Solitude des villes, isolement des champs : la Fondation de France appelle à prendre soin de nos liens de proximité

Le sentiment de solitude était largement répandu en 2025, et encore davantage dans les grandes agglomérations. Mais l’isolement relationnel concerne davantage les habitants des communes rurales, du fait du manque d’équipements, de services et de solutions de mobilité. Dans sa dernière étude sur les solitudes, la Fondation de France suggère de tenir compte de ces spécificités territoriales pour lutter à la fois contre l’isolement et la solitude. 

Isolement relationnel et sentiment de solitude ne sont pas équivalents. Le premier phénomène est plus rural, le second plus urbain : c’est ce que démontre la Fondation de France dans sa nouvelle étude sur les solitudes, rendue publique le 22 janvier 2026. Menée en collaboration avec le Cerlis et le Crédoc, cette étude, qui en est à sa 15e édition, se fonde à la fois sur une enquête quantitative – conduite en juillet 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 3.000 personnes de 15 ans et plus – et sur une enquête ethnographique menée auprès de personnes identifiées comme seules.

Isolement social : l’écart se creuse entre rural et urbain 

D’une part, l’isolement "désigne la situation d’une personne physiquement coupée des autres, caractérisée par la rareté des liens dans différentes sphères de la vie sociale (famille, amitiés, relations professionnelles, de voisinage ou associatives)", indique la Fondation de France. "Les échanges numériques, bien que fréquents, demeurent pour l’essentiel des liens dits ‘faibles’, c’est-à-dire plus distants et moins intimes que les relations directes", est-il ajouté. 

D’autre part, la solitude "correspond à un ressenti subjectif de manque ou d’insatisfaction dans les relations sociales", qui "ne coïncide pas nécessairement avec l’isolement" - "une personne isolée peut ne pas se sentir seule, tandis qu’une personne entourée peut éprouver de la solitude". 

Près d’un tiers des personnes interrogées dans l’enquête (32%) sont en situation d’isolement relationnel si l’on inclut celles "dont la sociabilité se limite à un seul réseau de sociabilité". Quant à l’isolement complet (aucun réseau de sociabilité), 11% des personnes interrogées étaient concernées en juillet 2025. Un taux relativement stable dans le temps, puisqu’il était de 12% en 2023 et 2024, de 11% en 2022 après un pic momentané lié aux confinements en 2020-2021. 

En revanche, l’"écart entre les territoires se creuse", alerte la Fondation. "Alors qu’aucune différence notable n’était observée en 2023, on constate désormais une différence de cinq points entre les zones rurales et les grandes agglomérations" - en 2025, 9% de personnes isolées en 2025 parmi les habitants de l’agglomération parisienne et des communes de plus de 100.000 habitants alors que 14% des habitants des communes rurales se déclaraient concernées. 

"Favoriser la cohésion locale et le sentiment d’appartenance dans les grandes agglomérations"

Quant au sentiment de solitude, il est "toujours élevé", 24% des sondés en 2025 déclarant se sentir seuls "tous les jours ou presque" ou "souvent". Le taux atteint 28% dans les agglomérations de plus de 100.000 habitants, alors qu’il est de 21% en territoire rural.

"Cette dualité indique que, en milieu rural, les obstacles sont majoritairement structurels : manque de services, transports limités et espaces de sociabilité rares", peut-on lire dans l’étude. À l’inverse, ce ne sont pas les infrastructures qui manquent en milieu urbain, mais paradoxalement – ou pas - dans un contexte de densité de population, donc de proximité géographique, "les individus ressentent davantage la solitude". 

Ainsi, pour la Fondation de France, "toute démarche de lutte contre l’isolement et la solitude doit tenir compte de ces spécificités : renforcer les points de contact physiques et la mobilité dans les zones rurales, et favoriser la cohésion locale et le sentiment d’appartenance dans les grandes agglomérations" - dans les grandes lignes, puisque le taux de solitude reste élevé en milieu rural et que certains quartiers urbains sont dépourvus de services adéquats.

Les recommandations portent donc sur le repérage des fragilités – et le rôle des familles, amis et professionnels de santé -, sur la valorisation du rôle de voisin comme "vecteur de lien social" - selon l’étude, les amis et les voisins sont "en tête des réseaux de sociabilité", avant la famille – ou encore sur la nécessité de renforcer les démarches d’aller-vers "en particulier dans les zones enclavées". La Fondation appelle enfin à soutenir et promouvoir les associations, qualifiées de "tiers relationnels" capables d’offrir, "quelles que soient leurs activités, un espace d’échange relationnel, voire émotionnel", voire de "reconnexion" – perceptible notamment lorsque la personne accueillie franchit le cap de l’engagement bénévole. 

 

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