Tourisme - Rattachement du tourisme au Quai d'Orsay : espoirs et inquiétudes du secteur

L'annonce de la création d'un secrétariat d'Etat comprenant la promotion du tourisme et le commerce extérieur et rattaché au ministère des Affaires étrangères a suscité des réactions parmi les représentants du secteur du tourisme. Si plusieurs d'entre eux saluent ce choix de positionnement et la nomination de Fleur Pellerin, des voix s'élèvent pour alerter sur la nécessité de ne pas négliger d'autres formes de soutien au tourisme ayant un impact direct sur le développement des territoires.

"Ce rattachement s’opère au plus haut niveau de la hiérarchie gouvernementale, ce qui répond à une revendication constante des socioprofessionnels et des élus : l’industrie touristique demeure en effet un incontestable moteur de l’économie française." Par un communiqué, David Lisnard, président de la commission tourisme de l'Association des maires de grandes villes de France (AMGVF) a ainsi salué la création d'un secrétariat d'Etat au commerce extérieur, à la promotion du tourisme et des Français de l'étranger et la nomination de Fleur Pellerin à sa tête. Le maire de Cannes a rappelé que l'AMGVF avait préconisé dès 2012 le regroupement du tourisme et du commerce extérieur dans un même département ministériel.

Les territoires français, acteurs diplomatiques

Sur cette décision, plusieurs associations et syndicats professionnels ont exprimé la même satisfaction. La Fédération nationale des comités régionaux du tourisme (FNRCT), par la voix de son président André Chapaveire, a ainsi parlé de "choix audacieux". Pour lui, "ce rattachement au Quai d’Orsay montre combien les acteurs territoriaux et, en premier lieu, les régions participent à la diplomatie d’influence de notre pays hors de ses frontières et à la mise en valeur d’une destination 'France' riche, diverse et forte". Un optimisme partagé par René-Marc Chikli, président du Syndicat des entreprises du tour-operating (Seto), qui a approuvé la ligne générale imprimée par le ministre des Affaires étrangères : "Rattaché à son ministère qui fait du tourisme l'une de ses priorités face à l'emploi et au besoin de relever l'économie : c'est positif."
Quant à la secrétaire d'Etat, "sensible également aux nouvelles technologies, elle dispose de toutes les qualités pour pouvoir agir rapidement", ajoute le président du Seto. Ce dernier n'est pas le seul à se montrer enthousiaste à l'annonce de l'arrivée de Fleur Pellerin à la tête du tourisme. Certains font référence aux échos positifs liés à son passage au ministère du Redressement productif et, notamment, à son action en faveur de l'économie numérique. Les acteurs de l'e-tourisme se réjouissent ainsi de sa connaissance du domaine et, en particulier, des enjeux liés à la distribution en ligne. En outre, la notoriété de Fleur Pellerin à l'étranger est considérée comme un atout pour la promotion de la France comme destination touristique.

Au-delà de la promotion, le besoin d'un soutien de proximité

Mais la politique du gouvernement en matière de tourisme doit-elle être menée uniquement à travers le prisme des liens de la France avec le reste du monde ? Le nouveau positionnement et les orientations qu'on lui attribue suscitent à ce sujet des inquiétudes.
Certains s'interrogent ainsi sur la place d'enjeux plus "domestiques" et, en premier lieu, sur la prise en compte des acteurs de l'offre et de la demande en France : d'une part, les entreprises "cafetiers, hôteliers, restaurateurs et établissements de nuit" dont l'activité représenterait 60% de l'économie touristique et, d'autre part, les touristes français. Pour Roland Héguy, président confédéral de l'Union des métiers et des industries de l'hôtellerie, "l’économie liée au tourisme qui représente 135 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 7% du PIB, 2,2 millions d’emplois 'non délocalisables' ne peut se réduire uniquement à la promotion de la France à l’étranger". Il attire à ce titre l'attention sur les "centaines de milliers d’entreprises 'made in France' qui jouent un rôle déterminant pour l’aménagement du territoire et pour le maintien du lien social". Vincent Fonvieille, président de l'association Agir pour un tourisme responsable (ATR), fait quant à lui part de ses "interrogations" sur l'attention portée par la secrétaire d'Etat au développement durable.

Bien exploiter la "mine d'or"

Sur la dimension sociale du tourisme, c'est l'Union nationale des associations de tourisme (Unat) qui, par un communiqué, rappelle que "près de la moitié des Français (…) ne partent plus ou pas en vacances" et que le poids du "tourisme des Français" dans l'ensemble du secteur nécessite que le gouvernement en fasse "une priorité politique, économique et sociale". Pour l'Unat, cela passe par un rattachement du tourisme au ministère de l'Economie ou par la création d'une délégation interministérielle avec des moyens adéquats.
Cette question des ressources constitue au moins un dénominateur commun entre ces organisations et le ministre de tutelle de Fleur Pellerin, Laurent Fabius, qui, en conclusion des "Rencontres Quai d'Orsay – Entreprises" du 8 avril, a qualifié le tourisme de "mine d'or absolue" dont l'exploitation justifie des efforts d'organisation à tous les niveaux, de l'attribution accélérée de visas aux touristes étrangers à l'accueil qui leur est réservé dans les gares. Et la "mine d'or", pour le numéro deux du gouvernement, c'est bien la France dans son ensemble : "Il n'y a pas que Paris en France, il y a de nombreuses régions."

 

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