Ressources humaines : les employeurs territoriaux dressent leur bilan
En matière de ressources humaines (RH), la satisfaction domine pour les collectivités en cette fin de mandat municipal. 83% de celles qui ont été interrogées dans le cadre du baromètre HoRHizons 2026 déclarent avoir réussi à mettre en œuvre leur stratégie. Le baromètre rendu public ce 4 février fait le point sur les politiques RH conduites par les employeurs territoriaux. En pointant aussi la stabilité des intentions de recrutement et l'existence dans les communes les moins peuplées d'un "risque croissant de décrochage en matière de capacité à recruter".
En matière de ressources humaines (RH), une large majorité des élus locaux achèvent sans doute leur mandat avec le sentiment du devoir accompli. Sur un millier de collectivités et intercommunalités, 83% affirment "avoir réussi à mettre en œuvre la stratégie RH définie en début de mandat". C'est ce qui ressort du baromètre HoRHizons 2026, qui a été publié ce 4 février à l'initiative de l'ensemble des associations nationales d'élus locaux et organismes de la fonction publique territoriale (CNFPT, CSFPT et FNCDG). Ses résultats sont fondés sur une enquête téléphonique qui a été menée entre octobre et décembre derniers, auprès de structures de toutes catégories et tailles, dont plus de 700 communes de moins de 3.500 habitants.
Ces collectivités avaient déterminé au début du mandat des lignes directrices de gestion en matière de RH - autrement dit des objectifs et une stratégie pluriannuels -, la loi du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique ayant rendu cet exercice obligatoire.
Même les communes de taille moins importante déclarent avoir mis en œuvre la stratégie fixée en début de mandat, souligne le baromètre. En effet, 81% des communes de moins de 3.500 habitants défendent ce point de vue.
Attractivité : les petites communes "risquent de décrocher"
L'action sociale et la protection sociale complémentaire des agents ont constitué la principale "orientation" de la stratégie RH des collectivités (91%). Juste devant la prévention et la qualité de vie et des conditions de travail (88%). Ces choix sont intervenus dans un "contexte d’usure professionnelle, d’allongement des carrières et de forte pénibilité", indique le baromètre. De tels objectifs ont sans doute aussi été poursuivis du fait des tensions de recrutement, qui sont importantes notamment pour les emplois des services techniques. La situation a justifié également, pour trois collectivités sur quatre, que "l'évolution des rémunérations" des agents soit un fil rouge de la politique RH. En outre, alors que la concurrence entre les employeurs territoriaux s'est exacerbée, la fidélisation des agents a été une priorité pour 83% des collectivités.
Quant à l'adaptation du temps de travail, elle a représenté un axe prioritaire pour 71% des employeurs territoriaux. Parmi ceux-ci, des collectivités (principalement de grande taille) entendaient répondre, "dans une logique d'attractivité", à une aspiration des agents à "une plus grande individualisation des rythmes et cycles de travail".
Si elles sont "généralisées" dans les grandes collectivités, "les politiques de recrutement, d’attractivité et d’accompagnement des différentes transitions" sont en revanche plus rarement déployées dans les communes de moins de 3.500 habitants. Disposant de moins d'"ingénierie", ces collectivités "semblent se concentrer majoritairement sur une gestion RH de court terme", constate le baromètre. Qui alerte sur l'existence, pour ces dernières, d'"un risque croissant de décrochage en matière d’attractivité et de capacité à recruter".
Normes : une véritable bête noire
Interrogées sur "les obstacles" qu'elles ont rencontrés dans le déploiement de leurs politiques RH, deux tiers des collectivités ont cité en premier lieu "la multiplicité et la complexité du calendrier des contraintes réglementaires" et "l'instabilité du cadre normatif". Ce qui confirme les résultats d'autres enquêtes portant plus globalement sur les difficultés de la gestion locale. Autre frein, "l'insuffisance des ressources financières" est citée par 64% des répondants. Les recrutements et la tension sur les métiers arrivent peu après (61%).
Face à une pression accrue sur leurs budgets, les collectivités tentent de maîtriser leur masse salariale, d'abord en redéfinissant les besoins et/ou en différant les recrutements. 57% de l'ensemble des collectivités sondées ont recours à ces moyens. Mais c'est moins le cas des communes de moins de 3.500 habitants, qui préfèrent revoir la tarification des services publics. De leur côté, les intercommunalités privilégient "une réflexion sur l'adoption de nouveaux modes de gestion" (81%), "notamment au travers de la mutualisation". "Réduire les effectifs" et "limiter le régime indemnitaire" sont des options prises par une minorité de collectivités (un peu plus de 30%).
En cette fin de mandat, plus d’un répondant sur deux (54%) n’envisage pas de recruter. Les intentions de recrutement n'affichent pas de rebond après le recul constaté dans l'édition 2025 du baromètre. Sur la base d'entretiens menés fin 2024, dans un contexte d'incertitude pour les finances publiques, ce dernier révélait que 43% des collectivités envisageaient de recruter prochainement. Inférieur de huit points à celui de 2023, ce résultat mettait fin à une progression, ininterrompue depuis 2018, des intentions de recrutement des collectivités.
Des agents davantage formés
"Les incertitudes" quant au budget et "au devenir des programmes soutenus par l’État" et les élections municipales qui se dérouleront le mois prochain incitent les collectivités à "attendre avant de procéder à certains recrutements", analyse le baromètre.
Six collectivités sur dix affirment avoir renforcé l'accès à la formation des agents. Un résultat qui, selon les auteurs, "traduit une forte prise de conscience de l'importance" de cette dernière "comme levier d'adaptation au changement". Mais ceci est moins vrai pour les communes de moins de 3.500 habitants que pour les autres collectivités, concèdent-ils.
Autre enseignement livré par l'enquête : l'obligation pour les employeurs territoriaux depuis le 1er janvier 2025 de verser au moins 7 euros par mois pour financer les contrats de prévoyance (maintien de salaire en cas d'arrêt maladie prolongé ou d'invalidité) de leurs agents n'a pas suscité d'engouement massif. Moins de 40% des collectivités déclarent que plus de la moitié de leurs agents ont sollicité cette participation financière. Les employeurs territoriaux reconnaissent que le montant de l'aide destinée aux agents est pour l'heure d'un montant trop modeste pour inciter réellement ceux-ci à souscrire des solutions de prévoyance.
Mais avec l'accord signé en juillet 2023 entre les représentants des employeurs et ceux des personnels territoriaux et la loi de décembre dernier sur la protection sociale complémentaire des agents territoriaux (voir notre article sur l'adoption de ce texte), les choses vont radicalement changer "d'ici 2029", prédisent-ils.