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Social - Martin Hirsch : cinq ans après, il faut "corriger les malfaçons du RSA"

Le RSA a cinq ans. C'est en effet le 1er juin 2009 qu'entrait en vigueur la loi du 1er décembre 2008 généralisant le revenu de solidarité active. Interrogé par l'AFP à l'occasion de cet anniversaire, son initiateur, Martin Hirsch, aujourd'hui directeur de l'AP-HP, estime qu'il faut corriger les "malfaçons" de cette prestation.
"Quand on l'a créé, la hantise de mes interlocuteurs - gouvernement et parlementaires - était : 'Nous allons être débordés par la demande. Voilà pourquoi il faut mettre des verrous, voilà pourquoi il faut le rendre compliqué'", raconte aujourd'hui celui qui fut nommé haut commissaire aux solidarités actives par Nicolas Sarkozy après avoir été en 2005, en tant que président d'Emmaüs-France, le chef d'orchestre du fameux rapport "Au possible nous sommes tenus" – ce rapport qui avait le premier formulé l'idée d'un revenu de solidarité active bénéficiant non seulement aux allocataires du RMI d'alors (ce qui deviendra le RSA socle) mais aussi aux travailleurs pauvres (ce sera le RSA activité).
Martin Hirsch rappelle d'ailleurs aujourd'hui que dans ce rapport, "une seule prestation englobait le RSA, la prime pour l'emploi et éventuellement les aides au logement, avec un grand souci de simplification". Mais cela avait été écarté. "Depuis lors, jamais personne n'a voulu en tirer les leçons ni le simplifier", malgré tous les rapports en ce sens (nos articles ci-contre n'évoquent que les derniers en date...), regrette-t-il.
Selon lui, "les solutions sont assez simples à mettre en oeuvre si on en a la volonté". Ainsi, "au lieu de faire une demande trimestrielle, les bénéficiaires du RSA activité pour lesquels les montants sont assez faibles - de l'ordre de quelques dizaines d'euros par mois - pourraient par exemple être autorisés à faire une seule demande annuelle". On pourrait aussi simplifier les formulaires de demande et le mode de calcul, afin de rendre le montant de la prestation plus prévisible pour les bénéficiaires, ajoute-t-il, déplorant également qu'il y ait eu "une campagne d'information il y a cinq ans, et pas une seule depuis".
"On a basculé assez vite dans un système dans lequel on s'est dit que si le RSA était plus connu et plus simple, il coûterait un peu plus d'argent" aux finances publiques. Pourtant, "la ressource créée pour financer le RSA - un prélèvement de 1,1% sur les revenus du capital - n'a jamais été dépensée jusqu'au bout", rappelle-t-il, en défendant la philosophie de sa réforme : "Je ne renierai jamais le principe de soutenir les salariés les plus modestes avec la solidarité." Et Martin Hirsch d'ajouter : "Je ne perds pas l'espoir qu'un jour on en corrige les malfaçons, plutôt que de les entretenir."