Numérique : les territoires contraints d’embrayer à la vitesse supérieure

Force est de constater que le grand gagnant de 2020 aura été le numérique. Un numérique dont on aura pu mesurer les potentiels autant que les insuffisances, qui a exacerbé les fractures territoriales et sociales. Sur le front des réseaux comme des usages, le numérique partout et pour tous sera plus que jamais à l’ordre du jour de l’année 2021.

Qu’aurait été 2020 sans internet et les réseaux télécoms ? Nul ne le sait. Toujours est-il que le numérique s’est affirmé comme le maillon essentiel de la résilience des territoires pour faire face à la pandémie du Covid-19, aider les Français à travailler, à s’éduquer, se divertir, se nourrir…  Pour les collectivités, comme pour l’ensemble des organisations, le coronavirus s’est aussi transformé en puissant levier de leur transformation numérique.

Le distanciel à marche forcé

Il a obligé les administrations à faire du télétravail et des outils collaboratifs la règle quand "le distanciel" était auparavant l’exception ; à remettre à plat la vision des espaces numériques de travail dans l'éducation ; à placer en tête des priorités des services économiques la transformation digitale des commerces (voir notre article du 10 novembre) ; à concevoir des formalités dématérialisées de bout en bout pour éviter tout déplacement. Quant aux directions informatiques, elles ont dû ajuster leurs objectifs avec un peu moins de grands projets "smart" et un peu plus d’expérience utilisateur, d’exigence de disponibilité et de cybersécurité. L’épisode a enfin prouvé que "l’agilité" n’était pas qu’une méthode de développement informatique mais aussi une nécessité pour s’adapter rapidement à une crise changeante.

Cyberattaques et décrochages

Le Covid aura également servi de révélateur aux limites d’un monde hyperconnecté et dématérialisé. Les collectivités locales n’ont pas échappé à une vague de cyberattaques sans précédent, paralysant littéralement certaines d’entre elles pendant plusieurs semaines (voir notre article du 10 novembre). La crise a aussi donné corps à la notion de souveraineté numérique en montrant cruellement la dépendance française aux "Big tech" américaines et les limites de la "French Tech". Le revers de la numérisation accélérée s’est enfin traduit par une explosion des décrochages voire des révoltes des laissés pour compte du numérique, contribuant à mettre des visages et des chiffres précis sur le phénomène de l’illectronisme, touchant au moins 13 millions de personnes (voir notre article du 10 septembre) .

Outillage des agents

En 2021, tout porte à croire que la vague numérique va s’amplifier, ne serait-ce que parce que le confinement se conjugue désormais au pluriel et probablement au futur. La téléactivité des administrations n’est plus une option : elle doit être possible à tout moment, gagner en fluidité, en sécurité et en efficience. Le volet numérique du plan de relance gouvernemental (voir notre article du 23 octobre) a fait de l’espace de télétravail de l’agent une de ses priorités, avec notamment la constitution d’un catalogue d’applications collaboratives adaptées au secteur public respectueuses de la protection des données. La transformation numérique des territoires fait par ailleurs l’objet d’un plan spécifique doté de 88 millions d’euros. Quatre priorités ont été affichées par la direction interministérielle du numérique (Dinum) qui pilote ce projet (voir ci-dessous) : la diversification des téléservices, la data, les écosystèmes et les API.  Petit bémol : cet argent est pour l’essentiel réservé aux collectivités ou groupements d’entités publiques pesant plus de 500.000 habitants.

Priorité à l’accompagnement humain

La lutte contre l’illectronisme a également bénéficié d’un financement de 250 millions d’euros pour financer des animateurs et les lieux de formation (notre article du 10 septembre). Des crédits jugés insuffisants par le Sénat avant même d’être dépensés (notre article du 23 septembre) dont le principal défi sera de réussir à aller là où les besoins sont les plus importants, et notamment dans les zones les plus rurales et les quartiers politique de la ville aujourd’hui peu maillés en Espaces publics numériques (EPN) et autres tiers lieux. Ce sera aussi l’heure de vérité pour les pass numériques (notre article du 17 novembre), critiqués pour leur montant unitaire insuffisant et un système complexe de diffusion, reposant largement sur les mairies pour le repérage des laissés pour compte du numérique.

Le bout de la fibre

Les réseaux seront enfin toujours un sujet pour les élus. A la problématique des 100% FTTH dans les 21 départements où l’objectif  n’est pas programmé, aux modalités de financement des "raccordements longs" sur lesquels l’Arcep vient de lancer une consultation s’ajoute désormais les moyens de limiter les impacts environnementaux du numérique (notre article du 4 décembre). Le chantier de l’arrêt du cuivre, que les communes "zones fibrées" sont les premières à vouloir tester, devra également passer aux travaux pratiques. L’autorité vient du reste de poser les bases d’un nouveau cadre de régulation pour encourager cette bascule. En matière mobile, les élus devront faire leurs propositions pour les quelques 400 sites prioritaires à trouver en 2021 dans le cadre du New deal mobile en devant désormais tenir compte de l’arrivée de la 5G dont l’autorité a publié les premières cartes. Une 5G dont le défi sera de montrer son utilité autant que son innocuité avec le rapport de l’Anses, attendu pour le printemps 2021.

Data et qualité des téléservices priorisés par la Dinum

Dans un premier webinaire consacré au plan de relance, la Dinum a détaillé le 17 décembre 2020 les modalités d’accès au 88 millions d'euros fléchés vers la transformation numérique des territoires. Quatre priorités ont été définies par la Dinum : la diversification et la montée en qualité des services dématérialisés, le renforcement des politiques de la donnée, le développement des plateformes collaboratives, et l’intégration de France connect et d’API aux services en ligne. Les trois premiers sont réservés aux collectivités, EPCI ou regroupements d’entités publiques de plus de 500 000 habitants. Ils fonctionneront sur la base d’appels à projets pour des financements possibles de 50%, avec un premier programmé pour le 1er trimestre 2021. Le second est ouvert sous forme de "guichet" à toutes les collectivités souhaitant intégrer France Connect ou des API (subvention plafonnée à 5000 euros). 

 

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