Localtis

Environnement - Pollution aux particules : les mesures de long terme se font attendre

Publié le
dans

Environnement

Energie

Santé, médico-social, vieillissement

En plein épisode de pollution aux particules sur une grande partie du pays, le ministre de l'Ecologie a annoncé le 13 mars les mesures qui s'appliquaient dans l'urgence, comme la gratuité des transports en commun ou la limitation de la vitesse sur les routes. Mais sur le long terme, les solutions réellement efficaces font toujours défaut.

La qualité de l'air est "une urgence et une priorité pour le gouvernement", a assuré le ministre de l'Ecologie Philippe Martin, le 13 mars, alors que plus de la moitié du pays était touchée par un épisode particulièrement aigu de pollution aux PM10 (particules inférieures à 10 micromètres), poussières émises par les véhicules (moteurs diesel, surtout en ville), le chauffage (fioul et bois) et l'industrie. Les conditions anticycloniques et la succession de nuits froides et de journées chaudes ont empêché la dispersion des polluants. A Paris, la tour Eiffel ou le Sacré-Coeur sont comme estompés par un voile jauni qui recouvre toute la capitale : ce 14 mars encore le seuil d'alerte maximal aux particules a été dépassé dans plus d'une trentaine de départements couvrant une large partie du Nord et la région Rhône-Alpes.
L'alerte aux PM10, qui s'applique à partir d'une concentration moyenne quotidienne de 80 microgrammes de particules par m3 d'air, a été déclenchée ce 14 mars en Bretagne, Calvados, Manche et Haute-Normandie, Nord/Pas-de-Calais, Picardie, Ile-de-France, Lorraine, Haut-Rhin, Marne, Haute-Marne, Aube et Ardennes, la moitié des départements de la région Centre (Eure-et-Loir, Indre-et-Loire et le Loiret), et Rhône-Alpes. Le reste de la France n'était pas pour autant épargné : des seuils moins importants, déclenchant le niveau d'information (50 microgrammes), étaient dépassés dans quasiment toutes les autres régions à l'exception du Sud-Ouest.

Gratuité des transports en commun

Cette situation a conduit les autorités à prendre des mesures d'urgence, comme la gratuité des transports en commun. En Ile-de-France, le président PS de la région, Jean-Paul Huchon, à la tête de l'autorité organisatrice des transports, le Stif, a précisé que cette gratuité, valable à partir de 5h30 ce 14 mars, serait assurée "pendant toute la durée du pic de pollution". Une première dans la région. Il n'y aura toutefois pas de réduction sur les cartes d'abonnement hebdomadaires ou mensuelles. La gratuité a également été instaurée par les autorités locales pendant trois jours dans l'agglomération de Caen et de Rouen, et ce 14 mars à Reims pour inciter les habitants à laisser leur voiture au garage. Le Sytral (Syndicat des transports de l'agglomération lyonnaise) a aussi décidé "la gratuité et le renforcement des lignes" sur l'ensemble de son réseau de transports en commun (métros, bus et tramways) pour les journées des 15 et 16 mars à la suite de l'épisode de pollution de l'air qui a franchi le niveau 2 de l'alerte. Pour sa part, Bluely, dispositif de véhicules en auto-partage alimentés en électricité 100% renouvelable, va mettre en place, pour la même période, une heure gratuite pour les abonnés du service et une offre d'abonnement "découverte" gratuit pour les personnes non abonnées. Quant à Vélo'V, les vélos en libre-service, leur utilisation a été rendue gratuite pendant une heure depuis le début de l'après-midi le 13 mars et le restera jusqu'à la levée de l'alerte préfectorale. Des mesures similaires ont été prises à Grenoble, Le Mans, Tours et Bordeaux.

Circulation alternée lors des pics de pollution

D'autres mesures - restriction de la vitesse sur certains axes, détournement de poids lourds, restriction d'activité industrielle, interdiction des feux de cheminée - ont également été prises, a annoncé le 13 mars le ministre de l'Ecologie. Mais les remèdes de long terme se font toujours attendre. Alors que la qualité de l'air s'est globalement améliorée en France depuis 30 ans, on observe une stagnation depuis une dizaine d'années pour certains polluants, dont les particules. Entre 5 et 15 millions de Français sont soumis chaque année à des niveaux excessifs, selon l'Agence de l'environnement (Ademe), au point que la France risque de fortes amendes en raison d'un contentieux européen pour dépassement des valeurs limites dans 15 agglomérations.
De plans particules en plans d'urgences, des mesures ont été régulièrement annoncées par les ministres successifs de l'Ecologie depuis quelques années, mais sans résultats probants. La droite avait défendu des projets de "zones à faibles émissions" dans les grandes villes, des périmètres interdits aux véhicules les plus polluants comme il en existe dans environ 200 villes en Europe. Socialement délicat, car excluant de fait les possesseurs des véhicules diesel les plus anciens des centres-ville, le projet a été enterré par la gauche, qui a relancé en revanche l'idée d'une circulation alternée lors des pics de pollution. La rédaction d'un décret est en cours, précisait-on le 14 mars au ministère de l'Ecologie. Un arrêté doit par ailleurs être prochainement publié pour harmoniser, à partir du 1er juillet, le panel des mesures à la disposition des préfectures lors des pics. Début mars, le gouvernement a par ailleurs dévoilé des mesures pour développer le vélo, comme l'expérimentation d'une "indemnité kilométrique" versée par les entreprises aux salariés venant travailler à bicyclette. Localement, la mise en œuvre des plans de protection de l'atmosphère (PPA) se poursuit. D'ici l'été, tous ceux concernés par le contentieux européen* seront approuvés, assure le ministère de l'Ecologie. Le projet de loi de programmation sur la transition énergétique en cours d'élaboration doit comporter "des actions fortes en faveur de la qualité de l'air" a affirmé Philippe Martin qui a également annoncé la tenue, "dans les prochaines semaines", d'une table ronde avec les collectivités locales et les autorités organisatrices de la mobilité, suite à celle du 18 décembre dernier. En attendant, les dossiers écotaxe et augmentation de la fiscalité du diesel, visant à "verdir" les transports, sont toujours au point mort.

Anne Lenormand avec AFP

*Marseille, Toulon, Paris, Douai-Béthune-Valenciennes, Lille, Grenoble, Lyon, zone urbaine régionale de Rhône-Alpes, Nice, zone urbaine régionale de Paca, Martinique

Une baisse de 30% du niveau de particules fines Sauverait 40 vies dans une ville comme Caen

A Caen, touchée comme de nombreuses autres agglomérations par un pic de pollution record qui a commencé le 11 mars, une baisse de 30% du niveau de particules fines permettrait de sauver 40 vies par an, avec une économie de 75 millions d'euros, selon une étude parue en février. Une diminution de 5 microgrammes par mètre cube des niveaux chroniques de particules fines PM2,5 et PM10 sur cette zone d'étude "permettrait d'éviter plus de 40 décès anticipés et plus de 30 hospitalisations chaque année, correspondant à un gain économique attendu d'environ 75 millions d'euros par an", conclut cette étude, selon le résumé publié dans le bulletin de veille sanitaire de la Cellule interrégionale d'épidémiologie (Cire) de Normandie.
"Attention, on parle d'une baisse de 30% de la pollution chronique qui est de 16 microgrammes par m3 sur un an pour l'agglomération. Les 5 microgrammes de baisse ne sont pas à comparer avec les pics (records) de plus de 110 microgrammes enregistrés en moyenne quotidienne ces derniers jours", avertit un des auteurs de l'étude, Christophe Legrand, directeur d'Air Com, chargée de surveiller la qualité de l'air en Basse-Normandie. Mais "les niveaux de pollution de fond sur la zone d'étude", 16 microgrammes sur l'année, sont eux mêmes "supérieurs aux valeurs guides de l'Organisation mondiale de la santé (OMS)", selon le bulletin.
L'étude menée sur 2009 et 2010 porte sur une vingtaine de communes de l'agglomération, soit 206.000 habitants. "Les résultats de cette étude sous-estiment ces bénéfices en ne prenant en compte ni les passages aux urgences ni les pathologies traitées en médecine ambulatoire (allergie, asthme, irritations oculaires...) qui peuvent être liés à la pollution atomosphérique et touchent une part plus importante de la population", poursuivent les auteurs. Ces derniers ajoutent que "cette étude montre que le gain sanitaire associé à une diminution de l'exposition chronique est plus important que le gain sanitaire associé à une diminution de l'exposition à court terme". Autrement dit, "ce ne sont pas quelques jours de transports gratuits" comme cela vient d'être décidé, "qui vont changer les choses", précise Christophe Legrand. "Une baisse de 30% c'est un effort considérable, ça veut dire repenser toute la politique" d'accès à la ville, de chauffage, ajoute-t-il.  Source AFP
 

Haut de page