Sports de salle : comment les clubs professionnels ont réduit leur dépendance aux subventions publiques

Une analyse des produits d'exploitation des clubs professionnels de basket, handball et volley-ball sur les quinze dernières années montre que leur dépendance aux subventions publiques a baissé. Le niveau global de la participation des collectivités à l'économie des clubs reste cependant élevé.

Bien que toujours présente dans l'économie des clubs professionnels des trois grands sports de salle (basket-ball, handball et volley-ball), la part des subventions publiques a largement reculé ces quinze dernières années, selon une analyse des comptes des ligues professionnelles réalisée par Localtis. Les trois disciplines ne sont toutefois pas touchées de la même façon par cette tendance de fond, tout comme on note encore des niveaux d'aides très variables selon que celles-ci touchent les clubs de première ou de deuxième division, masculins ou féminins. De plus, le niveau global des interventions publiques, à travers les subventions et les partenariats confondus, demeure élevé en valeur absolue. 

Depuis quinze ans, le basket est passé pour ses trois divisions professionnelles (élites masculine et féminine et deuxième division masculine) d'un taux de soutien public moyen équivalent à 44% de ses produits d'exploitation lors de la saison 2010-2011 à 23% en 2024-2025. De son côté, le handball, dont les produits d'exploitation reposaient à 55% sur les aides publiques il y a quinze ans, n'en dépendait plus qu'à hauteur de 33% en 2023-2024 (derniers comptes publiés). Quant au volley-ball, le sport de salle professionnel le plus subventionné, il affichait près de 70% de subventions publiques dans ses produits d'exploitation en 2010-2011, contre 50% en 2024-2025.

Le basket bon élève des aides publiques

Dans le détail, si le basket a considérablement réduit sa dépendance aux subventions publiques, c'est d'abord du fait de la baisse des aides en faveur de son élite masculine, passées en quinze ans de 21 à 15 millions d'euros, alors que sur la même période, la deuxième division masculine voyait ses subventions augmenter de 14,4 à 17 millions d'euros et l'élite féminine enregistrait un maintien du niveau de subventions (10,9 millions en 2011 contre 10,6 millions en 2025). La part des subventions de l'élite masculine de basket est ainsi réduite à 12% de ses produits d'exploitation (contre 31% il y a quinze ans), tandis qu'elle reste à un niveau relativement élevé chez les féminines (33% contre 55% en 2011).

Le handball connaît une évolution différente : si la part des subventions publiques de son élite masculine est passée en quinze ans de 41% à 24%, son montant a crû de 15,9 à 19,7 millions d'euros. Même phénomène en deuxième division masculine, avec des subventions passées de 7,8 à 11,8 millions, et surtout un taux de dépendance aux subventions qui reste élevé (42% des produits d'exploitation contre 57% en 2011). Quant à l'élite féminine, elle affichait un taux de subventions de 34% des produits d'exploitation en 2019-2020 (contre 62% en 2011) mais n'a pas publié de comptes depuis. Interrogée par Localtis, la commission nationale de contrôle de gestion de la Fédération française de handball n'a pas souhaité communiquer sur les budgets des clubs féminins.

Hommes et femmes à égalité en volley

En volley-ball, les dernières statistiques détaillées publiées (2022-2023) mettent en avant une dépendance aux subventions publiques égale entre la première division masculine (52% des produits d'exploitation, contre 66% en 2011) et la première division féminine (51%, contre 69% en 2011), tandis que la deuxième division masculine s'appuie encore à 57% sur les aides publiques (73% en 2011).

Malgré cette baisse de la part des subventions publiques dans les produits d'exploitation des ligues professionnelles des sports de salle, le montant global des subventions publiques des huit compétitions étudiées (hors ligue féminine de handball) s'est maintenu dans le temps à un niveau quasi équivalent à périmètre constant : 96 millions d'euros en 2010-2011 contre 98 millions en 2022-2023. Pour les deux saisons suivantes, les données disponibles montrent une très légère hausse et font apparaître un phénomène de vases communicants : les subventions aux clubs de première division masculine baissent alors que celles aux clubs de deuxième division masculine et de première division féminine augmentent. 

Des produits commerciaux en hausse

Comment, dès lors expliquer cette baisse de la part des subventions publiques dans les produits d'exploitation des clubs alors qu'elles ne baissent pas en valeur absolue ? Tout simplement par une hausse globale des produits d'exploitation et particulièrement des recettes commerciales. 

L'élite masculine basket est ainsi passée de 67 millions à 124 millions d'euros de produits de 2011 à 2025 (+85%) tandis que son élite féminine, passée de 20 à 32 millions d'euros de produits, connaissait une évolution de +60% sur la même période. De son côté, le handball a enregistré +146% de produits d'exploitation pour son élite masculine entre 2011 et 2024 (de 34 à 84 millions d'euros). Les clubs de volley masculins ont, quant à eux, connu des hausses beaucoup plus modestes : 23 millions d'euros en 2023 contre 20 millions en 2011 pour l'élite (+16%), et 7,5 millions contre 10 millions pour la deuxième division (+32%). À l'inverse, l'élite féminine de volley voyait ses produits bondir de 10 à 16 millions d'euros (+58%), une performance à la hauteur de ce qu'a réalisé le basket féminin.

Des recettes commerciales... venues des collectivités

Pour réaliser cette hausse des produits d'exploitation, l'élite masculine de basket a vu ses recettes liées aux matchs grimper de 10 à 34 millions d'euros entre 2011 et 2025 (+340%), tandis que celles issues du sponsoring privé passaient de 30 à 56 millions (+86%). Le même phénomène s'est produit pour l'élite masculine de handball, qui a vu ses recettes de matchs s'envoler de 2,6 millions d'euros en 2011 à 18 millions en 2024 (+692%) et le sponsoring passer de 13 à 34 millions (+260%). De son côté, l'élite masculine de volley, avec 1,6 million de recettes spectateurs en 2023 contre 0,6 en 2019, enregistrait une hausse importante (+266%), mais en partant de très bas.

De l'argent public peut encore se cacher derrière ces recettes "commerciales". C'est le cas des partenariats passés entre les clubs et les collectivités pour des achats d'espaces publicitaires, de sponsoring ou de places. En 2025, ces partenariats représentaient 5,6 millions d'euros en élite masculine de basket et 3,7 millions en deuxième division, soit respectivement 4% et 5% des produits d'exploitation de ces deux championnats. En élite masculine de handball, les partenariats publics peuvent être estimés à 5,9 millions d'euros, soit 7% des produits d'exploitation. Ces mêmes partenariats pèsent plus lourd en volley : 14% pour l'élite masculine et 12% pour la deuxième division. On retrouve ainsi, à travers les partenariats commerciaux, la même logique de soutien public qu'avec les subventions, à savoir un basket plus autonome vis-à-vis de l'argent public et un volley-ball plus dépendant.

Le bloc communal, premier partenaire public des clubs

Enfin, l'analyse des comptes des clubs professionnels de salle nous informe sur le degré d'intervention de chaque strate de collectivité. Le bloc local (commune et EPCI) est ainsi le premier financeur public du basket (75% en première division masculine et 79% en deuxième division), devant le conseil départemental (13% en élite masculine, 11% en deuxième division) et le conseil régional (12% en élite masculine, 9% en deuxième division). En volley-ball, toutes divisions professionnelles confondues, le bloc communal totalise 70% des interventions publiques – avec une large prépondérance des communes devant les EPCI –, contre 14% au conseil départemental et 12% au conseil régional. En handball, si les mêmes grandes masses se retrouvent, avec environ 80% d'intervention publique venant du bloc communal, les EPCI devancent désormais les communes.

En une quinzaine d'années, le sport professionnel de salle a donc connu une évolution notable en termes de participation du secteur public aux produits d'exploitation des clubs. Cette évolution est largement corrélée au volume global des recettes et à leur variation dans le temps. Ainsi, les trajectoires économiques divergentes des trois sports ont entraîné une différence désormais bien marquée entre une discipline – le basket – qui se développe et affirme de plus en plus son autonomie face à l'argent public, une autre – le handball – qui, partie de plus loin, connaît une évolution économique favorable qui lui permet de faire reculer sa dépendance à l'argent public, et une dernière – le volleyball – dont les recettes, plus basses au départ, évoluent plus lentement, et qui s'appuie encore majoritairement sur l'intervention des collectivités.

 

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