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Santé / Social - Médecins du monde appelle à simplifier encore l'accès aux droits et aux soins

A l'occasion de la Journée mondiale du refus de la misère, célébrée le 17 octobre, Médecins du Monde a publié la onzième édition de son Observatoire de l'accès aux soins. En 2013, l'association a accueilli 29.960 personnes dans ses 20 centres d'accueil, de soins et d'orientation (Caso), définis comme des "[lieux] de recours aux soins et d'accès aux droits pour les personnes en grande difficulté et/ou en situation d'exclusion qui ne connaissent pas leurs droits ou qui ne parviennent pas à les faire valoir". En outre, les équipes de Médecins du Monde (MdM) sont allées au contact de 30.000 autres personnes en situation de grande précarité (vivant dans la rue, des squats ou des bidonvilles, usagers de drogues, prostituées, migrants en transit…).

Six patients sur dix ont une maladie chronique  

Dans les Caso, 40.547 consultations médicales et 3.685 consultations dentaires ont été délivrées en 2013, soit un léger fléchissement par rapport à l'année 2012. "Le nombre moyen de consultations par patient, relativement faible, illustre la volonté pour les équipes de MdM de ne pas s'engager dans une démarche de suivi médical et d'orienter au maximum les personnes vers le système de droit commun", précise l'étude. Les patients reçus en consultation souffrent très souvent - six personnes sur dix - de pathologies chroniques (respiratoires, digestives, ostéoarticulaires et dermatologiques), nécessitant un suivi régulier "dans un contexte où la plupart des patients ne disposent d'aucune couverture maladie et vivent dans des conditions de précarité extrêmes". En 2013, des troubles de santé mentale ont été en outre repérés pour 11% des personnes reçues dans les Caso, la barrière de la langue complexifiant dans ce cas d'autant plus l'accès à une prise en charge adaptée.
Si la demande de soins est la plus courante parmi les personnes s'adressant à l'association (84%), le besoin d'accompagnement social, administratif ou juridique est également présent (22%). En 2013, "plus de 32.000 entretiens sociaux ont été réalisés, dont 42% par des travailleurs sociaux", précise le rapport. 

90% des personnes reçues n'ont aucune couverture maladie  

Dans sept cas sur dix, les personnes s'adressent au Caso spontanément, "sans orientation préalable par un partenaire institutionnel ou associatif". "Près de 90% des personnes reçues ne disposent d'aucune couverture maladie lorsqu'elles sont accueillies pour la première fois dans un Caso, alors que près des trois quarts" des patients "pourraient théoriquement en bénéficier", selon l'association qui demande la fusion de l'aide médicale d'Etat (AME) dans le dispositif de couverture maladie universelle (CMU), "pour un accès aux soins plus simple et moins stigmatisant, seule garantie d'une politique de santé publique efficace".
"De manière générale, il y a nécessité à simplifier l'accès aux droits et aux soins", pour Médecins du Monde. Concernant le plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté, "l'impact concret [des] mesures tarde à se révéler et reste largement insuffisant".

Une population jeune, étrangère, en situation de grande précarité

Les personnes accueillies sont majoritairement des hommes, jeunes - 33 ans en moyenne et 13% de mineurs - et de nationalité étrangère (95%), dont un tiers arrivé en France depuis moins de trois mois. Alors que la quasi-totalité des personnes accueillies dans les centres vit sous le seuil de pauvreté, dont 27% sans aucune ressource financière, seulement 8% d'entre elles disposent d'un logement personnel. Suite à une enquête menée en 2014 sur "L'alimentation des personnes en situation de grande précarité en France" (voir ci-contre notre article du 16 juin), Médecins du Monde alerte une nouvelle fois sur "une très grande précarité financière et des difficultés d'accès à l'alimentation particulièrement importantes" et appelle à "développer des dispositifs d'aide alimentaire adaptés et ouverts tout au long de l'année". Sur l'hébergement et le logement, comme de nombreuses autres associations de solidarité (voir notre article du 14 octobre), l'association renouvèle sa demande au gouvernement de "mettre fin à la gestion au thermomètre" et de mettre en place des solutions adaptées, "avec une priorité à l'accompagnement vers du logement pérenne".
A partir de constats issus de ses "actions mobiles vers les plus exclus", notamment de prévention des risques, Médecins du Monde formule en outre des préconisations plus spécifiques : la mise en place de "salles de consommation à moindres risques" pour les usagers de drogues, ou encore le développement des lits haltes soins santé (LHSS) et des lits d'accueil médicalisés (LAM) pour mettre à l'abri de façon plus systématique les personnes malades.
Outre les données agglomérées, le rapport propose sept focus par population, notamment pour dénoncer "un statu quo intolérable" à Mayotte et "un accès aux droits et aux soins très dégradé" à la Guyane. Les autres bilans se penchent sur l'accueil des mineurs isolés étrangers, sur l'accès aux soins des femmes en situation de précarité et sur la situation des étrangers et des demandeurs d'asile.  

 

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