Logement : un quart des jeunes encore chez leurs parents à 23 ans, selon une étude de l'Injep
En France, 1 jeune sur 4 n'a pas encore quitté le domicile parental à 23 ans, et 1 sur 7 n'est jamais parti à 25 ans. Loin de l'image d'un choix de confort, une étude de Injep, publiée en juin 2026, identifie trois facteurs principaux derrière ces cohabitations prolongées : la précarité de l'emploi, la poursuite d'études supérieures et l'aide apportée à un proche. Des situations qui touchent en particulier les jeunes des classes populaires.
© Injep et Adobe stock
Le mythe du Tanguy à la vie dure mais les causes de cette réalité sont-elles vraiment bien identifiées ? Une étude de l'Institut national de la jeunesse et de l'éducation populaire (Injep), publiée mi-juin 2026, qui s'appuie sur deux sources (une enquête qualitative menée à Paris et à Marseille en 2025 auprès de 34 jeunes âgés de 22 à 31 ans, et l'exploitation de l'enquête statistique "Entrée dans la vie adulte" (EVA) menée auprès de 35.000 jeunes entrés en sixième en 2007 et suivis annuellement de leurs 17-18 ans à leurs 26-27 ans) s'est penchée sur la question. Résultat, c'est bien la précarité de l'emploi qui constitue le principal frein à la décohabitation des jeunes. Plusieurs profils se dégagent. D'abord, les jeunes sans emploi : parmi ceux qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (Neet) à 23 ans et toujours chez leurs parents, sept sur dix n'auront pas encore quitté le domicile familial à 25 ans. Ces jeunes, souvent des hommes peu diplômés et issus des classes populaires, représentent 26% des 23 ans n'ayant jamais décohabité, contre 14% de ceux ayant déjà quitté le foyer au moins une fois.
L'étude illustre ces principaux constats en citant l'exemple d'un parcours ; en l'occurrence, celui de Christopher, qui a vécu jusqu'à ses 24 ans avec sa mère et sa sœur dans un logement social parisien. Sorti du système scolaire sans le baccalauréat, il a alterné périodes sans emploi et courtes missions d'agent d'entretien, dans un foyer dont le loyer (700 euros) représentait l'essentiel des 1.000 euros de ressources mensuelles.
Le CDI facilite la décohabitation
Ensuite, les jeunes en CDD ou en intérim : 1 jeune sur 5 toujours chez leurs parents à 23 ans est dans cette situation. L'étude souligne que le CDI facilite la décohabitation – 81% des jeunes en CDI ont déjà quitté le domicile parental au moins une fois, contre 74% de ceux en CDD – mais qu'il ne garantit pas systématiquement un revenu suffisant pour accéder à un logement autonome, notamment en Île-de-France où les loyers dépassent de 40% ceux du reste du territoire. L'Injep cite les exemples de Bernardo, 24 ans, en CDD dans une association après plusieurs missions d'intérim, contraint de dormir dans le salon du logement de sa tante et de son oncle, et de Lucas, 23 ans, psychologue à trois quarts temps en CDD, qui retarde son départ malgré une situation plus confortable, dans l'attente d'un contrat stable.
Parmi les jeunes de 23 ans qui n’ont jamais décohabité, 30% sont en CDI. Ils et elles sont principalement issus des classes populaires et peu diplômés. 70% des jeunes en CDI qui sont toujours cohabitants à 23 ans ont au plus le baccalauréat (contre 52% des jeunes en CDI qui sont déjà partis de chez leurs parents à 23 ans ou moins). Or, rappelle l'Injep en s'appuyant sur des données de l'Insee, 26,5% des non-diplômés vivaient sous le seuil de pauvreté en 2023, contre 13,4% des bacheliers et 5,1% des diplômés à bac+5. Pour ces jeunes, les familles n'ont souvent pas les moyens d'accompagner financièrement la prise d'autonomie, une difficulté accentuée dans les territoires où le marché du logement est le plus tendu.
Études supérieures et solidarité familiale
À 23 ans, un quart des jeunes encore chez leurs parents poursuivent des études supérieures. La cohabitation s'explique alors par la proximité géographique avec les lieux de formation et par les difficultés d'accès au logement étudiant dans les grandes villes : marché immobilier saturé, loyers élevés, offre de logements abordables limitée. Ces étudiants sont surreprésentés en milieu urbain dense et issus plus fréquemment de milieux modestes que ceux ayant déjà décohabité. L'étude rapporte le témoignage de deux jeunes femmes marseillaises, Hacina et Maissara, pour qui l'ordre des priorités était clair : terminer leurs études avant d'envisager un départ, malgré des temps de trajet quotidiens parfois importants entre le domicile parental et leur lieu de formation.
Le troisième facteur identifié concerne les jeunes – majoritairement des femmes – qui apportent une aide à un proche. Sur les 34 jeunes interrogés, huit sont en situation d'aidance, dont quatre vivent encore chez leurs parents ou n'en sont partis qu'après 23 ans. Ces situations recouvrent des réalités diverses : soutien dans la vie quotidienne, accompagnement administratif d'un parent en difficulté avec l'écrit ou la langue française, ou prise en charge d'un parent ou grand-parent en perte d'autonomie. L'Injep cite le cas de Lola, 22 ans, qui gère avec sa mère, à Marseille, la toilette et le coucher quotidiens de sa grand-mère atteinte de démence, ou celui de Maissara, qui assume les démarches administratives et le soutien financier de sa mère malade et ne maîtrisant pas le français. Le départ du domicile, dans ces situations, est souvent conditionné à un événement précis – mutation professionnelle, mise en couple ou décès du parent aidé – et certaines formes d'aide se poursuivent à distance après la décohabitation.