Éducation alimentaire à l'école : la proposition de loi d'Olivia Grégoire pour l'expérimentation d'un enseignement obligatoire
Face à la progression du surpoids et aux inégalités sociales en matière d'alimentation, la proposition de loi visant à instaurer, à titre expérimental, un enseignement d'éducation à l'alimentation obligatoire à l'école primaire a été débattue en séance publique ce lundi 16 février 2026. Ce même jour, la députée Olivia Grégoire qui a déposé la PPL a rendu publics les résultats d'un sondage OpinionWay qui révèlent une grande attente sur ce sujet vis-à-vis de l'école.
© Opinion way et Adobe stock
Déposée à l'Assemblée nationale le 18 novembre 2025, la proposition de loi n°2091 qui vise à instaurer, "à titre expérimental", une éducation à l'alimentation dans des académies et collectivités volontaires pour une durée de trois ans a été débattue en séance publique ce lundi 16 février 2026.
Le dispositif - dont Localtis s'est déjà fait l'écho ( lire notre article du 27 janvier 2026) - repose sur une montée en puissance progressive selon les niveaux d'enseignement.
À l'école primaire, l'éducation à l'alimentation deviendrait un enseignement structuré obligatoire, intégré aux programmes existants, avec au moins trois séances par an, articulées avec la restauration scolaire. Ateliers sensoriels, découverte de la saisonnalité, visites de producteurs locaux, animations en cantine : l'ambition est d'assurer une continuité pédagogique entre la classe et l'assiette.
Au collège, le sujet serait intégré au parcours éducatif de santé, via un projet annuel obligatoire inscrit dans le projet d'établissement, en lien avec les départements compétents pour la restauration scolaire.
Au lycée, enfin, le texte prévoit un module expérimental facultatif, en associant les régions et les acteurs locaux, notamment les filières agricoles, agroalimentaires et de santé.
L'expérimentation ferait l'objet de deux évaluations – à 18 mois puis au terme des trois ans – portant sur les impacts éducatifs, sanitaires et sociaux.
Faire du "bien manger" une compétence fondamentale
Dans l'exposé des motifs, la députée reprend des chiffres inquiétants et désormais connus : près d'1 adulte sur 2 est en surpoids et 1 sur 5 souffre d'obésité. Les inégalités sociales sont marquées, l'obésité étant 4 fois plus fréquente chez les personnes défavorisées. Par ailleurs, le coût des maladies liées à une mauvaise alimentation est estimé à 125 milliards d'euros par an pour les finances publiques.
Pour Olivia Grégoire, la réponse ne peut être uniquement curative. "Elle doit être préventive, éducative et collective, en s'ancrant là où tout commence : à l'école", écrit-elle. L'objectif est de faire du "bien manger" une compétence fondamentale, au même titre que lire, écrire et compter.
Un fonds national pour soutenir les collectivités
Le deuxième pilier du texte est la création d'un "fonds d'action pour l'éducation à l'alimentation", abondé par l'État et par des dons de personnes physiques ou morales.
Ce fonds pourrait financer des ateliers pédagogiques, des sorties scolaires, du matériel, mais aussi la rénovation des cantines ou la formation des personnels de restauration. L'enjeu est d'éviter que l'expérimentation ne creuse les écarts entre territoires, en particulier pour les communes les plus modestes.
Enfin, la proposition de loi prévoit d'inscrire plus clairement l'éducation à l'alimentation dans le code de l'éducation, afin d'en préciser les objectifs et les outils, dont une plateforme nationale de ressources et un dispositif de certification des intervenants extérieurs.
Une attente vis-à-vis de l'école
Selon Olivia Grégoire, les résultats d'un sondage OpinionWay confortent la démarche parlementaire. Seuls 9% des Français déclarent avoir appris à bien manger grâce à l'école. Pourtant, 80% estiment que celle-ci devrait jouer un rôle clé en la matière et 87% soutiennent la création d'un cours obligatoire sur l'alimentation.
L'étude révèle également que 39% des répondants regrettent de ne pas avoir reçu une meilleure éducation alimentaire de leurs parents, et qu'1 Français sur 2 estime avoir dû "rattraper" un retard alimentaire à l'âge adulte.
Chez les 15-25 ans, la prise de conscience est particulièrement marquée : 86% d'entre eux considèrent que leur alimentation a un impact sur leur santé mentale. Le sondage montre aussi que les jeunes utilisent Tik Tok ou Instagram pour s'inspirer afin de mieux manger à 91%, mais aussi pour trouver des recettes de "junk food" à 84%...Opération zéro.
Une "perte de repères" alimentaires
Et ce n'est pas le seul paradoxe que le sondage met en lumière. 79% des Français affirment que leur alimentation a un impact sur leur santé mentale. Pourtant, seuls 1/4 déclarent manger de façon équilibrée, variée, de saison et peu industrielle.
L'achat hors saison reste répandu : 57% achètent des tomates hors saison, 60% des courgettes et 56% des clémentines. Par ailleurs, durant leur enfance, 29% des Français consommaient chaque semaine des plats en barquette et 14% du fast-food ou des pizzas.
Pour Olivia Grégoire, ces chiffres traduisent "une perte de repères" et une déconnexion entre alimentation, santé et environnement .
Un enjeu pour les collectivités territoriales
Au-delà du cadre national, la proposition de loi interpelle directement les collectivités territoriales. Communes, départements et régions sont au cœur du dispositif : identification des établissements volontaires, articulation avec la restauration scolaire, coconstruction des projets, mobilisation du tissu local.
La réussite de l'expérimentation dépendra en grande partie de cette gouvernance partagée. Pour les élus locaux, l'éducation à l'alimentation pourrait devenir un levier transversal, à la croisée des politiques éducatives, sociales, sanitaires et de transition écologique.
Reste à savoir si l'expérimentation annoncée saura convaincre au-delà des territoires volontaires et ouvrir la voie, à terme, à une généralisation. La question de l'alimentation, désormais posée comme un enjeu de santé publique et de cohésion sociale, s'invite en tout cas au cœur du débat éducatif.