Logement étudiant : la Banque des Territoires accélère avec 26.000 logements déjà engagés

Au Hub des Territoires, vendredi 6 février, la Caisse des Dépôts a dressé un premier bilan du programme AGiLE lancé il y a neuf mois pour répondre à la crise du logement étudiant. Avec 850 millions d'euros déjà mobilisés et une stratégie ambitieuse de mobilisation du foncier public et universitaire, l'établissement public veut accélérer la cadence pour atteindre les 75.000 logements supplémentaires accompagnés promis d'ici 2030.

"75.000 logements pour nos étudiants, c'est absolument essentiel", a affirmé le ministre du Logement, Vincent Jeanbrun, dans une vidéo diffusée lors de la matinée organisée au Hub des Territoires vendredi 6 février 2026 et dédiée à la massification de la production du logement étudiant. Ne pouvant être présent, le ministre a néanmoins tenu à saluer cette "ambition très forte" portée par la Banque des Territoires en partenariat avec les ministères du Logement et de l'Enseignement supérieur. Une ambition qui doit permettre d'augmenter de près de 20% l'offre de logements étudiants, "y compris du logement abordable".

Un premier bilan encourageant

Neuf mois après son lancement lors du Printemps des Territoires 2025, le programme AGiLE affiche des résultats concrets. "Cette mobilisation a déjà conduit à permettre l'accompagnement de 26.000 logements", s'est réjoui Antoine Saintoyant, directeur de la Banque des Territoires. Si la construction n'a pas encore commencé pour la plupart d'entre eux, le financement est d'ores et déjà prévu : 570 millions d'euros de prêts et 280 millions d'euros d'investissements, soit plus de 850 millions d'euros engagés à l'échelle du Groupe Caisse des Dépôts sur l'enveloppe totale de 5 milliards d'euros prévue jusqu'en 2030.

Le programme se décline autour de trois axes : le logement social étudiant, le logement intermédiaire et libre, et la mobilisation du foncier pour créer de nouvelles résidences, notamment sur les sites universitaires. L'objectif affiché est de 75.000 logements supplémentaires d'ici 2030, dont 50.000 à dimension sociale et 25.000 en secteur libre.

Le foncier, priorité absolue pour 2026

"Le volet qu'il faut le plus travailler maintenant et qui est prioritaire de mon point de vue, c'est celui de la mobilisation du foncier", a insisté Antoine Saintoyant. Car si le volet soutien au logement social "tourne à plein régime" grâce aux bailleurs et promoteurs, la libération de terrains constructibles reste l'enjeu clé pour accélérer la production.

Pour y parvenir, la Banque des Territoires mise sur une stratégie partenariale ambitieuse. Des conventions ont été signées avec France Universités, le réseau des Crous, et l'Association des villes universitaires de France (Avuf). "La circulaire du Premier ministre demandait aux préfets et aux recteurs de régions académiques d'établir une feuille de route régionale", a rappelé Mostafa Fourar, chargé d’une mission interministérielle de coordination du plan logement étudiant (voir notre article du 4 septembre 2025). "Pour le moment, la gouvernance régionale est mise en place pratiquement dans toutes les académies et les feuilles de route nous sont remontées, qui identifient très clairement le foncier disponible."

Création de résidences universitaires "du XXIe siècle"

La question du foncier universitaire soulève néanmoins des difficultés. "Les universités, elles ont vocation, en tout cas me semble-t-il, à contribuer, clairement, à des programmes, à des projets, à des logements étudiants", a estimé Mathias Bernard, président de l'université Clermont-Auvergne et membre du conseil d'administration de France Universités. Mais le président a précisé que "ce n'est pas le cœur de métier des universités" et que les enjeux varient selon deux situations : "Il y a des universités qui ont la dévolution du patrimoine. Charge à elles de s'investir, de s'impliquer et de participer à un montage d'une foncière. Et il y a celles qui n'ont pas la dévolution du patrimoine. Auquel cas [...], il faut passer [...] par l'intermédiaire de la direction de l'immobilier de l'État". 

La solution préconisée passe par la création de résidences universitaires "du XXIème siècle" intégrant une mixité d'usages : salles de sport, services culturels, espaces de coworking, incubateurs d'entreprises. "C'est ce type de projets qui peuvent vraiment travailler en partenariat", a souligné Mathias Bernard, ajoutant que cette approche permet aussi de répondre à "la réversibilité potentielle des usages" face à la baisse démographique étudiante annoncée après 2030.

Des modèles innovants en expérimentation

Pour débloquer la situation, François Wohrer, directeur de l'investissement à la Banque des Territoires, a annoncé trois axes d'innovation. À commencer par la création de sociétés d'utilité locale immobilière (Suli) associant universités, collectivités et la Banque des Territoires, qui apporteraient 49% des fonds propres. "Je veux voir émerger une Suli avant la fin 2026", a-t-il déclaré, précisant que des discussions sont en cours avec Bordeaux et Toulouse notamment.

Deuxièmement, la création de filiales avec des organismes de logement social (OLS) qui "n'ont pas les moyens pour continuer à développer le sujet". Enfin, un partenariat renforcé avec les Crous, déjà opérateurs historiques du logement étudiant, pour accélérer leurs programmes de construction.

Les collectivités territoriales, un maillon essentiel

"On a aussi des difficultés psychologiques à lever", a souligné Françoise Raynaud, vice-présidente déléguée de l'Association des villes universitaires de France (Avuf) et vice-présidente de La Roche-sur-Yon AgglomérationL'élue a insisté sur la nécessité de faire de "l'acculturation auprès des élus" pour éviter que le logement étudiant ne soit mis en compétition avec le logement des familles monoparentales ou des seniors. "Un étudiant, c'est une personne à part entière dans un territoire et il apporte énormément sur un territoire, puisque c'est un consommateur aussi [...] et qu'il intervient dans une dynamique de territoire et donc de l'aménagement du territoire."

Face aux contraintes du zéro artificialisation nette (ZAN), l'Avuf prépare un livre blanc qui sera diffusé aux collectivités "juste avant les élections municipales" pour "dire aux élus : voilà comment il faut réfléchir sur le logement des étudiants".

35 observatoires territoriaux pour piloter l'action

L'Avuf porte également le déploiement de 35 observatoires territoriaux du logement étudiant, qui réunissent l'ensemble des acteurs : Crous, universités, agences d'urbanisme, collectivités, promoteurs publics et privés, et directions régionales de la Banque des Territoires. "C'est une source de data extrêmement importante qui nous permet de nous projeter vers l'avenir", a précisé Françoise Raynaud.

Ces observatoires permettent notamment d'identifier les huit zones en tension prioritaires au niveau national et de travailler sur "la priorisation des projets, mais aussi dans un calendrier raisonnable pour que, encore une fois, le plan se transforme en chantier", a ajouté Mostafa Fourard.

Un enjeu d'égalité des chances

"Beaucoup d'étudiants arrêtent leurs études faute de pouvoir se loger correctement", a rappelé Vincent Jeanbrun. Avec 3 millions d'étudiants aujourd'hui (+23% en dix ans) et seulement 300.000 logements étudiants disponibles, soit 10% de la population étudiante, la tension est maximale. "Si on prend uniquement les étudiants qui quittent le domicile familial, à ce moment-là, on n'en a que 25%", a précisé Antoine Saintoyant.

Le programme AGiLE s'inscrit dans le plan de relance du logement annoncé par le gouvernement, qui prévoit la construction de 2 millions de logements d'ici 2030, soit 400.000 par an. Lors du prochain Printemps des Territoires, dans quelques mois, de nouvelles annonces communes entre la Banque des Territoires et le ministre du Logement sont attendues pour amplifier encore la dynamique.

Les chiffres du logement étudiant 

- 5 milliards d'euros : enveloppe totale du programme AGiLE (3,5 milliards euros de prêts, 1,5 milliards euros d'investissements) à l'échelle du groupe Caisse des Dépôts
- 75.000 logements : objectif à horizon 2030 (50.000 sociaux et intermédiaires, 25.000 libres)
- 26.000 logements déjà accompagnés en 2025
- 850 millions d'euros déjà engagés à l'échelle du Groupe Caisse des Dépôts (570 millions d'euros de prêts, 280 millions d'euros d'investissements)
- 3 millions d'étudiants : population étudiante en France (+23% en 10 ans)
- 300.000 logements étudiants : parc actuel (10% des étudiants, 25% de ceux qui quittent le domicile familial)
- 35 observatoires territoriaux déployés pour piloter l'action locale
- 8 zones en tension identifiées comme prioritaires au niveau national

 

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