Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Bretagne lancent un fonds interrégional consacré à la défense
A l'occasion du salon Eurosatory, les régions Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Bretagne ont présenté, mercredi 17 juin, leur fonds interrégional dédié aux PME et ETI du secteur de la défense. L'objectif : les aider à répondre aux cadences imposées par les grands groupes.
© @b_etche/ Carole Delage, Alain Rousset et Loïg Chesnais-Girard sur le salon Eurosatory le 17 juin
"Les PME et ETI françaises du secteur défense ont des gros problèmes de fonds propres et les grands groupes, les ensembliers comme Thales ou Dassault, leur demandent de produire plus vite et d'investir." C’est pour répondre à cette "contradiction", qu’Alain Rousset, le président de la région Nouvelle-Aquitaine a porté, auprès de ses homologues de l’Occitanie et de la Bretagne Carole Delga et Loïg Chesnais-Girard, l’idée d’un fonds interrégional dédié aux PME et ETI stratégiques de l'industrie duale (civile et militaire) et de la défense. En effet, depuis le changement de paradigme intervenu avec la guerre en Ukraine, les carnets de commande de leurs commanditaires sont bien remplis, la loi de programmation militaire de 2023 ayant porté à plus de 400 milliards d’euros les dépenses militaires d’ici à 2030 (enveloppe qui devrait encore augmenter à la faveur de l’actualisation en cours). Mais les PME et ETI n'ont pas de quoi investir pour produire au bon rythme. Ce fonds interrégional, présenté par les trois élus le 17 juin à l’occasion du salon Eurosatory, cherche à renforcer durablement leur capacité financière et accompagner la montée en cadence industrielle.
Plus de 1.300 entreprises du secteur pour les trois régions
Chacune de ces trois régions a un poids important dans le secteur. La Nouvelle-Aquitaine, considérée comme la première région aéronautique de défense, compte 550 entreprises pour 40.000 emplois (aviation de combat, missiles et armement, matériaux et systèmes embarqués), avec des donneurs d'ordre comme Dassault Aviation, Safran et Thales. Pour l’Occitanie, première région aéronautique d'Europe, c'est 430 entreprises et 25.000 emplois dans le spatial et les satellites, l'avionique et l'électronique embarquée, et les drones et systèmes autonomes (Airbus Defense and Space, Thales Alenia Space, Safran comme donneurs d'ordre). Enfin, la Bretagne dispose de 388 entreprises pour 64.000 emplois dans les domaines de la construction navale militaire, de la cyberdéfense et de l'optronique et guerre électronique (donneurs d'ordre : Naval Group, Thales, ministère des Armées). Au total, ce sont donc plus de 1.300 entreprises dans la défense pour ces trois régions, sur les 4.500 que compte la Base industrielle et technologique de défense (BITD).
Un fonds public-privé
Le fonds prendra le relais de l'Etat et du secteur privé car "le problème des fonds strictement privés c'est qu'ils portent moins de risque d'une part, et d'autre part, ils sont à court terme, explique Alain Rousset, or l'industrie est à long terme, il faut de l'argent 'patient' et accompagner les entreprises sans être intrusif, sans intervenir dans leur gestion".
Le nouveau dispositif interrégional est un fonds public-privé. Les régions amorcent la pompe autour de 25 à 30 millions d'euros. Le fonds sera ensuite complété par des levées de fonds auprès de grands industriels de la défense, d'investisseurs institutionnels et de banques. Objectif : atteindre une taille évaluée à 150 millions d'euros. Il permettra donc le financement des PME et ETI de secteurs critiques et assurera aussi leur accompagnement : transmissions, sécurisation capitalistique face aux rachats étrangers, ancrage territorial des savoir-faire critiques. Parmi les secteurs prioritairement ciblés : l'aérien (drones et systèmes autonomes), le digital (cyberdéfense, IA et électronique stratégique), le spatial (new space et solutions de surveillance), l'optique (photonique, lasers et optronique), et les matériaux (matériaux critiques et procédés avancés).
L'initiative intervient alors que de nombreuses régions, dont l'Occitanie, ont lancé leur propre fonds (voir notre article du 28 mai 2026). Mais le tir groupé à trois devrait favoriser les synergies. "Cela permet aussi de mobiliser les grands groupes implantés dans chacune de ces régions", assure le président de la région Nouvelle-Aquitaine. Prochaine étape : l'analyse financière des dossiers, pour pouvoir lancer les premiers financements.
Le fonds de défense de Bpifrance franchit la barre de 100 millions d'euros collectés
Au-delà des régions, d'autres initiatives de ce type sont en cours, comme le fonds dédié au secteur de la défense ouvert par Bpifrance en octobre 2025. Permettant au grand public d'investir à partir de 500 euros dans des entreprises du secteur, il a franchi le cap des 100 millions d'euros collectés. Près de 10.000 particuliers ont ainsi investi leur argent. Le fonds vise à terme une taille cible de 450 millions d'euros et l'accompagnement de plus de 500 sociétés non cotées en Bourse. Il a déjà investi environ 34 millions d'euros dans 19 entreprises de la défense, du spatial et dans le domaine du développement d'ordinateurs quantiques, indique la Banque publique d’investissement.
A noter aussi l’initiative des Forces françaises de l'industrie (FFI), un club fondé par des entrepreneurs pour réindustrialiser la France, et SouvTEch Invest, une plateforme d'investissement pour particuliers, qui ont lancé le 11 juin la plateforme nationale "L'investissement français" pour orienter l'épargne privée vers les PME et ETI de la souveraineté industrielle, en commençant par la défense. Les investisseurs particuliers, professionnels ou leurs conseillers en gestion de patrimoine peuvent ainsi financer directement ces entreprises, à partir de 100 euros. Les complémentarités entre les deux structures permettent un bon fonctionnement : les 25 clubs régionaux de FFI détectent les entreprises et SouvTech Invest apporte son expertise en matière de financement et de souveraineté. "Il ne s'agit pas de financer des entreprises en faillite, mais des entreprises en croissance, qui ont des carnets de commande bien remplis", souligne Pierre-Elie Frossard, co-fondateur de SouvTech Invest.