropolitaine. On a vraiment deux jambes, il n’y en a pas tant que ça dans cette situation. Généralement, les villes moyennes sont soit en banlieue soit en périphérie métropolitaine, mais pas dans une ère d’attractivité. J’aimerais, à l’échelle de l’ancienne Aquitaine, qu’on ait un réseau de villes moyennes dans l’ère d’influence de la métropole : Périgueux, Marmande, Arcachon, Libourne, Mont-de-Marsan… On a des enjeux communs à porter à la métropole et à la région, par exemple sur la mobilité. Le nouvel outil, le syndicat mixte de transport, je ne voudrais pas qu’il soit uniquement entre la métropole et la région comme cela semble être le cas. Il va falloir que nos villes puissent être représentées.

Avec le renouveau des villes moyennes recherché par le plan Action cœur de ville, comment éviter ce que l’on reproche aux métropoles, à savoir qu’elles n’assèchent à leur tour l’arrière-pays ?

À chacun de prendre ses responsabilités. Chez nous, c’est clairement la stratégie de la communauté d’agglomération.  Je sais gré au dernier gouvernement d’avoir fait des intercommunalités aux territoires plus cohérents, qui prennent en charge de nouveaux enjeux extrêmement structurants, comme le développement économique et la mobilité. Au 1er septembre 2019, nous allons déployer des bus gratuits toute la journée. Nous allons offrir de la mobilité aux territoires ruraux. L’intérêt de la ville centre ne sera pas d’assécher à son tour mais au contraire de permettre un rayonnement aux territoires ruraux.

Vous avez insisté tout à l’heure sur l’identité de Libourne. Est-ce un facteur déterminant pour la revitalisation d’un centre ?

Oui, Libourne a une identité marquée. Elle tire son nom de Roger de Leyburn, c’est une ville d’histoire au cœur d’un vignoble de renom… Nous sommes même la ville du secrétariat du Père Noël ! Je crois au renouveau des villes moyennes à partir de leurs atouts et leur atout premier, c’est souvent leur identité. Il faut investir le champ du marketing territorial. Nous avons déployé une nouvelle identité en nous associant à la métropole de Bordeaux qui a lancé sa marque Magnetic Bordeaux. Nous la déclinons en "Magnetic Bordeaux : Libourne Inside". Ce n’est pas très français, mais le champ du marketing territorial est extrêmement important pour nos territoires. La Caisse des Dépôts nous a par ailleurs aidés à conduire un projet de réflexion sur le numérique : comment transformer notre ville en Smart City. En mars prochain, nous offrirons une application mobile portée par Orange, "Libourne dans ma poche". Derrière, il y a la construction d’un opendata communal : comment se servir utilement des bases de données pour proposer de nouveaux services aux Libournais et étayer les choix politiques.

Revitaliser les centres villes et centres bourgs

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