Personnes âgées - Prévention du suicide : vers un plan national et une intégration à la loi Dépendance

Michèle Delaunay a reçu, le 8 octobre, les propositions du Comité national pour la bientraitance et les droits des personnes âgées et des personnes handicapées (CNDB) sur la prévention du suicide chez les personnes âgées. La ministre déléguée chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie lui avait confié cette mission dès l'installation de cette nouvelle instance (voir notre article ci-contre du 13 février 2013).
Largement ignoré, le phénomène est pourtant loin d'être négligeable puisque, selon les chiffres du CepiDc-Inserm (Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès), 28% des suicides survenus en France en 2010 concernaient des personnes âgées de 65 ans et plus. Un chiffre que le CepiDC estime lui-même sous-évalué d'environ 10%. Compte tenu de la fragilité des personnes âgées, le geste suicidaire entraîne le plus souvent la mort : un décès pour quatre tentatives chez les plus de 65 ans, contre un pour 200 chez les moins de 25 ans...

Des facteurs multiples, mais mal connus

Le rapport explique qu'"à cet âge, de multiples stresseurs psychosociaux (isolement, précarité, perte de l'autonomie...) ont été incriminés comme facilitateurs de l'éclosion des conduites suicidaires, mais les facteurs de vulnérabilité suicidaire spécifiques à cette population sont encore assez mal connus". Le CNDB prend également bien soin de différencier le cas du suicide - objet de son rapport - de celui de la demande d'aide active à mourir (ou "mort volontaire médicalement assistée").
Face à ces réalités, le CNDB constate que "dans différents territoires, de nombreux programmes (ou dispositifs) de prévention du suicide (ou de postvention) très prometteurs ont été mis en place, soit pour diminuer le risque de suicide, soit pour augmenter les facteurs de protection". Mais ces programmes sont "insuffisamment répertoriés et diffusés". Le rapport évoque aussi le déploiement de Monalisa (mobilisation nationale de lutte contre l'isolement des âgés), mais le dispositif - ambitieux - est beaucoup trop récent pour avoir déjà produit des effets (voir nos articles ci-contre du 19 avril et du 15 juillet 2013).
Le CNDB formule donc trois propositions "en vue de l'amélioration des actions et des pratiques professionnelles de prévention du suicide des personnes âgées". Trois propositions seulement, mais largement détaillées et qui se déclinent elles-mêmes en plusieurs mesures.
La première proposition consiste ainsi à développer l'information et la communication à destination du grand public. Ceci passe notamment par la diffusion de messages simples mais répétés et faciles à mettre en oeuvre (sur le modèle des "cinq fruits et légumes par jour"). Ces messages viseraient notamment à "favoriser les actions créatrices de liens intra-communautaires, lutter contre les stigmatisations liées à l'âge et pratiquer une activité physique adaptée ayant une action positive sur le bien-être". Le CNBB préconise également l'élaboration d'une "charte média" pour parler de la question, mais les orientations proposées semblent quelque peu contradictoires avec le respect de la liberté de la presse.

Renforcer la formation et valoriser les actions menées

La seconde proposition consiste à améliorer la formation initiale et continue pour tous les intervenants - professionnels et bénévoles - auprès des personnes âgées. En pratique, il s'agirait notamment de renforcer les actions de formation des "personnes sentinelles" et de former les intervenants à domicile et les personnels des établissements au repérage des troubles de l'humeur et des risques suicidaires.
Enfin, la troisième proposition consiste à valoriser les actions déjà menées, à structurer des dispositifs de prévention du suicide des personnes âgées et de postvention sur l'ensemble du territoire, ainsi qu'à diffuser des outils aux professionnels. Pour le CNDB, ceci passe par un état des lieux exhaustif et par le lancement d'un appel d'offres national sur les territoires les moins bien pourvus. Parmi les mesures envisagées à ce titre, le rapport suggère, entre autres, de lancer "une réflexion et un plan d'action [...] au niveau du territoire pour limiter l'accès aux moyens létaux : armes à feu, substances toxiques...", mais aussi de mettre sur pied un appel d'offres en recherche sur la prévention du suicide.
Michèle Delaunay a accueilli très favorablement ces propositions, en indiquant qu'elles "doivent constituer le socle à partir duquel sera proposé un plan gouvernemental à venir dans les prochains mois, intégré au volet prévention de la loi Autonomie" (bien qu'on voit mal ce qui relève de la loi dans ces propositions). Elle en a profité pour annoncer également le lancement officiel de Monalisa, le 17 octobre, grâce au déblocage d'une enveloppe de 784.000 euros par la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie (CNSA).  

 

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