Politique de la ville : des dynamiques locales à conforter par une réelle "mobilisation du droit commun", pour Ville & Banlieue

Douze ans après la loi Lamy qui en a fait une compétence intercommunale, la politique de la ville "entre dans une phase de maturité́" malgré un manque de moyens, selon Ville & Banlieue qui a interrogé une centaine de communes et EPCI sur leurs pratiques. L'association appelle l'État à consolider les avancées et à donner une impulsion forte à la prise en compte des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) dans l'ensemble des politiques publiques. 

À un mois des élections municipales et un an de l'élection présidentielle, "la politique de la ville entre dans une phase de maturité́" et son efficacité "dépend désormais d'un changement d'échelle dans la mobilisation du droit commun", selon l'association des maires Ville & Banlieue de France. Cette dernière a présenté à la presse, ce 18 février 2026, les résultats d'une enquête menée entre novembre 2025 et janvier 2026 auprès des communes et intercommunalités ayant au moins un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) sur leur territoire. 

Actuellement, dans le débat public et les programmes tant locaux que nationaux, "on ne peut pas dire que la question des six millions d'habitants des quartiers prioritaires soit en haut de la pile", déplore Gilles Leproust, président de Ville & Banlieue. Or, "il faut que la politique de la ville soit reconnue dans son ambition de mettre de l'équité sur les territoires", poursuit Catherine Arenou, maire de Chanteloup-les-Vignes et première vice-présidente de l'association. En éclairant les "pratiques et perspectives" de la politique de la ville, l'enquête est donc l'occasion d'appeler à conforter certaines avancées et à envisager la suite – en attendant l'évaluation à mi-parcours des contrats de ville 2024-2030, qui sera conduite en 2027.

Avec de petites équipes, les communes restent mobilisées 

Douze ans après l'adoption de la loi Lamy ayant fait de la politique de la ville une compétence intercommunale, la majorité des EPCI (9 sur 10) disposent bien d'un service dédié à la politique de la ville, composé de 1 à 5 agents pour 70% d'entre elles, selon cette enquête à laquelle 108 collectivités ont répondu (88% de communes, 12% d'intercommunalités). Les trois quarts des communes interrogées ont aussi conservé un petit service dédié (0,15 à 2 ETP pour plus de la moitié d'entre elles). Le modèle organisationnel de la politique de la ville est donc "stabilisé mais sous tension de capacité", selon Ville & Banlieue. 

Pour la moitié des répondants, la répartition des compétences est "équilibrée" entre commune et intercommunalités ; d'autres estiment que cette répartition est "trop centrée sur l'intercommunalité" (22%) ou à l'inverse "trop centrée sur la commune" (15%) ou "complexe" (7%). S'il "bureaucratise un peu les affaires", le portage intercommunal permet d'avoir une "vision globale" utile sur certains sujets tels que la santé ou "la problématique de rixes entre quartiers", souligne Damien Allouch, maire d'Épinay-sous-Sénart et secrétaire général de Ville & Banlieue. 

Si les EPCI peuvent mettre de "vrais moyens", avec la possibilité d'être "plus efficaces quand il y a plusieurs territoires en politique de la ville", Catherine Arenou estime que la "transversalité" à l'échelle intercommunale reste encore à construire – c'est-à-dire "comment les autres politiques portées par les EPCI peuvent se déployer différemment dans les quartiers politique de la ville". 

Un contrat de ville 2024-2030 qui répond globalement aux attentes des élus 

C'est toute la question des politiques de "droit commun", dont la pleine mobilisation au profit des QPV est demandée par 75% des répondants à l'enquête. Qu'il s'agisse de l'État, du bloc communal, des régions et des départements ou d'opérateurs tels que les caisses d'allocations familiales (CAF) et France Travail, le "chemin à parcourir est encore assez important", selon Gilles Leproust. 

Si le contrat de ville actuel est "mieux ajusté", cet outil "reste souvent périphérique des politiques publiques ordinaires", indique l'association. Des répondants évoquent même la "persistance d’un cloisonnement" entre ce qui relève de la politique de la ville et les politiques de droit commun. 

Le contrat de ville répond toutefois aux attentes de 92% répondants, dont 51% partiellement. Les priorités des actions mises en œuvre dans ce cadre sont l'éducation et la jeunesse (pour 79% des répondants), la cohésion sociale (69%), l'emploi et l'insertion (57%), la santé et la prévention (51%) et la sécurité et la tranquillité publique (44%). Les dispositifs nationaux les plus utilisés sont les "Quartiers d'été" (cités par 69% des répondants), les contrats adultes-relais (50%), les cités éducatives (36%) et le programme de réussite éducative (29%). 

Manque de moyens et participation citoyenne encore insuffisante 

"Toutes les collectivités n'ont pas accès à tous les dispositifs", regrette Fannie Le Boulanger, adjointe au maire de Bordeaux et trésorière de Ville & Banlieue. Annoncée lors du comité interministériel des villes de juin 2025 (voir notre article), la généralisation des cités éducatives tarde en particulier à se concrétiser, ce qui révèle selon Fannie Le Boulanger un problème de "continuité de l'État". "La maladie des appels à projets continue", observe par ailleurs Gilles Leproust, ce qui est "chronophage pour les collectivités" – ces dernières ne disposant pas toutes des mêmes capacités d'ingénierie pour répondre à ces appels à candidatures. 

Le manque d'ingénierie et de moyens humains est d'ailleurs le troisième obstacle cité par les répondants (25%) "pour mener à bien des projets". Sans surprise, le premier obstacle est le manque de moyens financiers (52%), alors que le deuxième est la difficulté à mobiliser les habitants (38%). "Nous sommes face à une crise de la politique sans précédent et donc on ne peut pas attendre de miracle sur ces questions-là", relativise le président de Ville & Banlieue, qui estime que l'engagement des habitants sous toutes ses formes est "plus fort dans nos territoires". Damien Allouch approuve, évoquant la "brigade des solidarités" qui a été mise en place à Épinay-sous-Sénart pour rapprocher jeunes et personnes âgées et lutter contre l'isolement. 

À noter par ailleurs que les relations avec les représentants de l'État – préfets et délégués du préfet – sont "majoritairement qualifiées de bonnes" par les répondants, tout comme le partenariat avec les bailleurs sociaux. "L'obstacle n'est pas l'État local, c'est plutôt la chaîne descendante", relève Gilles Leproust, qui attend surtout une impulsion plus forte du gouvernement et des signes de réassurance notamment sur l'avenir de la rénovation urbaine. "La politique de la ville, ce n'est pas une question technique, c'est une question politique", conclut le président de Ville & Banlieue, appelant à ne "pas perdre le sens" et à remettre ce sujet "au-dessus de la pile". 

 

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