Logement social : porté par la campagne municipale, le secteur veut transformer l’essai en 2026
Après une année 2025 marquée par un rebond de la production de logements sociaux, l’Union sociale pour l’habitat constate une montée en puissance du sujet dans le débat public, portée notamment par les élections municipales. Entre attentes fortes des Français, reprise encore fragile et tensions sur les financements, le mouvement HLM appelle l’État et les collectivités à consolider la dynamique.
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Le logement s'est imposé comme l'un des thèmes centraux de la récente campagne des élections municipales. Forte de ce constat, l'Union sociale pour l'habitat (USH) a profité d'une conférence de presse organisée le mercredi 15 avril pour dresser le bilan d'une année 2025 dynamique et interpeller les nouveaux exécutifs locaux ainsi que le gouvernement sur les défis à venir. Le débat public semble en effet avoir franchi un cap : "À la différence de la campagne précédente, la question n’était plus tant de décider s’il fallait construire mais de savoir comment le faire et comment loger les gens !", a constaté Emmanuelle Cosse, présidente de l’USH.
Cette prise de conscience politique répond à une préoccupation majeure des Français. Selon un baromètre Ipsos-BVA commandé par l'USH et publié en mars 2026, 51% des sondés anticipent une dégradation de la situation du logement dans les années à venir. La pression sur le parc social reste intense, avec plus de 2,94 millions de ménages en attente d'un logement à la fin du premier trimestre 2026, face à 4,2 millions de personnes mal logées à l'échelle nationale.
Par ailleurs, 70% des Français interrogés estiment que la question du logement social doit constituer un sujet important, voire prioritaire, pour leur nouveau maire. Une attente claire qui s'aligne avec le souhait de 83% des sondés de voir se développer davantage d'offres locatives sociales.
Un rebond de la production à consolider
Du côté de la production, l'année 2025 a marqué une reprise notable. Le secteur a enregistré près de 117.689 agréments, portés par une conjoncture plus favorable incluant la baisse du taux du livret A, une mobilisation accrue des préfectures, et l'allègement de 200 millions d'euros de la réduction de loyer de solidarité (RLS). La dynamique s'est également confirmée sur le front de la transition écologique, avec près de 140.000 réhabilitations énergétiques achevées, dont près de 99.000 ont permis un changement d'étiquette énergétique.
Pour maintenir ce rythme et atteindre l'objectif de 110.000 agréments fixés pour 2026 par le plan Relance logement, l'USH insiste sur la nécessité d'un portage politique fort et d'une stabilité financière. L'organisation explique qu’elle restera particulièrement vigilante quant à la traduction réglementaire de la baisse supplémentaire de la RLS, actée dans la loi de finances, tout en plaidant à terme pour la suppression pure et simple du dispositif.
Un guide pratique pour outiller les maires
Afin de transformer l'essai des élections municipales, l'USH déploie une stratégie d'accompagnement des élus locaux. En partenariat avec l'Association des petites villes de France (APVF), France urbaine et Intercommunalités de France, l'Union a élaboré un guide intitulé "Agir pour le logement social : leviers d'action pour les élus".
Ce document pédagogique détaille cinq registres d'action à disposition des communes et des intercommunalités : l'urbanisme réglementaire (PLU), l'action foncière, l'urbanisme opérationnel, la fiscalité locale et le soutien financier direct. L'objectif est de démontrer que les collectivités disposent de nombreux outils (comme la garantie d'emprunt, la minoration foncière ou l'instauration de secteurs de mixité sociale) pour débloquer des opérations et sanctuariser du foncier sans nécessairement grever leurs budgets. Ce mode d'emploi sera d'ailleurs au cœur de la Journée du logement social, prévue le 11 juin prochain à Arras, qui réunira les exécutifs municipaux pour débattre de l'action locale.
La réforme des APL en ligne de mire
Si l'USH tend la main aux collectivités, elle se montre en revanche nettement plus ferme à l'égard de l'exécutif national concernant le projet d'allocation de solidarité unifiée (lire notre article). Les instances dirigeantes du mouvement HLM s'opposent catégoriquement à l'intégration des Aides personnalisées au logement (APL) dans ce nouveau dispositif global.
L'argumentaire est technique : l'APL a pour vocation spécifique de compenser le coût des loyers, avec une modulation géographique, et ne connaît pas de phénomène de non-recours, contrairement au RSA ou à la prime d'activité. L'USH redoute que cette fusion ne serve en réalité à lisser la perte de revenus des ménages modestes lors d'un retour à l'emploi, en piochant dans le budget du logement pour compenser les failles d'autres mécanismes sociaux. Malgré plusieurs rencontres avec les ministères concernés, le secteur estime que ses doutes n'ont pas été dissipés, illustrant un point de crispation majeur pour les mois à venir.