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Cosne-Cours-sur-Loire - Michel Veneau : "Il va falloir beaucoup investir dans la santé dans les prochaines années"

La Banque des Territoires invite, le 11 décembre à Poitiers, les 222 maires signataires d'une convention Action cœur de ville, le programme national de revitalisation des centres de villes moyennes. L'occasion pour les maires de venir partager leurs expériences. En amont de ces premières Rencontres Cœur de ville, Localtis interroge des élus afin qu’ils livrent leur vision du centre-ville. 

Plutôt que de se focaliser sur le nombre d’habitants, le plan a privilégié le rôle de "centralité" des communes retenues. C‘est le cas de Cosne-Cours-sur-Loire, une ville de 10.553 habitants, au coeur d’une communauté de communes de 26.550 habitants, dans la Nièvre, mais qui rayonne sur 50 km. Pour le maire Michel Veneau "les villes centres petites et moyennes ont un rôle essentiel vis-à-vis de nos territoires ruraux".

Localtis - L’un des bâtiments qui frappe quand on visite Cosne-Cours-sur-Loire est l’ancien palais de Justice fermé en 2009 lors de la réforme de la carte judiciaire, qui va être transformé en maison du tourisme. Avez-vous le sentiment que votre territoire a été abandonné au cours des dernières années ?

Michel Veneau - Pas seulement Cosne. Au niveau de l’État, il y a en effet eu un désengagement dans beaucoup de services, la Justice, les trésoreries qui ferment les unes après les autres, mais aussi les bureaux de poste. Il faut s’organiser pour faire face à ces fermetures. L’actuel plan Action cœur de ville marque un changement et nous conforte dans notre position : les villes centres petites et moyennes ont un rôle essentiel vis-à-vis de nos territoires ruraux, elles apportent des services à tous nos bassins de vie. Cosne-Cours-sur-Loire draine un bassin d’environ 60.000 personnes au niveau du commerce, de la santé, des services ou de la culture. Le retour de l’État est une demande des élus depuis bien des années : en 2014, on s’est adressé au préfet pour dire que nos villes avaient besoin de son soutien.

Justement, la ministre de la Cohésion des territoires, Jacqueline Gourault, s’est rendue chez vous, le 19 novembre, pour signer la convention. Que vous a-t-elle répondu ?

Elle s’est engagée à ce que les ministères et surtout le sien, qui s’occupe d’aménagement du territoire, soient plus proches des élus locaux. Je lui ai dit qu’il fallait se rapprocher réellement des élus locaux pour comprendre leurs besoins. Le constat est qu’on a concentré les moyens sur les grandes métropoles au lieu de les décentraliser dans nos territoires.

Quelles leçons tirez-vous du diagnostic élaboré dans le cadre de votre convention Action cœur de ville ?

Le diagnostic confirme la centralité forte de Cosne. La ville centre est un peu seule dans son environnement. Les autres villes importantes - que ce soit Gien, Bourges, Nevers ou Auxerre, - sont toutes au moins à 50 km. Ce qui nous donne un important potentiel attractif et commercial. La zone de chalandise est très large. La situation du commerce est plutôt favorable à Cosne et, pourtant, on a une augmentation de la carence depuis plusieurs années. Le problème du centre est qu’on manque de certains produits, avec des difficultés à trouver des repreneurs. Redémarrer un commerce n’est pas facile. On suit tout cela de très près. On a par ailleurs deux zones commerciales au nord et au sud. Mais dans la CDAC (commission départementale d’aménagement commercial, ndlr), on ne donne aucune autorisation pour l’installation de magasins dans ces zones. Cela permet de retenir les commerces qui seraient tentés de partir en périphérie. Le chiffre d’affaires tous commerces augmente, mais le chiffre d’affaires des grandes surfaces alimentaires est en chute : - 59% en cinq ans.

Depuis 1982, la ville a perdu 15% de sa population, dans un département lui-même en déclin démographique (moins 7.800 habitants en cinq ans). Que comptez-vous faire en matière de logement pour attirer des familles dans le centre ?

La situation du logement n’est pas meilleure que dans les autres villes, c’est-à-dire pas très bonne. Cela va être une de nos priorités. Mais c’est très long à traiter. On a du patrimoine intéressant mais qui est plutôt en mauvais état. Il faut inciter les propriétaires à le remettre en état, ce qui nécessite une aide conséquente. On travaille aussi avec les bailleurs sur la rénovation et la réhabilitation. Nièvre Habitat va créer 8 logements sociaux. Il faudra bien travailler sur tous les éléments à la fois : l’habitat, la santé et le commerce… Tout le reste - que ce soit les voies douces, les établissements culturels, la gastronomie - va en découler. On a d’ailleurs deux restaurants gastronomiques qui vont s’installer sur les bords de Loire. Sur ces aspects, nous les élus, on est en capacité d’agir. En revanche pour tout ce qui est plus lourd - l’habitat, la santé, je le redis -, on a besoin du soutien du plan Action cœur de ville.  Nous avons par exemple un projet de résidence pour seniors non médicalisée : je suis certain que cela va intéresser beaucoup de personnes du bassin parisien qui rencontrent des difficultés pour trouver des places. Cosne bénéficie d’une bonne desserte depuis Paris, avec l’autoroute et la gare.

Lors du dernier Congrès des maires, la question des déserts médicaux est une nouvelle fois apparue comme un sujet de préoccupation majeur de bien des élus. Quelle est la situation chez vous ?

Après avoir été élu, je me suis attelé à favoriser l’installation de jeunes médecins. Car on a, comme beaucoup de villes, un problème de démographie médicale : nombreux sont les médecins qui vont partir à la retraite d’ici un, deux ou trois ans. Il faut penser à les remplacer et il va falloir investir fortement dans les prochaines années. Nous avons mis en place tout ce qui fonctionne ailleurs pour faciliter l’installation, notamment des baisses de charges. Et on a un projet de maison médicale. On va continuer à tout mettre en œuvre au niveau de la santé, on a une adhésion au niveau du département et de l’ARS.

Quel a été l’impact de la désindustrialisation et que prévoyez-vous en matière de développement économique ?

On a perdu 3.500 emplois industriels en trente-cinq ans. Mais nous avons une position géographique positive, avec deux gros vignobles autour, Sancerre et Pouilly, qui emploient 2.000 personnes, et la centrale de Belleville qui emploie 800 agents. On est aujourd'hui plutôt dans une situation favorable.

 

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