Thermalisme : un modèle appelé à évoluer ?
Le remboursement par la sécurité sociale des cures thermales a façonné une économie du thermalisme devenue indispensable à de nombreux territoires, souvent des communes de moins de 10.000 habitants. En novembre dernier, face à la menace d'une diminution voire d'une suppression de la prise en charge par l'assurance maladie, les élus de ces territoires se sont donc logiquement mobilisés pour la sauvegarde du modèle, défendant les bénéfices des cures pour les patients comme les retombées locales. Saisie par le gouvernement, la Haute Autorité de santé se donne jusqu'à 2027 pour produire les résultats d'une évaluation des cures thermales – pas à temps, donc, pour éclairer l'éventuel débat qui pourrait ressurgir à l'automne, à l'occasion des discussions sur le prochain budget de la sécurité sociale.
© Pymouss CC BY-SA 4.0/ Thermes de La Bourboule
Quel avenir pour le thermalisme ? Lors de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, le niveau de remboursement actuel par la sécurité sociale des cures thermales a été questionné, comme cela avait déjà été le cas il y a quelques années (voir notre article).
Le gouvernement avait annoncé la couleur dans sa proposition initiale, qui contenait des "mesures de recentrage des prises en charge par l’assurance-maladie sur les soins les plus efficients". Puis plusieurs députées, dont Nicole Dubré-Chirat (EPR, Maine-et-Loire), ont déposé un amendement visant à supprimer le remboursement de ces cures, "à l’exception des soins, prestations et établissements relatifs aux cures thermales prescrits en complément d’un traitement médical pour les patients relevant d’une affection longue durée, pour les pathologies graves ou invalidantes et pour les troubles du développement de l’enfant". "La France est l’un des derniers pays de l’OCDE à prendre en charge des soins de cure thermale dès lors que le patient souffre de l’une des douze affections ou pathologies éligibles", justifiaient les députées dans l'exposé des motifs. L'économie générée aurait été de "plusieurs dizaines de millions d’euros par an".
Des élus mobilisés contre le déremboursement des cures
À l'issue d'une mobilisation importante de parlementaires, d'élus locaux des territoires concernés et d'acteurs du secteur, l'amendement a été rejeté. Lancée par le député Denis Fégné (socialiste, Hautes-Pyrénées), président du groupe d’études thermalisme de l’Assemblée nationale, une pétition avait en particulier obtenu rapidement plus de 120.000 signatures.
Dans un courrier du 5 novembre 2025 signé par onze présidents de région, Régions de France avait également alerté le Premier ministre sur "les risques, pour les patients comme pour les territoires, d’un éventuel déremboursement des cures thermales". Alors que les dépenses liées aux cures thermales représentent "entre 250 et 350 millions d’euros par an, soit moins de 0,2% des dépenses totales de l’assurance maladie", un déremboursement partiel ou total conduirait à "des coûts différés plus élevés", correspondant à "des alternatives moins efficaces et plus coûteuses (traitements médicamenteux chroniques, kinésithérapies répétées, hospitalisations)", soutenaient les régions.
Surtout, alors que 471.000 personnes ont suivi une cure sur prescription médicale en 2024, un déremboursement fragiliserait toute une économie bénéficiant principalement à des communes de moins de 10.000 habitants, avec des retombées représentant "des centaines de millions d’euros et des dizaines de milliers d’emplois".
Des territoires fortement dépendants de l'activité thermale
Ces différents enjeux ont été évoqués le 27 mai 2026 à l'Assemblée nationale, lors d'une troisième "journée parlementaire du thermalisme" organisée par Denis Fégné. "Le thermalisme n’est pas une nostalgie du passé mais une réponse moderne aux défis du vieillissement, des maladies chroniques et de la prévention", a-t-il affirmé devant des parlementaires de tout bord, soutenant que près d’une personne sur deux réduit sa consommation médicamenteuse après une cure.
Lorsqu'on s'interroge aujourd'hui sur la réelle efficacité du thermalisme sur un plan médical, l'absence d'évaluation scientifique de référence et la dimension économique du thermalisme brouillent les pistes. Selon le sociologue Adrien Sonnet, le remboursement des cures à partir de 1947 "a permis le développement de nombreux territoires mais a également créé une forte dépendance économique vis-à-vis de l’activité thermale". "Le thermalisme soutient l’activité économique locale, l’hôtellerie, les commerces, les services, mais aussi le maintien des équipements publics et médicaux", a confirmé Julien Dubois, maire de Dax et président de l’Association nationale des maires des communes thermales (ANMCT).
Mais les questionnements sur ce modèle ne sont pas nouveaux. À partir des années 1980-90, face à des "interrogations croissantes sur la légitimité médicale du thermalisme", des "élus locaux ont joué un rôle central dans la diversification des stations thermales vers le bien-être, la prévention et le tourisme de santé", a rappelé le sociologue. Une diversification qui peut aussi alimenter la confusion entre la dimension médicale des cures et l'économie du bien-être.
Une évaluation de la HAS en cours
Pour y voir plus clair sur le service médical rendu (SMR) par les cures thermales, le gouvernement a saisi la Haute Autorité de santé (HAS) pour une évaluation. Les critères de ce travail seront construits "en concertation avec les professionnels et les représentants des patients, en prenant en compte les effets spécifiques des soins thermaux, l’environnement de cure, les dimensions préventives et éducatives ainsi que le ressenti des patients", a indiqué le docteur Cédric Carbonneil, chef du service de l’évaluation des actes professionnels à la HAS, le 27 mai. Mais les résultats de cette évaluation ne seront pas disponibles avant 2027 et ne pourront donc pas éclairer le débat lors des discussions de cet automne sur le prochain budget.
Insistant sur la "nécessité d’une évaluation scientifique solide et indépendante des cures thermales", Nicole Dubré-Chirat a "défendu l’idée d’une réflexion sur l’évolution du modèle thermal et sur une meilleure adaptation des prises en charge aux indications les plus pertinentes". Auteure d’une proposition de loi visant à transformer le statut des établissements thermaux en établissements sanitaires de prévention de la perte d’autonomie, Justice Gruet (DR, Jura) a plaidé de son côté "pour une distinction claire entre activité médicale thermale et offres de bien-être".
L'ancien ministre de la Santé Yannick Neuder (DR, Isère) a enfin appelé à ne pas trancher cette question dans le cadre des discussions budgétaires, mais à associer l'ensemble des parties prenantes à une réflexion s'appuyant à la fois sur "une médecine fondée sur les preuves scientifiques" et sur la prise en compte des enjeux territoriaux du thermalisme.