Lutte contre le frelon asiatique : le plan national officiellement lancé
Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la transition écologique, a lancé ce 27 mars le plan national de lutte contre le frelon asiatique. Doté de 3 millions d'euros par an, ce plan prévoit notamment de financer des formations et des moyens de lutte et de prévention engagés par les collectivités et les associations.
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Lors d'un déplacement dans les Vosges ce 27 mars, Mathieu Lefèvre, ministre délégué chargé de la transition écologique, a officiellement lancé le nouveau plan national de lutte contre le frelon asiatique issu de la loi du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération de cette espèce invasive et à préserver la filière apicole (lire notre article).
Risque pour la filière apicole et la sécurité des populations
Depuis son introduction accidentelle en France en 2004, dans le Lot-et-Garonne, le frelon asiatique à pattes jaunes s'est répandu dans tous les départements métropolitains et même au-delà des frontières – il a atteint la Hongrie en 2024. L'espèce, qui s'attaque à une grande diversité d'insectes – près de 85% de son alimentation est composée d'abeilles, de guêpes et de mouches -, représente un risque économique important pour la filière apicole. En capturant les ouvrières à l'entrée des ruches, le frelon asiatique contribue à la diminution de l'activité de butinage des abeilles et fragilise les colonies. Dans les cas les plus sévères, jusqu'à 30% des colonies peuvent disparaître chaque année du fait de cette prédation.
La présence de nids à proximité des habitations expose aussi les riverains à des risques de piqûres et d'envenimations graves et des méthodes inadaptées de destruction des nids peuvent présenter des risques pour les opérateurs et le public.
Les conséquences de la prolifération du frelon asiatique sur la biodiversité constituent aussi un enjeu majeur. Son impact sur les pollinisateurs sauvages et plus largement sur les populations d'oiseaux doivent encore faire l'objet d'études approfondies mais on sait déjà que certaines techniques de lutte, notamment les pièges non sélectifs, peuvent avoir des effets négatifs sur d'autres espèces d'insectes.
Les collectivités déjà la manoeuvre
Face à la menace, des actions sont déjà menées et les collectivités territoriales coordonnent certaines d'entre elles, voire financent certains dispositifs comme l'achat de pièges ou la destruction de nids. À titre d'exemple, l'an dernier, le service départemental d'incendie et de secours (Sdis) de l'Aisne a bénéficié d'un soutien financier de l'État, dans le cadre du fonds vert, pour acquérir 12 perches télescopiques et former ses agents, pour un coût total d'un peu plus de 65.000 euros. Depuis 2016, la communauté d’agglomération de Blois Agglopolys a aussi mis en place un dispositif structuré de signalement et de destruction systématique des nids de frelons asiatiques chez les particuliers. L’ensemble des frais de destruction est pris en charge par la collectivité, afin de garantir à tous les habitants, quels que soient leurs moyens, la possibilité de faire intervenir des professionnels en cas de présence de nid.
Dans les Pays de la Loire, un projet pilote vise à déployer un dispositif coordonné de piégeage sélectif du frelon asiatique dès le printemps. Porté par le Groupement de défense sanitaire (GDS), en tant qu’organisme à vocation sanitaire pour l’animal, cette initiative, qui repose sur un maillage territorial associant collectivités, apiculteurs, référents frelon et autres acteurs locaux a pour objectif de réduire la pression exercée sur les pollinisateurs, en particulier
les abeilles domestiques, en ciblant les reines fondatrices de frelons asiatiques avant la formation des nids.
Des moyens techniques et financiers supplémentaires apportés par le plan
Le plan national qui vient d'être lancé entend apporter aux collectivités et aux associations des moyens financiers et techniques supplémentaires pour organiser la lutte contre le frelon asiatique "de manière coordonnée et structurée sur le territoire", indique le ministère. Il prévoit ainsi la création et la mise en réseau de référents "frelon asiatique" aux niveaux national et local. Outre le fait de mieux coordonner les actions, cette organisation, qui repose sur une gouvernance nationale et locale partagée associant les apiculteurs, les instituts techniques et scientifiques et les pouvoirs publics, doit permettre d'améliorer la circulation et le partage de l'information.
Dans ce cadre, une page sera dédiée au frelon asiatique sur le site des préfectures concernées afin de faire le lien avec le guichet d'aide ouvert pour les collectivités et les associations. Sur cette même page sera également mis à disposition un formulaire permettant de déclarer la présence de nids de frelons, rendu obligatoire par la loi de 2025. "Cette déclaration permettra d'orienter le particulier vers les solutions à sa disposition, précise le ministère. Le référent oeuvrera aux liens entre les collectivités et les déclarations." L'ensemble du dispositif sera coordonné au niveau départemental.
Trois millions d'euros par an de financements
Sur le plan financier, le plan prévoit 3 millions d'euros par an à allouer aux moyens de lutte et de prévention. Ces financements bénéficieront à la fois aux collectivités et aux associations mobilisées sur le terrain "afin de soutenir une action coordonnée et complémentaire", insiste le ministère.
Ils seront destinés notamment à des formations et à des moyens de lutte et de prévention, parmi lesquels les piégeages de printemps (capture des reines fondatrices) et d'automne (piégeage des ouvrières), la destruction des nids et la protection des ruches à l'aide de pièges sélectifs (muselières ou harpes électriques). Ces actions seront accessibles via un guichet dédié qui ouvrira le 1er mai prochain. Les collectivités, au premier rang desquelles les communes, ainsi que les associations pourront y déposer leurs demandes en renseignant un cahier des charges simplifié précisant leurs besoins.