Secours en montagne : le ministre de l’Intérieur s’engage à maintenir l’organisation tripartite
Le ministre de l’Intérieur se refuse à retirer les sapeurs-pompiers du secours en montagne, comme le préconise la Cour des comptes dans un récent rapport.
© Capture vidéo Assemblée nationale/ Laurent Nuñez le 25 février
"Nous maintiendrons évidemment notre organisation actuelle. J’en prends l’engagement devant vous." Interrogée le 25 février par la députée de la Savoie Émilie Bonnivard (Droite républicaine) sur l’organisation du secours en montagne, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a pris ses distances avec le récent rapport de la Cour des comptes préconisant le retrait des Sdis de cette compétence.
Aujourd’hui, le secours en montagne est partagé entre trois forces : gendarmerie (PGHM), police (CRS montagne) et les groupes montagne des sapeurs-pompiers (GMSP). Un "équilibre précieux et efficace", considère la députée qui loue "l’ancrage territorial" des Sdis. "Supprimer la compétence des sapeurs-pompiers, c’est se priver de la moitié des effectifs spécialisés, souvent des volontaires, montagnards de naissance, qui garantissent une réactivité unique grâce à leur connaissance du terrain", fait-elle valoir, relevant en outre qu’"entre l’explosion de la fréquentation, l’évolution des pratiques et les effets du changement climatique", l’activité du secours en montagne a "bondi de 18 % en seulement six ans".
"Nous continuerons d’organiser les interventions, dans les conditions que vous avez rappelées et auxquelles je souscris, autour des trois forces mentionnées, qui représentent un peu moins de 800 effectifs", lui a répondu Laurent Nuñez. "Cela ne signifie pas que nous nous interdisons de réfléchir à toute modernisation du dispositif", a-t-il cependant précisé.
Jugeant le dispositif actuel "surdimensionné", la Cour des comptes invite à une "rationalisation" des effectifs, dont elle escompte une économie de 10 millions d’euros pour un coût d’interventions estimé à 107 millions d’euros en 2024 (lire notre article du 12 février).
"Expertiser l’hypothèse d’une facturation de certaines interventions"
À noter que la commission des finances du Sénat, qui avait sollicité l'avis de la Cour des comptes, n'a pas souhaité reprendre cette préconisation. Dans un rapport d'information publié le 13 février, elle se contente de recommander d'"assurer, à l’échelle préfectorale, un pilotage fort et coordonné", de "compléter l’organisation opérationnelle départementale du secours en montagne par une coordination organisationnelle à l’échelle des massifs", de "réaffirmer le rôle central des Codis dans la gestion des alertes" ou encore de "déployer des outils technologiques permettant d’améliorer l’efficience et la sécurité des opérations".
En revanche, les sénateurs suivent la Cour sur une autre recommandation qui avait mis en émoi le milieu de la montagne : la remise en cause de la gratuité des secours. Il s'agirait selon eux d'"expertiser l’hypothèse d’une facturation de certaines interventions (...), sans remettre en cause le principe général de gratuité des secours d’urgence". Si le ministre de l'Intérieur ne s’est pas prononcé sur ce point, son prédécesseur François-Noël Buffet avait déjà ouvert une brèche en dénonçant les "comportements irresponsables" : "Par inconscience ou par amateurisme, certains de nos compatriotes se mettent en danger. Ce n’est plus acceptable. Ils doivent payer leur prise de risque", avait-il affirmé lors de la présentation des conclusions du Beauvau de la sécurité civile le 4 septembre (lire notre article du 5 septembre).