L’Union européenne se dote de ses premières stratégies pour les îles et le littoral
La Commission européenne a présenté pour la première fois, mercredi 10 juin, deux stratégies sur les îles et les communautés côtières. Des territoires qui comportent des difficultés structurelles, notamment pour les îles, les surcoûts liés à "l'isolarité". Des initiatives saluées mais qui interrogent sur l'absence de financements dédiés.
© European Union, 2026 CC BY 4.0 / Raffaele Fitto
Pour la première fois, la Commission européenne propose des politiques spécifiques aux îles et aux communautés côtières. Elle a présenté, mercredi 10 juin, deux stratégies afin de veiller à ce que les besoins spécifiques de ces territoires "soient pleinement pris en compte dans les futures propositions et alignés sur les priorités plus larges de l'UE".
L’Union européenne compte 4.000 îles comptant 17 millions d’habitants – dont trois pays insulaires : Chypre, Malte et l’Irlande – et 95 millions d’Européens résident le long des 70.000 km de côtes de l'UE, dans 22 pays, indique la Commission, dans un communiqué, précisant que les régions ultrapériphériques ne sont pas concernées et feront l’objet d’une stratégique spécifique.
"En améliorant les transports, en stimulant l’énergie verte, en renforçant les économies locales et en relevant les défis démographiques, nous transformerons les obstacles en opportunités, faisant de ces territoires la clé d’une Europe durable et compétitive", affirme Raffaele Fitto, vice-président exécutif chargé de la cohésion et des réformes, cité dans le communiqué.
Handicaps naturels ou démographiques
Ces deux stratégies fonctionnent "en tandem" et se veulent complémentaires face à des "pressions interconnectées", tout en répondant à des enjeux spécifiques : déclin démographique, surcoûts de "l'isolarité", notamment en matière de transports (allant jusqu'à 166% pour les résidents des îles suédoises), rareté de l’eau, forte dépendance aux énergies fossiles pour ce qui est des îles ; effets du changement climatique, perte de biodiversité marine et côtière et pollution marine, surtourisme, pénuries de logements abordables, s’agissant des zones côtières.
Si les handicaps naturels ou démographiques sévères et permanents des îles sont mentionnés à l'article 174 du Traité de fonctionnement de l’UE, la stratégie qui leur est dédiée apporte des réponses autour de quatre axes : développement économique, sécurité énergétique, démographie et préparation aux crise. La Commission "invite" les États à inclure des mesures ciblées dans leurs plans nationaux de transport, leurs plans nationaux de restauration et dans les futurs plans de partenariats nationaux et régionaux (le nouveau cadre proposé par la Commission dans le budget post-2027) et à proposer des outils d'investissement territorial "afin de promouvoir des stratégies intégrées pour les îles".
Pas de fléchage garanti
L’absence de financements dédiés suscite la vigilance de la rapporteure du groupe S&D sur cette stratégie insulaire, la vice-présidente de la commission du développement régional Nora Mebarek, selon laquelle le texte "mobilise pour l'essentiel des enveloppes déjà existantes", comme les 12,5 milliards d'euros fléchés vers les îles au titre de la politique de cohésion pour 2021-2027, "sans dégager de financement nouveau ni de ciblage contraignant pour les îles". Une faiblesse jugée "d'autant plus préoccupante qu'elle se conjugue avec la logique recentralisatrice" des futurs plans de partenariats nationaux et régionaux. "Renvoyer le sort des îles à la bonne volonté des gouvernements nationaux, sans fléchage garanti, c'est risquer que les territoires les plus fragiles soient les premiers sacrifiés au moment des arbitrages budgétaires", alerte-t-elle.
La stratégie pour les régions côtières repose, elle, sur trois priorités : stimuler la prospérité, renforcer la résilience et améliorer la qualité de vie. "Des parcs éoliens baltes au pescatourisme portugais, nous transformons les menaces en opportunités", a illustré Costas Kadis, commissaire à la pêche et aux océans. La future loi sur les océans (issue du pacte sur les océans adopté il y a tout juste un an) donnera aux collectivités "les moyens d’agir dans la planification de l’espace maritime", assure l'exécutif européen. La future initiative de l'UE en faveur de l'innovation dans le domaine de la bioéconomie bleue permettra de soutenir des projets locaux visant à soutenir les pôles de bioéconomie bleue et les chaînes d'approvisionnement. La Commission veut aussi mettre en place un "système de certification pour les crédits de carbone bleu".
Lancement officiel le 26 juin
Une "conférence de haut niveau" sur les îles et les communautés côtières sera organisée le 26 juin 2026 pour lancer officiellement la mise en œuvre des deux stratégies.
L’initiative, encouragée par le Parlement européen, a été saluée par la présidente de la collectivité de Corse, Marie-Antoinette Maupertuis, qui a œuvré en ce sens au sein du Comité des régions et de la Conférence des régions périphériques maritimes qui vient de se réunir en Sardaigne, fin avril, pour défendre "la voix des îles". Toutefois, le plus dur reste à faire. "C’est une étape importante. Mais notre combat continue : l’insularité doit désormais être prise en compte concrètement dans toutes les politiques européennes", a-t-elle réagi sur X.
Nora Mebarek se montre plus dubitative. "Un document qui se contente d'inviter les États membres et de promettre d'examiner des doléances 'le cas échéant' ne suffit pas. Les insulaires n'ont pas besoin d'intentions : ils ont besoin de moyens", tance-t-elle. La députée annonce qu'elle déposera proposera, lors de l'examen du règlement sur les plans partenariats nationaux et régionaux, un chapitre dédié aux îles, "afin d'ancrer dans le droit ce que la stratégie ne formule pour l'instant qu'en termes de recommandation", avec notamment une "allocation identifiable".