Lutte contre l'exclusion - L'Institut de veille sanitaire met en évidence l'impact de l'absence de logement personnel sur la santé

L'Institut de veille sanitaire (InVS) publie un numéro thématique de son "Bulletin épidémiologique hebdomadaire" (BEH) consacré à "L'état de santé et les conditions de vie des personnes sans domicile". Ce numéro d'un cinquantaine de pages - centré pour partie sur l'Ile-de-France - rassemble sept études allant des caractéristiques sociodémographique et de santé des familles sans logement d'Ile-de-France à la santé mentale et les addictions chez les personnes sans logement personnel, en passant par des sujets comme l'estimation du nombre de décès de personnes sans domicile, la couverture vaccinale chez les enfants sans logement, ou encore la santé et le recours aux soins des personnes sans domicile.

"Ces personnes participent à la vie sociale de diverses manières"

Le tableau général qui se dégage de ces études n'a rien de très optimiste, rejoignant ainsi les conclusions d'autres études comme celles de Médecins du Monde (voir nos articles ci-contre). Ainsi que l'explique l'éditorial du BEH, "la précarité des personnes sans domicile affecte leur santé dans toutes ses dimensions".
Ces personnes privées de logement personnel sont toutefois loin de constituer une population homogène : "leurs caractéristiques sociodémographiques, leur situation au regard de la citoyenneté, leur trajectoire et l'intensité de leurs liens sociaux sont diverses. Loin de la totale désocialisation que certains imaginent parfois, ces personnes participent à la vie sociale de diverses manières". Ainsi, un quart d'entre elles occupe un emploi, un quart vit avec des enfants, elles fréquentent différents services publics ou associatifs et la plupart ont eu un contact avec le système de santé au cours de l'année écoulée.

Un tiers souffre de troubles psychiatriques sévères

Ces populations restent toutefois très fragiles. L'une des études, consacrée à une estimation du nombre de décès de personnes sans domicile entre 2008 et 2010, recense ainsi 6.730 décès sur la période, soit plus de 2.000 décès par an. Faute de connaître les effectifs réels de cette population, l'étude n'a cependant pas pu établir de taux de mortalité, pour le comparer à celui de la population générale.
De même, l'étude sur la santé mentale et les addictions chez les personnes sans domicile en Ile-de-France montre une très forte prévalence de ces pathologies. Il apparaît ainsi qu'un tiers de cette population souffre de troubles psychiatriques sévères : troubles psychotiques, troubles sévères de l'humeur ou troubles anxieux. Cette prévalence est, par exemple, dix fois supérieure à celle observée en population générale pour les troubles psychotiques. Et la dépendance ou la consommation régulière de substances psychoactives sont de trois à six fois supérieures à celles de la population générale.

Vaccination et nutrition

Une autre étude, portant sur la couverture vaccinale chez les enfants sans logement d'Ile-de-France - menée par l'observatoire du Samu social de Paris -, montre que la couverture des enfants nés en France est proche de celle de l'ensemble des enfants. En revanche, la couverture vaccinale des enfants sans logement nés hors de France est nettement plus basse. A 24 mois, la probabilité d'être à jour des vaccinations est, selon les vaccins, de deux à quatorze fois supérieure chez les premiers que chez les seconds.
Enfin, une étude sur l'origine et la fréquence des repas des personnes sans domicile en France - portant sur un échantillon de 4.419 personnes - met en évidence que 68% de la population enquêtée déclarait avoir pris trois repas par jour tous les jours de la semaine ayant précédé l'enquête ; 20% déclaraient avoir consommé deux ou trois repas par jour selon les jours ; 10% déclaraient un nombre de repas variable (de un à trois par jour selon les jours) et 2% avaient connu au moins une journée entière sans manger. La majorité des repas étaient pris sur le lieu d'hébergement de la personne et/ou dans le cadre de distributions gratuites. Des résultats qui rejoignent à nouveau ceux d'une précédente enquête de Médecins du Monde (voir notre article ci-contre du 16 juin 2014).

 

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