Restauration scolaire : 91% des Français demandent plus de moyens pour les collectivités, selon un sondage Ipsos pour le SNRC
À quelques semaines des municipales 2026, la restauration scolaire s'invite à la table du débat local. Selon une étude Ipsos réalisée pour le Syndicat national de la restauration collective (SNRC), 91% des Français estiment que les collectivités devraient disposer de moyens supplémentaires. Santé, justice sociale, soutien à l'agriculture locale... la cantine est au carrefour de nombreux enjeux et cristallise les attentes.
© @Isabelle Aprile et Ipsos - BVA / A gauche: Isabelle Aprile au Sénat
À moins d'un mois du scrutin municipal, la restauration scolaire s'invite donc à la table du débat local. Commandé par le Syndicat national de la restauration collective (SNRC) à Ipsos, le sondage (1) présenté dans le cadre d'un petit-déjeuner au Sénat ce mardi 17 février 2026 révèle que les Français ont de fortes attentes vis-à-vis des communes, compétentes pour la restauration en écoles maternelles et primaires.
Premier enseignement : la cantine dépasse le simple cadre du service public périscolaire. 79% des Français la considèrent comme un sujet prioritaire ou important dans la perspective des municipales de mars prochain. La proportion grimpe à 83% chez les parents d'au moins un enfant de moins de 18 ans.
Pour 85% des personnes interrogées, la restauration scolaire devrait être considérée comme une priorité municipale. Dans un contexte budgétaire tendu pour les communes, le chiffre interpelle : 91% des Français estiment que les collectivités devraient bénéficier de davantage de moyens pour ce poste. "La restauration scolaire est au cœur du quotidien des Français, en particulier des parents" et "les engagements des candidats en matière d'alimentation seront particulièrement scrutés au moment du vote", affirme Adélaïde Zulfikarpasic, directrice générale du pôle Société d'Ipsos.
Outil de santé publique et de lutte contre la précarité
Au-delà de l'enjeu électoral, l'étude révèle une perception très positive du rôle joué par la restauration collective. 92% des Français la voient comme "un rempart contre la précarité alimentaire". Dans un contexte d'inflation alimentaire persistante, la cantine apparaît comme un "filet de sécurité" pour de nombreuses familles.
L'éducation au goût et à la diversité alimentaire est également mise en avant : 80% des sondés estiment que la cantine contribue à former les enfants sur ces aspects. 71% considèrent qu'elle permet une alimentation saine et équilibrée, et 83% qu'elle garantit un accès pour tous à une alimentation de qualité.
Plus frappant encore : 74% des parents jugent les repas servis en restauration scolaire plus équilibrés que la moyenne de l'alimentation des Français. Et 51% estiment même qu'ils sont plus équilibrés que ceux qu'ils proposent eux-mêmes à leurs enfants. Un indicateur qui conforte la dimension de santé publique attribuée à ce service et qui va dans le sens de la proposition de loi d'expérimentation pour l'instauration d'un enseignement d'éducation à l'alimentation obligatoire à l'école, adoptée lundi 16 février par les députés (voir notre article du 16 février 2026).
Levier pour l'agriculture et la souveraineté alimentaire
La restauration scolaire est aussi perçue comme un maillon stratégique des politiques agricoles et alimentaires territoriales. 76% des Français considèrent qu'elle constitue un levier essentiel pour l'avenir des agriculteurs en France.
Sur LinkedIn à l'occasion de la diffusion de l'étude, la présidente du SNRC, Isabelle Aprile, s'est félicitée de la reconnaissance exprimée par l'opinion publique. Elle se dit fière du travail accompli par les près de 100.000 salariés d'un secteur "non délocalisable" et souligne que les Français "identifient désormais clairement le rôle de la restauration collective en matière d'éducation alimentaire, de santé et de soutien à l'agriculture nationale". "La restauration collective n'est pas une dépense, c'est un investissement pour l'avenir", a t-elle réaffirmé comme elle l'avait déjà dit à Localtis dans le cadre d'un entretien (voir notre article du 22 octobre 2025). À cette occasion, elle a demandé "pour assurer la pérennité de notre modèle d'intérêt général" à rendre "ce service public de proximité obligatoire" afin que "les maires n'aient plus jamais à choisir entre la cantine et la police municipale, pour que tous nos enfants en bénéficient !".
Rappelons que le SNRC sert 6,7 millions de repas par jour dans plus de 28.000 restaurants, pour un chiffre d'affaires de 12,5 milliards d'euros, avec près de 100.000 emplois. L'organisation professionnelle défend un modèle qu'elle qualifie d'"exception culturelle, sociale et territoriale".
Un modèle économique d'intérêt général sous tension
Dans un contexte de hausse des coûts des denrées, de renforcement des exigences environnementales et de contraintes budgétaires pesant sur les communes, la question des moyens alloués à ce service se pose. D'après le sondage, 91% des Français seraient favorables à un renforcement des ressources allouées aux collectivités. Et ce afin de permettre aux exécutifs locaux de faire face à une équation complexe : maintenir l'accessibilité tarifaire pour les familles tout en absorbant l'augmentation des charges. Une donne devenue particulièrement sensible du fait des objectifs fixés par les lois successives (Egalim, Agec et Climat et Résilience) aggravé par des difficultés d'approvisionnement, depuis le début du conflit en Ukraine (lire notre article du 19 juin 2024).
À l'approche des municipales, la cantine s'affirme ainsi comme un révélateur des priorités locales : politique sociale, santé publique, transition alimentaire et soutien aux filières agricoles se rejoignent autour d'un service du quotidien. Pour les équipes municipales sortantes comme pour les candidats, la restauration scolaire pourrait bien devenir l'un des marqueurs concrets de leur projet territorial.
( 1) La méthodologie du sondage repose sur un échantillon de 1.300 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, dont 300 parents d'enfants mineurs. L'étude a été réalisée en ligne du 9 au 21 janvier 2026 selon la méthode des quotas.