Piscines : quand les coûts de fonctionnement freinent l'investissement
Une étude de l'Observatoire du sport de BPCE met en exergue le coût de fonctionnement des piscines publiques, en hausse ces dernières années. Et établit un lien avec le ralentissement des investissements dans ce secteur.
© Nicolas DUPREY/ CD 78 CC BY-ND 2.0
Dans une France qui compte quelque 3.750 piscines et 6.400 bassins, propriétés des collectivités locales à 79%, l'analyse des comptes des collectivités territoriales pour l'année 2023 réalisée par une récente étude de l'Observatoire du sport de BPCE montre que les piscines constituent un "poste majeur de dépenses" et, dès lors, l'un des principaux défis que les collectivités territoriales auront à relever en matière d'investissement.
Sur les 15 milliards d'euros consacrés chaque année au sport par les collectivités, près de 3 milliards sont fléchés vers les piscines, soit 20% du total. Il s'agit du troisième poste budgétaire en matière de sport, derrière les subventions aux associations et manifestations sportives (24% du total) et les salles de sport et gymnases (23%).
Sur ces près de 3 milliards d'euros consacrés aux piscines, un peu plus de 2 milliards concernent le fonctionnement et près de 0,9 milliard les investissements. Par ailleurs, le coût unitaire des piscines est de très loin le plus élevé de tous les équipements sportifs, souligne l'étude. La dépense moyenne est d'environ 600.000 euros par an, contre 88.000 euros pour un gymnase ou une salle de sport et 46.000 euros pour un stade.
Des charges courantes supérieures à celles des autres équipements
La structure de la dépense pour les piscines est un autre élément atypique : les charges courantes (personnel, eau, chauffage, etc.) y représentent près des trois quarts du budget, contre 43% pour les autres équipements. Ce qui fait dire aux auteurs de l'étude que "les piscines constituent un engagement financier sur le long terme, dont la soutenabilité dépend fortement du coût de l'énergie et des contraintes de finances locales".
Sur la période allant de 2016 à 2024, les dépenses de fonctionnement dans les piscines ont ainsi progressé de 40% alors que, dans le même temps, l'ensemble des dépenses des collectivités (hors services généraux) affichaient une hausse de 32%. De plus, ces dépenses de fonctionnement dans les piscines sont restées "particulièrement dynamiques" en 2023.
Adaptation des élus du sport
Toutefois, pointe encore l'étude, "compte tenu du contexte inflationniste qui a particulièrement touché les piscines à travers la composante énergétique [en 2022-2023], la hausse des frais de fonctionnement des piscines semble limitée". L'explication de cette maîtrise relative est à rechercher du côté "d'une adaptation du comportement des élus du sport" qui ont réussi à rationaliser l'exploitation des piscines en réduisant les horaires d'ouverture ou en limitant la température des bassins. Une adaptation d'autant plus nécessaire que les piscines peuvent représenter environ 10% de la facture énergétique d'une collectivité et jusqu'à 30% à 40% de la consommation totale d'énergie du patrimoine public dans certains EPCI.
Malgré cette capacité à contenir une partie du choc énergétique durant la période 2022-2023, les collectivités y regardent désormais à deux fois avant de se lancer dans de nouvelles constructions. Alors que les dépenses d'investissement dans le sport ont presque doublé depuis 2016 (+95%) et que les investissements en faveur des piscines étaient très supérieurs à ceux visant les autres secteurs, "la tendance s'est brutalement inversée en 2023", met en garde l'étude. L'évolution cumulée des investissements dans les piscines dépasse à peine les +40% sur la période 2016-2024. "Les élus locaux ont donc largement plébiscité les infrastructures sportives dans leur stratégie locale d'investissement, mais privilégiant vraisemblablement des équipements moins onéreux à long terme et moins soumis aux aléas inflationnistes que les piscines", conclut l'étude. Et la chute des aides de l'Agence nationale du sport (ANS) fléchées vers les piscines, qui passent de 20 millions d'euros en 2025 à 10 millions dans le projet de loi de finances pour 2026, n'est pas de nature à enrayer cette stratégie.