La Commission veut renforcer la compétitivité des ports et de l'industrie maritime de l'UE
La Commission européenne a dévoilé, ce 4 mars, ses stratégies pour développer la compétitivité et accélérer la décarbonation des ports de l'UE d'une part et de l'industrie maritime d'autre part. Des mesures attendues alors que la concurrence internationale fait rage.
© Simo Räsänen CC BY-SA 4.0
Deux pour le prix d'une. La Commission européenne a adopté, ce 4 mars, une stratégie maritime industrielle d'une part, et une stratégie portuaire d'autre part. Deux plans de bataille complémentaires et attendus, compte tenu du poids économique de ces secteurs par ailleurs soumis à rude concurrence. Dans son Cahier du maritime dans les territoires 2026, le Gican, syndicat de l'industrie navale française, évoque pour ce seul secteur, en France, "plus de 58.200 emplois directs, un chiffre d’affaires de près de 15,9 milliards d'euros et plus de 770 entreprises, majoritairement PME et TPE, réparties sur l'ensemble du territoire".
Construction navale : une stratégie de niche ?
La première stratégie repose sur "six piliers" : la construction navale ; le transport maritime ; la sûreté ; l'accès à l'innovation ; aux financements et enfin aux compétences et à des emplois de qualité (la "requalification professionnelle devient un besoin urgent" soulignait fin 2024 le rapport Draghi en évoquant singulièrement le secteur maritime).
S'agissant du secteur manufacturier – "stratégique pour la souveraineté de l'Europe" –, la Commission entend se concentrer "sur les segments à forte valeur ajoutée" dans lesquels l'UE "est encore leader" (navires de croisière, de guerre, de soutien à l'éolien offshore, brise-glaces, câbliers sous-marins, yachts, bateaux de plaisance…), mais de plus en plus challengée. "Là où les meilleurs résultats peuvent être obtenus de manière réaliste", précise la Commission, qui acte par ailleurs le retard pris sur les autres segments, singulièrement la construction navale marchande. À cette fin, une nouvelle "alliance des chaînes de valeur maritimes industrielles" va être mise sur pied. Elle réunira les acteurs de l'écosystème comme les autorités nationales et locales.
Afin de favoriser leur transformation "numérique et circulaire", un appel à projets "chantiers navals du futur" sera également lancé dans le cadre du programme Horizon Europe, permettant de tester et d'industrialiser les technologies prometteuses.
De manière générale, l'accent est également mis sur la sûreté et la sécurité (tant celle des passagers que des navires), érigées en facteur clé de succès de la compétitivité de l'industrie européenne. Autres objectifs désormais classiquement affichés : d'une part, la volonté de supprimer les "goulets d'étranglement administratifs", qui freinent notamment la décarbonation du secteur ou la promotion des pavillons de l'UE, alors que "la part de l'UE dans la flotte maritime mondiale est en baisse", alertait encore le rapport Draghi ; d'autre part, celle de recourir à la commande publique pour soutenir l'industrie européenne.
S'assurer que les ports restent fermement connectés aux flux commerciaux mondiaux
La seconde stratégie affiche des objectifs similaires : renforcer la compétitivité, l'innovation et la digitalisation des ports ; renforcer leur sûreté, tant physique que cyber ; en faire des "catalyseurs" de la transition énergétique ; faciliter leur accès aux financements – notamment les aides d'État –, tout en veillant à ne pas créer de dépendances à l'égard de tiers ; faire en sorte qu'ils soient sources d'emplois de qualité et de cohésion sociale. L'électrification des ports et leur raccordement au réseau – via ici encore l'assouplissement des procédures d'octroi de permis – est singulièrement recherchée. La Commission appelle ainsi les États membres à renforcer les synergies entre le réseau transeuropéen de transport (RTE-T) - qui compte 283 ports maritimes, 223 ports intérieurs et 44 ports mixtes - et le réseau transeuropéen d'énergie (RTE-E). Ou encore à renforcer la coopération entre les ports et les industries locales, notamment afin de favoriser l'intégration des premiers aux réseaux de chaleur et de froid. Elle prévoit encore de fixer une feuille de route pour les "ports de petite et moyenne tailles compétitifs". Sur le volet sûreté, et notamment pour prévenir le trafic de drogues, la Commission proposera entre autres mesures un cadre pour permettre le criblage des travailleurs portuaires et l'évaluation des ports des pays tiers.
Concurrence équitable
Dans les deux documents, la Commission fait également part de sa volonté de "garantir une concurrence mondiale équitable", en luttant notamment contre les pratiques commerciales déloyales. Une ligne singulièrement espérée par le secteur. En avril 2024, le Gican s'était notamment ému de l'intégration de la Corée du Sud dans le programme Horizon Europe, alors que le ministre coréen du commerce avait "annoncé vouloir s’emparer de plus de 80% du marché de la construction navale de prochaine génération". Le Gican avait alors demandé la mise en œuvre rapide d'une véritable stratégie industrielle maritime européenne. L'an passé, il avait de nouveau appelé l'Europe à "abandonner sa naïveté multilatérale", en dressant plusieurs recommandations… qui coïncident peu ou prou avec celle de la stratégie finalement adoptée par la Commission : soutien aux chantiers navals, renforcement de la sécurité maritime, transition écologique, innovation et digitalisation, formation et compétences et concurrence équitable.
Notons qu'afin d'assurer la mise en œuvre et le suivi de ces stratégies, un conseil des industries maritimes et des ports sera mis en place. Et signalons qu'en France, une mission d'évaluation de la compétitivité des ports français a été constituée en novembre dernier, à l'initiative du groupe RN, au sein du comité d'évaluation et de contrôle de l'Assemblée nationale.