Transports - Mobilités durables : des parlementaires relancent le dialogue avec les industriels

Elus, constructeurs et experts se comprennent-ils vraiment lorsqu'on parle de mobilité durable ? Le 14 février, une audition organisée par la sénatrice Fabienne Keller et le député Denis Baupin, dans le cadre d'un rapport à paraître en fin d'année, a démontré l'intérêt de jeter un pont entre des acteurs qui habituellement dialoguent peu.

Première pierre d'un rapport en cours commandé par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST), l'audition sur le thème des mobilités durables organisée le 14 février par la sénatrice Fabienne Keller (UMP-Bas-Rhin) et le député Denis Baupin (EELV-Paris) a réuni une quarantaine de participants. "Les industriels ne peuvent plus attendre des collectivités des réponses toutes faites et les élus en retour se doivent de mieux entendre leurs ambitions et leurs préoccupations", a introduit Denis Baupin.

Mobilité électrique : le terrain n'est pas prêt

Exemple de dossier où il faut être mieux raccord : les véhicules électriques. "Leur développement ne décolle pas. Les technologies existent mais ne sont pas encore dans un cadre d'acceptabilité. Conviennent-elles bien à l'usage ? Quel soutien des pouvoirs publics nécessitent-elles ? Il y a matière à s'interroger", questionne Danielle Attias, professeur à l'Ecole centrale de Paris. "Leurs ventes augmentent alors que le reste des immatriculations s'effondre", tempère Joseph Beretta, président de l'Association pour la mobilité électrique Avere-France. Toutefois ces ventes sont tellement minimes qu'aux yeux de certains experts le marché n'existerait tout bonnement pas. Ce n'est pourtant pas faute de l'avoir stimulé, par exemple à travers des partenariats d'un nouveau genre entre collectivités, constructeurs et entreprises. Un ménage à trois dont l'agglomération de Rouen (la Crea) fut précurseur. Avec Renault, son entente remonte à deux ans et s'est élargie à d'autres partenaires pour la conception et l'accueil des bornes en parking. Les résultats sont modestes : huit points de recharge déployés.
Se pose ainsi la question des infrastructures (bornes de charge) et de leur corrélation avec l'offre en véhicules. "Est-on dans le bon calendrier ? Nous allons lancer la Zoé, voiture phare de notre nouvelle gamme électrique. Nous ne l'avons pas vue comme une niche : Renault s'engage à y investir 4 milliards d'euros !", souligne Louise d'Harcourt, directeur des affaires politiques et parlementaires chez Renault. L'hameçon va-t-il prendre ? L'arrivée de nouveaux modèles sur le marché va-t-elle susciter la demande ? Si le véhicule électrique de grande série n'est pas pour tout de suite, un autre constructeur, BMW, qui sort un modèle électrique en fin d'année, estime qu'il y a par ailleurs un autre enjeu à investir, celui de la fluidité de circulation en centre urbain. "Nous aidons les start-up actives dans ce domaine", précise Jean-Michel Juchet, directeur de la communication de l'entreprise. "La maîtrise, l'optimisation de l'offre est une piste d'avenir. Londres l'a fait durant les Jeux Olympiques et a prouvé que cela marche", confirme Bruno Marzloff. Pour ce sociologue spécialisé sur les questions de mobilité, la voiture est inévitable mais le coût des externalités négatives (infrastructures) pour les collectivités est à mesurer : "L'une d'elles l'évalue à 1.600 euros par an par automobiliste. Les autres pistes consistent à développer les alternatives à l'autosolisme - covoiturage, autopartage, taxi collectif - et à muscler les multimodalités pour renforcer le système. Mais au fond, ce mouvement inflationniste des mobilités a aussi ses limites. Il est temps d'envisager une réduction de la demande de mobilité. Cette régulation pourrait venir des usagers eux-mêmes."

Nouveaux usages à la loupe

Au Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques (Certu), Patricia Varnaison, chef du département Déplacements durables, estime que c'est déjà le cas : "Les jeunes générations se déplacent moins qu'avant. Les raisons sont peut-être à chercher du côté de l'essor d'Internet ou de la réduction du pouvoir d'achat. Les seniors, à l'opposé, utilisent plus leur voiture mais marchent moins, ce qui ne serait pas sans impact sur leur santé". Au Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc), le son de cloche est légèrement différent. "Nous étudions les mobilités liées à l'approvisionnement alimentaire. Les tramways reliant les grands magasins, la multiplication des supérettes de proximité et le boom de la livraison à domicile ont réduit la dépendance automobile du consommateur. C'est le cas en centre urbain mais en périurbain, c'est tout à fait différent", observe Isabelle Van de Walle du Credoc. A l'Observatoire Cetelem de l'automobile, Flavien Neuvy anticipe : "Les automobilistes roulent de moins en moins, ils vont donc conserver leur véhicule plus longtemps. Or pour améliorer la qualité de l'air en ville, il faut tout faire pour les inciter à  remplacer leurs véhicules achetés il y a plus dix ans." Enfin, l'enjeu posé par le stationnement n'a pas échappé aux participants. Peut-on imaginer un dispositif favorisant les véhicules compacts au détriment des plus gros ? "C'est un sujet dont il faut débattre", a insisté Marc Teyssier d'Orfeuil, délégué général du Club des voitures écologiques.

 

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