Réservée aux villes, la 5G ne fait pas encore la différence avec la 4G

Depuis son lancement fin 2020, la 5G équipe un peu plus de la moitié des sites mobiles. La 5G la plus performante n’est cependant présente que dans les villes. Avec un service qui ne fait pour le moment pas toujours la différence avec la 4G.

Selon les derniers chiffres de l’Agence nationale des fréquences (ANFR), la France comptait début janvier 31.650 sites 5G autorisés, dont 22.180 techniquement opérationnels, y compris en Outre-Mer, et notamment en Guyane. Ce total représente un peu plus de la moitié des 59.585 sites de radiotéléphonie que compte le pays mais est encore loin des 51.294 sites 4G actifs. À noter qu’en termes de respect des obligations de déploiement fixées par leurs licences, les quatre opérateurs ont dépassé le seuil de 3.000 sites par opérateur sur la bande des 3,5 Ghz à échéance de 2022 avec un total de 15.208 autorisés.

Plusieurs départements sans site 5G

Si l’on fait abstraction de Free qui a opté pour couvrir largement le territoire en utilisant la fréquence (moins performante) des 700 Mhz, la 5G est aujourd’hui essentiellement présente dans les grands centres urbains. Sur les cartes publiées par l’Arcep en novembre 2021, une dizaine de départements ruraux du Massif central et de l’Est apparaissent dépourvus de tout site 5G pour Orange, SFR et, dans une moindre mesure, Bouygues télécom. Une situation qui n’est cependant pas très étonnante : les obligations de déploiement en zone rurale (2.000 sites) ne s’appliquent qu’à partir de 2024 et la priorité des opérateurs était de "désengorger" les réseaux mobiles des villes. Autre élément marquant : le déploiement des antennes 5G ne fait plus vraiment débat au niveau des collectivités. Toutes les villes dont les élus avaient exprimé des réticences sur la technologie - Bordeaux, Grenoble, Lille, Nantes, Paris, Rouen, … - ont désormais des équipements 5G actifs. Il faut dire que les collectivités disposaient de peu de moyens pour s’y opposer et n’ont pu négocier avec les opérateurs que des mesures d’accompagnement : information, capteurs, observatoires.

Pas toujours plus performant que la 4G

À l’occasion de son dernier baromètre sur la qualité de service mobile, l’Arcep a publié les premières mesures de performance de la 5G. Conséquence des choix de déploiement, les débits sont nettement plus élevés en ville, où ils peuvent atteindre jusqu’à 227 Mbit/s chez Orange, que dans les zones rurales où ils ne dépassent pas 63 Mbit/s. Orange a les meilleures performances suivi de près par SFR, devant Bouygues Telecom. On notera que Free réussit à proposer une 5G, toutes zones confondues, moins performantes que sa 4G ce qui lui a valu les remontrances du régulateur. Du reste, à date, l’écart de performance dans les zones rurales entre la 4G et la 5G reste peu significatif quel que soit l’opérateur. Quant aux débits montants, ils sont rigoureusement équivalents à ceux de la 4G. Côté utilisateurs, on ne dispose pour le moment d’aucune statistique précise mais on sait que désormais plus d’un smartphone sur trois vendu dans le commerce est équipé de la 5G.

Une augmentation de l’exposition modérée

De toute évidence les usages restent faibles, ce qui conduit l’ANFR à être prudente sur l’analyse de l’exposition aux ondes que le gouvernement lui a confiée. Dans son dernier bilan, publié fin décembre 2021, l’ANFR estime "qu’en ce qui concerne la bande 3,5 GHz, les premiers résultats montrent que l’exposition augmente très légèrement, la contribution supplémentaire de cette nouvelle bande pouvant être évaluée à 0,11 V/m". Une exposition faible au regard des valeurs maximales autorisées (61 Volt/m) mais significative si on la rapporte à l’exposition médiane aux ondes des antennes de téléphonie mobile toutes technologies confondues qui est de l’ordre de 0,4 V/m. L’Agence a par ailleurs mené des simulations d’exposition sur 370 sites 5G, montrant que l’exposition aux ondes augmente en moyenne de 16%, chiffre qui pourrait atteindre 20% quand l’ensemble des antennes 5G de la bande des 3,5 Ghz seront déployées. Une augmentation qui pourrait cependant être atténuée si les bandes fréquences de la 2G et 3G sont abandonnées. Une solution qui commence à être évoquée, notamment par les sénateurs, même si elle soulève encore de nombreuses difficultés techniques.

La 5G industrielle à la peine

La 5G actuelle, déployée dans la bande de 3,5 Ghz, n’apporte donc que peu de différence par rapport à la 4G, même s’il est prévu que les débits augmentent progressivement. La rupture d’usage est attendue par la 5Ghz de la bande millimétrique (26 Ghz), dont les licences doivent être délivrées en 2023. Cette 5G "industrielle" est présentée par le gouvernement comme un "levier essentiel pour la compétitivité de l'économie" au service de l’industrie 4.0, de la maintenance prédictive ou encore de la smart city. Problème : cette 5G ne suscite pas l’enthousiaste des industriels malgré l’ouverture d’un guichet à l’Arcep et de plusieurs appels à projets. La France apparaît nettement à la traîne par rapport aux États-Unis, à la Chine mais aussi par rapport à l’Allemagne qui compte 140 projets contre moins d’une trentaine en France. Fin octobre 2021, le gouvernement a confié une mission à un ancien investisseur, Philippe Herbert, qui doit proposer dans les prochaines semaines des recommandations pour "identifier les freins à lever pour permettre aux industriels d’adopter cette technologie rapidement". Parmi les sujets sur lesquels sont attendues des préconisations : le mode d’allocation des fréquences. Pour le moment, le gouvernement a fait le choix de ne les allouer qu’aux seuls opérateurs mobiles. Or, dans les pays où les industriels ont pu bénéficier directement de fréquences (plus de 1.200 au Royaume Uni), les projets sont plus nombreux. Cela pourrait signifier que des ports, des hôpitaux voire des gestionnaires de territoires intelligents pourraient se voir attribuer des licences 5G.

 

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