Logement étudiant : l'Avuf et l'Aires interpellent les futurs élus sur l'urgence à agir

À l'heure où plus de 3 millions d'étudiants sont inscrits dans l'enseignement supérieur et où 17% des jeunes déclarent avoir interrompu leurs études faute d'hébergement adapté, villes universitaires et opérateurs de résidences publient un livre blanc qui suggère une feuille de route concrète et ambitieuse pour le mandat 2026-2032, appelant à sortir des plans successifs qui, en vingt ans, n'ont pas réussi à enrayer la pénurie. 

Trop de jeunes renoncent chaque année à poursuivre leurs études ou les abandonnent prématurément faute d'un hébergement abordable. Ce constat, répété depuis deux décennies, n'a jamais été résolu. C'est le point de départ du livre blanc publié ce lundi 23 février 2026 par l'Association des villes universitaires de France (Avuf) et l'Association interprofessionnelle des résidences étudiants et services (Aires), deux associations qui s'associent pour interpeller les futurs exécutifs locaux à l'approche des élections municipales.

Une crise liée au fait que le seuil des 3 millions d'étudiants a été franchi en 2025

Le chiffre résume à lui seul l'ampleur du décrochage : entre 2014 et 2023, la population étudiante a progressé d'environ 25%, franchissant le seuil des 3 millions en 2025, tandis que la progression de l'offre en résidences dédiées — publiques comme privées — a été deux fois moins forte. Résultat : seuls 25% des étudiants décohabitants disposent aujourd'hui d'un logement adapté à leur situation.

Le parc privé diffus, qui accueillait jusqu'ici la majorité d'entre eux, se fragilise sous l'effet conjugué de la hausse des loyers, du développement de la location touristique de courte durée et du retrait des logements énergivores sans rénovation. Cette rétractation laisse des dizaines de milliers d'étudiants face à un marché sous tension, notamment dans les villes moyennes universitaires où l'offre reste trop faible ou trop homogène.

La succession des plans gouvernementaux — plans Anciaux en 2004 et 2008, plan 40.000 sous François Hollande, plan 60.000 sous Emmanuel Macron, feuille de route interministérielle de décembre 2023 — n'aurait pas produit de changement structurel. La Cour des comptes elle-même, dans un rapport thématique de mars 2025, soulignait que de nombreux dispositifs de soutien coexistent sans stratégie formalisée (voir notre article du 21 mars 2025). L'Avuf et l'Aires partagent ce diagnostic : la multiplication des plans traduit davantage un volontarisme discursif qu'une politique coordonnée efficace.

Ne pas attendre la baisse démographique pour agir

Un argument qui revient souvent dans la bouche des élus pour justifier l'attentisme : "la démographie étudiante va se tasser, le problème se résoudra de lui-même". Le livre blanc démonte point par point cette idée reçue. Lorsque la France comptait 2,4 millions d'étudiants — niveau que l'on retrouvera vers 2050 selon les projections de l'Insee —, la pénurie de logements dédiés était déjà criante. La décohabitation s'est depuis accélérée, Parcoursup et MonMaster ont renforcé les mobilités territoriales, et l'internationalisation des parcours impose des besoins nouveaux que la seule baisse des effectifs ne suffira pas à absorber.

Par ailleurs, cette baisse démographique ne sera ni homogène ni simultanée sur l'ensemble du territoire. Les grandes métropoles universitaires resteront sous pression quand d'autres territoires connaîtront un reflux marqué, rendant indispensable un rééquilibrage territorial anticipé de l'offre.

Un continuum d'offres, pas une opposition de modèles

La réponse ne peut être ni uniquement sociale ni uniquement privée. L'Avuf et l'Aires plaident pour organiser un véritable continuum lisible entre les différents segments : 
- logement conventionné Crous pour les boursiers et les étudiants les plus modestes ; 
- logement locatif intermédiaire (LLI) pour les classes moyennes étudiantes qui ne peuvent prétendre au parc social mais ne supportent pas les loyers du marché libre ; 
- résidences privées régulées pour les alternants, les étudiants internationaux et les jeunes actifs. 
Chacun de ces segments répond à des profils distincts et leur complémentarité est la condition d'une politique efficace.

Le livre blanc insiste particulièrement sur le maillon intermédiaire, encore insuffisamment développé. Des conventions tripartites entre collectivités, bailleurs et gestionnaires pourraient encadrer ces montages, en fixant des plafonds de loyers, des engagements sur la durée d'usage et des critères de qualité. La Banque des Territoires, à travers son programme AGiLE lancé en 2025 et doté d'une capacité de 5 milliards d'euros (prêts, ingénierie, investissements), est identifiée comme un levier opérationnel central pour accélérer cette montée en charge (lire notre article du 10 février 2026).

Qualité, vie étudiante et ancrage territorial

Produire plus ne suffira pas si l'on produit mal. Les deux associations rappellent que la qualité des résidences influe directement sur la santé mentale, la capacité de concentration et la réussite académique des étudiants. Espaces communs ouverts, connexion numérique fiable, accompagnement social intégré : ces services ne sont pas des options mais des conditions de l'efficacité résidentielle.

L'Avuf a engagé en ce sens le déploiement du label "Habitat Étudiant", référentiel partagé autour de quatre engagements — ancrage territorial, durabilité, qualité d'accueil et lien social — qui offre aux collectivités et aux maîtres d'ouvrage un outil d'évaluation des projets (voir notre article du 4 février 2025). Le livre blanc plaide aussi pour faire des résidences étudiantes de véritables éléments vivants des quartiers, et non des enclaves isolées, en développant notamment les Kolocations à projets solidaires (Kaps) portées par l' Association de la Fondation étudiante pour la ville (Afev).

Un COP dans chaque agglomération universitaire en carence

Sur le plan opérationnel, la recommandation phare du livre blanc est la création, dans chaque agglomération universitaire en carence, d'un Comité d'orientation partenariale (COP) du logement étudiant. Cette instance réunirait collectivités, État, établissements d'enseignement supérieur, Crous, bailleurs sociaux, gestionnaires privés et organisations étudiantes autour d'un "pacte local" fixant des objectifs de production, des sites prioritaires et un calendrier sur la période 2026-2032.

L'enjeu est aussi de raisonner en "mandat utile" : une fenêtre d'environ quatre ans constitue le temps réellement disponible pour décider, autoriser et lancer des projets. Passée cette fenêtre, l'expérience montre qu'il sera trop tard pour atteindre des résultats tangibles à l'horizon 2030.

L'Avuf et l'Aires s'adressent ainsi directement aux futurs maires et présidents d'intercommunalité : sans villes universitaires engagées et sans logement étudiant solide, il n'y a ni attractivité académique, ni égalité des chances. 

 

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