Transport ferroviaire : la dynamique de croissance se confirme mais les enjeux d’investissement demeurent, pointe l’ART

En 2024, le transport ferroviaire confirme sa dynamique de croissance et une amélioration de la qualité de service, mais des enjeux d’investissement demeurent, souligne l’Autorité de régulation des transports (ART) dans son rapport annuel du marché français du transport ferroviaire publié ce 10 février. La fréquentation TER a augmenté entre 6% et 13% selon les régions et les charges d'exploitation par train.km des services régionaux conventionnés ont diminué de 4% en moyenne en un an.

Le transport ferroviaire ne cesse de retrouver des couleurs, confirme l’Autorité de régulation des transports (ART) dans son rapport annuel du marché français du transport ferroviaire publié ce 10 février. "L’année 2024 est marquée par un record de fréquentation des trains pour les services librement organisés comme conventionnés", note le régulateur. 

La fréquentation des trains a ainsi dépassé le niveau de 2019 de plus d’un tiers (35%) pour les services conventionnés interurbains et de 12% pour les services à grande vitesse.  "Le record de fréquentation pour les services librement organisés a été soutenu par une offre en restructuration et en diversification, tant du côté de l’opérateur historique que des nouveaux entrants, dans un contexte d’ouverture à la concurrence", souligne l’ART.

Grande vitesse : l'effet Ouigo

Les services Ouigo ont représenté, en 2024, 21% de la fréquentation des services ferroviaires librement organisés en France, expliquant en grande partie la progression – en sièges – des dessertes ferroviaires à grande vitesse, détaille l'Autorité. Les services à bas prix, initialement concentrés sur la desserte de grandes agglomérations de l’axe Sud-Est lors de leur lancement il y a plus de dix ans, se sont diversifiés sur l’ensemble des axes radiaux comme sur des liaisons intersecteurs dont ils assurent, en 2024, plus du tiers de la desserte. "Ouigo a ainsi contribué à la croissance globale de l’offre de sièges commercialisés, atteignant entre 3% et 8% selon les axes", relève le régulateur. Les services Ouigo desservent également des agglomérations de taille moindre, en opérant, en 2024, 7% de l’offre à destination de gares dans des aires urbaines de moins de 50.000 habitants, constate-t-il aussi. 

Les nouveaux opérateurs entrants Trenitalia et Renfe ont également permis d’accroître et de diversifier l’offre ferroviaire librement organisée, en opérant respectivement, en 2024, 11% de l’offre de trains sur l’axe Paris-Lyon et 47% de l’offre entre la France et l’Espagne.

TER : nette hausse d'activité...

Pour les services régionaux conventionnés (TER), la fréquentation a augmenté entre 6% et 13% selon les régions, en ligne avec les dynamiques d’offre ferroviaire. "Après une année 2023 marquée par de nombreuses déprogrammations, le volume de trains.km TER réalisés s’est nettement amélioré en 2024 pour l’ensemble des régions, avec des hausses dépassant 10% en Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et Nouvelle-Aquitaine", relève l’ART. L’offre en sièges.km a également progressé dans la quasi-totalité des régions, à l’exception de la région Centre-Val de Loire (-6%, en lien avec des évolutions de matériel roulant) et de la Bourgogne-Franche-Comté (-1%).

Autour d’une augmentation moyenne de 8% pour l’activité TER, le volume de passagers.km a crû de plus de 10 % dans quatre régions (Centre-Val de Loire, Bourgogne-Franche-Comté, Nouvelle-Aquitaine et Provence-Alpes-Côte d’Azur). Au total, sept régions sur onze affichent désormais un taux d’occupation "moyen" supérieur à 33%, contre une seule en 2019.

"Les usagers non-abonnés ont notablement tiré la croissance de la fréquence TER pour une majorité de régions", souligne l’ART. Ainsi, la hausse des passagers.km non abonnés observée entre 2023 et 2024 a dépassé de 2 à 8 points celle des abonnés pour 5 régions, et cet écart a atteint 29 points en Occitanie.  Par ailleurs, bien que la part de fréquentation non abonnée soit restée plutôt stable en moyenne depuis 2021 - autour de 60% -, des tendances contrastées apparaissent entre les régions sur le long terme, ajoute le bilan. Ainsi, depuis 2021, le poids de la fréquentation non abonnée a progressé dans 6 régions (de près ou plus de 5 points en Pays de la Loire, Grand-Est, et de 8 points en Occitanie), tandis qu’il a baissé de 3 à 5 points dans les autres régions, notamment dans les Hauts-de-France, où il représente le poids le plus faible (43%).

... avec une qualité de service améliorée

Dans la quasi-totalité des régions, le rapport fait état d’une amélioration de la qualité de service des TER en 2024, en raison de la baisse généralisée des taux de déprogrammations (de 6 points en moyenne et jusqu’à 8 points en Nouvelle-Aquitaine). Le taux de circulations TER effectives et ponctuelles a ainsi progressé dans 10 des 11 régions, notamment en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, où il a augmenté de 8 points et dépassé les 80% pour la première fois en 8 ans, alors même que le volume d’offre programmée est en hausse (+9%), en Nouvelle-Aquitaine et en Centre-Val de Loire (+8 points également, après une forte baisse en 2023). Seule la Normandie a vu son taux de circulations effectives et ponctuelles se dégrader en raison d’une hausse du taux de retard (+1 point par rapport à 2023) et d’une baisse limitée des déprogrammations (-0,7 point).

"Cette amélioration des indicateurs de qualité de service est d’autant plus notable qu’elle s’inscrit dans un contexte de croissance de l’offre programmée par rapport à 2023 pour sept des onze régions, avec jusqu’à +9% en région Provence-Alpes-Côte-d’Azur", salue l’ART.

Une couverture des dépenses TER par les dépenses commerciales en progression

Le régulateur constate aussi que la couverture des dépenses TER par les recettes commerciales, bien que faible, a progressé dans toutes les régions depuis 2019. Les recettes commerciales ont notamment augmenté de plus de 10% en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Auvergne-Rhône-Alpes, Hauts-de-France et jusqu’à 14% en région Grand-Est (en euros constants). "L’évolution des concours publics a été plus contrastée en revanche, diminuant dans cinq régions et notablement en régions Auvergne-Rhône-Alpes (-11%) et Normandie (-5%)", rapporte l’ART. Les revenus de l’activité TER (recettes et concours publics) ont ainsi augmenté pour l’ensemble des régions, à l’exception d’Auvergne-Rhône-Alpes (-3%), et le poids des recettes commerciales dans les revenus a progressé de +2 points en moyenne, pour atteindre 33% en 2024.

En 2024, les charges d’exploitation TER ont augmenté dans l’ensemble des régions - de +1% en Bourgogne-Franche-Comté à +8% en Nouvelle-Aquitaine en euros constants. "Cette augmentation s’explique en partie par la croissance de l’offre de transport puisque, rapporté aux trains.km, on enregistre une baisse du montant total des charges de -3% en moyenne, et jusqu’à -5% en Nouvelle-Aquitaine et -6% en Occitanie", note l’ART qui précise que cette diminution des coûts kilométriques s’observe pour l’ensemble des postes de dépenses, excepté celui des péages d’infrastructure, qui ont augmenté entre +4% et +11% pour toutes les régions à l’exception de Provence-Alpes-Côte d’Azur (-2%). Rapportés aux trains.km, le montant cumulé de la redevance d'accès (payée par l’État) et des péages d’infrastructure (versés par les régions) a progressé de 4% en moyenne.

Île-de-France : un taux de ponctualité qui progresse

En Île-de-France, le trafic 2024 des lignes Transilien-RER a connu une hausse marquée sur la période des Jeux olympiques et paralympiques (JOP) de Paris 2024. La plupart des lignes Transilien ont dépassé leur niveau de trafic annuel de 2019, mais ce n’est pas encore le cas des lignes RER B, C, D, E, dont le taux d’occupation a diminué (- 8 points pour le seul RER B). L’ART constate que le taux de ponctualité s’est fortement amélioré en 2024 et a dépassé son niveau haut de 2017. En revanche les taux d’annulations, malgré une baisse sur l’année 2024, demeurent plus dégradés qu’en 2017, notamment sur le RER B.

Inquiétudes persistantes sur le vieillissement de l'infrastructure

Si d’une manière générale, le rapport de l’ART fait état d’une "dynamique positive" sur le volet des services ferroviaires, le niveau d’investissement dans le renouvellement du réseau est jugé "insuffisant pour contrer le vieillissement de l’infrastructure". "Le renouvellement des voies du réseau ferré national (RFN) a augmenté sur les lignes classiques mais diminué pour les LGV, constate le régulateur. Au global, près de 1.200 km de voies ont été renouvelés en 2024, soit une hausse de 16% par rapport à la moyenne observée sur la période 2015-2021, portée par la bonne exécution du programme d’investissements de SNCF Réseau. En revanche, les investissements pour le renouvellement des LGV ont notablement baissé en 2024 (-17%)." Le niveau de dépenses d’investissements consacrées au renouvellement du réseau ferré reste ainsi inférieur sur les dernières années (hors inflation) au niveau qui était observé en 2019, pointe l’ART, qui s’inquiète du vieillissement de l’infrastructure. "À fin 2023, près de 2.600 km de voies du réseau structurant avaient déjà atteint leur durée de vie théorique, et près de 300 à 400 km de voies supplémentaires du RFN arriveront à cette même échéance chaque année d’ici à 2029", rappelle-t-elle.

De plus, l’indisponibilité du RFN liée aux travaux continue d’augmenter en dépit d’un taux d’utilisation partiel des capacités mobilisées, pointe-t-elle. En 2024, près de 14% de la capacité de réservation du réseau a été neutralisée du fait de la programmation des travaux, soit un doublement depuis 2019. Cette proportion atteint même 54% sur le réseau utilisé par les trains de nuit. En outre, entre 21% et 26% des fenêtres de travaux programmées ne sont ni utilisées par SNCF Réseau ni restituées, limitant ainsi la capacité de circulation effectivement offerte aux entreprises ferroviaires, poursuit l’ART. Elle souligne que le gestionnaire d’infrastructure s’est engagé à ramener le taux de non-utilisation à 10% d’ici à 2030 dans le cadre de la mise en place du mécanisme incitatif à la restitution des capacités-travaux non utilisées qu’elle lui avait enjoint d’instaurer dans une décision de règlement de différend.

 

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