Culture / Education - L'Etat prêt à se "réengager" dans les conservatoires ?

Face aux inquiétudes qui s'expriment sur la contribution de l'Etat aux conservatoires à rayonnement départemental et régional, Fleur Pellerin a assuré vouloir "nouer un nouveau pacte" avec ces structures. Un pacte financier ? Rien n'est moins sûr, si l'on en croit une réponse apportée la veille à un parlementaire...

Dans une lettre à Fleur Pellerin, rendue publique le 12 mai, l'intersyndicale des syndicats de la culture (CGT, CFDT, FO, Unsa...) dénonçait l'arrêt, à partir de 2015, de la contribution de l'Etat aux conservatoires à rayonnement départemental et régional. Ils soulignaient en particulier "qu'après les baisses subies depuis 2012 [...], ce nouveau coup porté à l'enseignement artistique va conduire inéluctablement au déclin des conservatoires, que les collectivités déjà étranglées par la réforme territoriale ne pourront plus subventionner".

Une réflexion avec les collectivités... sur les contenus pédagogiques

Le financement de ces conservatoires est certes déjà assuré à 90% par les collectivités. Mais la subvention de l'Etat représentait tout de même entre 6% et 8% du budget. L'enjeu n'est pas mince, puisque la France compte 441 conservatoires reconnus par le ministère de la Culture, qui enseignent à 300.000 élèves, et 3.500 structures municipales et associatives accueillant 1,5 million d'élèves.
La ministre de la Culture n'a donc pas tardé à réagir. Intervenant, le 20 mai, à l'issue de la réception donnée par Manuel Valls à l'occasion des "pactes culturels" signés avec 35 collectivités (voir notre article ci-contre du 22 mai 2015), Fleur Pellerin a fait une déclaration qui s'inscrit dans le même esprit que celle du Premier ministre regrettant la baisse du budget de la culture.
Evoquant l'arrêt des subventions, depuis cette année, aux conservatoires à rayonnement départemental et régional, elle a affirmé : "C'est effectivement une décision avec laquelle je ne suis pas très à l'aise ou en phase, parce que j'ai mis la priorité sur l'éducation artistique et culturelle et donc je souhaiterais trouver une sorte de nouveau pacte avec les conservatoires." Elle a également fait part de son souhait de "réengager l'Etat auprès des conservatoires" et de "nouer un nouveau pacte" avec ces structures.
Rien ne dit toutefois que ce réengagement pourrait concerner le volet budgétaire. Fleur Pellerin a en effet indiqué vouloir "réfléchir avec les collectivités locales et les présidents de ces établissements à la manière dont on peut faire évoluer les pratiques pédagogiques", par exemple en veillant à "mettre l'accent sur les pratiques collectives, faire rentrer dans les conservatoires le hip hop ou des danses indiennes et asiatiques, soit des pratiques qui permettent de démocratiser l'accès aux conservatoires".

Une ouverture sur l'éducation artistique et culturelle

Un autre élément laisse planer un sérieux doute sur un éventuel retour de l'Etat dans le financement direct des conservatoires. La veille de cette prise de position, la ministre de la Culture répondait en effet à une question orale sans débat à l'Assemblée nationale (par la voix d'Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat chargée du numérique, qui remplaçait la ministre). Interrogée par François de Mazières, député (UMP) des Yvelines - qui lui demandait "dans le cadre des arbitrages liés à la préparation du projet de loi de finances pour 2016, de veiller au rétablissement du financement des conservatoires" -, la ministre a opposé une fin de non-recevoir, en rappelant que l'Etat a uniquement la charge du classement et du contrôle pédagogique de ces structures. Pour Fleur Pellerin, le fait que la loi du 13 août 2004 relative aux libertés et responsabilités locales "ne soit pas appliquée a conduit l'Etat à recentrer son action autour de ses compétences légales et réglementaires, ainsi qu'à réformer et à structurer son enseignement supérieur dans les conservatoires". Une prise de position qui coïncide assez peu avec les regrets exprimés le lendemain sur le désengagement budgétaire de l'Etat.
Dans sa réponse, Fleur Pellerin laisse toutefois une petite ouverture en indiquant que "les conservatoires sont désormais éligibles aux crédits liés à l'éducation artistique et culturelle, qui est une priorité pour le ministère de la culture et de la communication". A quoi François de Mazières a répondu qu'"il y a tout de même un grand paradoxe : l'Etat impose les enseignements, et c'est aux collectivités locales de payer. C'est totalement illogique et c'est pour cette raison que cela ne fonctionne plus". Les discussions envisagées avec les collectivités territoriales s'annoncent donc serrées.