L’étalement urbain, un grignotage porté par le rêve de la maison individuelle

Près de 9% du territoire français est désormais artificialisé, selon une étude publiée par l’Insee le 12 mai. Derrière cette progression se dessine une géographie de l’habitat largement dominée par la maison individuelle et l’étalement urbain, à rebours des objectifs de sobriété foncière fixés par la loi Climat et Résilience. 

48.110 kilomètres carrés. C’est la surface totale de sols artificialisés en France (hors Guyane), soit un peu plus que la région Bourgogne-Franche-Comté. Ce chiffre, issu d'une étude de l'Insee publiée le 12 mai, marque une étape : désormais, 9% du sol national est considéré comme artificialisé. Mais derrière ce terme se cache une réalité nuancée : l'artificialisation n'est pas qu'une affaire de béton et de bitume. Elle est le reflet d'une géographie de l'habitat qui peine à se densifier.

Une empreinte humaine à géométrie variable

Pour bien comprendre la transformation de nos paysages, il faut d'abord distinguer l'emprise totale de l'homme sur le sol de ce qu'il y construit réellement. L'artificialisation est une notion large : elle englobe les bâtiments, les routes, mais aussi les jardins privés et les pelouses d'entreprises. En effet, près de la moitié des surfaces artificialisées en France restent perméables, les jardins résidentiels occupant à eux seuls près de 3% du territoire national.

Cette empreinte varie brutalement selon la densité des communes. Si la majorité des sols sont artificialisés dans les grands centres urbains (56%), ce taux tombe à 6% en zone rurale. C’est entre ces deux mondes, dans les "ceintures urbaines", que la tension est la plus vive. Avec un taux d’artificialisation de 21%, ces zones de périphérie dépassent les petites villes plus isolées (16%). Selon les auteurs de l’étude, cette dynamique n’est pas fortuite : "L’artificialisation des communes des ceintures urbaines a été une réponse à la demande de foncier pour le développement économique et résidentiel des pôles urbains".

Le bâti, un miroir de nos préférences résidentielles

Si l'on zoome sur la partie la plus visible de cette transformation, le bâti, le constat est sans appel : la maison individuelle est le moteur hégémonique de la construction française. Près de 60% des surfaces bâties totales du pays sont dédiées à l'habitat individuel. Même au cœur des villes denses, à l'exception de Paris et de sa petite couronne, le pavillonnaire occupe 41% du bâti, devançant de 13 points l'habitat collectif.

Une prédominance qui pose un défi majeur de sobriété foncière. L’étude souligne en effet un écart d’efficacité flagrant : pour un hectare de bâti collectif, on loge 195 ménages dans les grandes villes, contre seulement 37 ménages pour la même surface de bâti individuel. En zone rurale, ce rendement chute encore : un hectare d’immeubles n’y abrite que 29 ménages, un chiffre qui s'explique par la faible hauteur des constructions mais aussi par un taux de vacance plus élevé.

L'artificialisation ne se limite pas à nos toits. Plus on s'éloigne des centres, plus la logistique et les transports pèsent lourd. Dans les communes rurales les moins denses, où l'artificialisation globale est pourtant faible (4%), les routes représentent plus de 30% des surfaces transformées. À l'inverse, l'économie tertiaire est une gourmande urbaine : elle occupe 27% du bâti dans les métropoles, contre à peine 11% dans le monde rural.

 

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