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Filière numérique - "Quartiers numériques", un projet villes-Etat pour faire émerger des champions nationaux

Jean-Pierre Jouyet, directeur général de la Caisse des Dépôts, a remis fin juillet au Premier ministre le rapport de préfiguration des quartiers numériques qui marque la première étape d'un projet ambitieux destiné à faire émerger en France des zones d'excellence sur le numérique. Le projet concerne Paris qui pourrait en être la figure de proue, mais aussi d'autres grandes agglomérations prêtes à se porter candidates. L'ambition étant d'essaimer au-delà de la capitale pour engranger plus efficacement les avancées des entreprises les plus innovantes sur l'hexagone.
La mission confiée à la Caisse des Dépôts par Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'Economie numérique,  visait initialement à définir un cahier des charges afin de retenir une quinzaine de projets d'agglomération (voir ci-contre notre article du 5 juin). Aujourd'hui, aucune limite quant au nombre de projets n'est posée.  La sélection devrait s'opérer naturellement, à partir de huit critères dessinant le concept et la physionomie des futurs quartiers.

Un écosystème centré sur l'innovation

Sur le plan immobilier et infrastructurel, le quartier éligible se situe à moins d'une demi-heure du centre de l'agglomération ou d'un nœud de communication international (gare TGV, aéroport). Il compte un bâtiment étendard permettant aux acteurs de se réunir et est susceptible d'accueillir des start-up. Le quartier offre une surface d'espaces professionnels d'au moins 50.000 m2 voire de 100.000 m2 accessible (conventions d'hébergement souples) et attractive (baux locatifs raisonnables) et il dispose d'infrastructures en ultra haut débit fixe (1Gb/s) et mobile (150 Mbps).
Le contexte économique doit être favorable au numérique avec la présence sur le bassin d'activités d'au moins un "tech champion", c'est-à-dire d'une entreprise capable de jouer un rôle de mentor pour l'ensemble de l'écosystème (1), d'équipes d'investisseurs en capital-risque, en amorçage, et d'un groupement local de "business angels", sans oublier le volet "formation aux métiers du numérique".
Sur la dimension services et gouvernance, le rapport de la Caisse des Dépôts préconise la mise en place de structures d'appui à l'innovation ouverte, autour d'un fab lab (présent ou en projet) pour "favoriser la création collective, l'innovation produit et le prototypage" et de lieux de convivialité tels que les espaces de coworking. Il met de même l'accent sur la  mise en réseau des quartiers numériques, sur un environnement administratif simplifié et fiscalement attractif. Le tout devant être piloté par une instance locale portée par les collectivités en partenariat avec les acteurs-clés du quartier et incarnée par un "Chief digital officer" issu de l'écosystème numérique.

La délivrance du label posée comme outil de sélection

Le parcours des villes candidates se déroulera en trois étapes. D'abord, la signature de la charte nationale des quartiers numériques d'excellence engageant les collectivités candidates à mettre en œuvre les huit critères, selon un agenda précis. Ensuite, l'adhésion au réseau donnant accès à une structure d'appui pour planifier et développer son projet de quartier. Une fois les huit critères validés, la collectivité se voit attribuer le label. Elle bénéficie alors de financements éventuels (non précisés pour l'instant), de la visibilité et de l'identité unique "quartiers numériques" promue à l'international, de la puissance du réseau et des services d'accompagnement mutualisés.
La gouvernance territoriale de ces quartiers devrait être organisée sur la base d'une séparation entre, d'un côté, l'intervention des collectivités chargées notamment du financement de l'immobilier et de certaines missions d'intérêt général et, de l'autre, celle de l'Etat dont le soutien interviendrait sous la forme d'une prise de participation dans les sociétés d'exploitation locales créées à cette occasion par les villes (GIP, Sem). Le gouvernement a par ailleurs prévu une enveloppe de 200 millions sur les investissements d'avenir, mais dans le but de financer des projets privés.
La naissance des premiers quartiers pourrait intervenir dès la fin de l'année 2013. Quelques villes ou agglomérations se sont déjà portées candidates, à l'enseigne de la communauté urbaine de Bordeaux qui, avec sa Cité numérique, prévoit à terme la création de 650 emplois et la livraison de 27.000 m2 de locaux d'ici à 2015, pour un investissement de 35 millions d'euros.

(1) Une entreprise de plus de cinq millions d'euros de chiffre d'affaires, d'au moins vingt-cinq employés, réalisant une part significative de son chiffre d'affaires à l'international
 

Les collectivités invitées à donner leur avis
Suite à la publication de ce rapport de la mission de préfiguration sur les quartiers numériques, les personnes ou entités intéressées – dont, en première ligne, les villes susceptibles de se porter candidates – sont invitées à transmettre rapidement leurs réactions par courriel à la DGCIS. La phase de concertation est ouverte jusqu'au 17 septembre. "La concertation doit conduire, d'ici fin octobre 2013, à la publication des appels à projets ou à manifestation d'intérêt requis pour le lancement opérationnel du dispositif", précise le ministère.
Les contributions sont adressées à :quartiers-numeriques.dgcis@finances.gouv.fr
 

 

 

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