Transport scolaire : fatigue, cars à vide... ce que révèle une étude inédite sur les trajets de 700.000 élèves

Présentée le 27 janvier 2026 lors du 20e séminaire national de l'Anateep, une étude menée avec Matawan, fondée sur le suivi quotidien de 717.000 élèves, met en évidence des enjeux de fatigue, de ponctualité et de performance opérationnelle. Oui la durée moyenne des trajets reste contenue à moins de 45 minutes. Mais l'amplitude des journées scolaires, la désaffection de fin d'année et les "courses à vide" interpellent et ouvrent des pistes d'optimisation pour les autorités organisatrices.

Présenté parfois à tort comme le "parent pauvre" des politiques de mobilité, le transport scolaire n'échappe plus à l'analyse du numérique et de l'intelligence artificielle. C'est tout l'enjeu du 20e séminaire national de l'Association nationale pour les transports éducatifs de l'enseignement public (Anateep), organisé le 27 janvier 2026 à Bercy, au cours duquel a été dévoilée une étude inédite, réalisée avec l'éditeur de solutions de billettique et de data Matawan. Inédite car fondée sur l'analyse de 17.504 circuits, 6,2 millions de trajets et le suivi quotidien de 717.000 élèves

"Le transport scolaire ne restera pas à l'écart de la dynamique du numérique et de l'IA", a souligné en ouverture la présidente de l'Anateep, la sénatrice Florence Blatrix-Contat. Tout en mettant en garde contre les dérives possibles : "Peu ou mal encadrés, les développements de l'IA peuvent conduire à de graves dysfonctionnements, notamment en matière de gestion stratégique des données ou de cybersécurité". 

Fondée sur l'exploitation de données anonymisées issues de l'année scolaire 2024-2025, l'étude couvre 47% des élèves transportés dans 67 réseaux, qu'ils relèvent de régions ou d'intercommunalités. Objectif : objectiver, par la donnée, l'expérience réelle des élèves et la performance effective des services.

Des trajets sous le seuil symbolique des 45 minutes par trajet mais…

Premier enseignement : contrairement à une idée répandue, les durées moyennes de transport restent sous le seuil symbolique des 45 minutes par trajet. Elles s'établissent à  : 
- 25 minutes par jour pour les primaires
- 28 à 32 minutes pour les collégiens 
- 39 à 41 minutes pour les lycéens, selon le type de territoire. 
Mais ces moyennes masquent de fortes disparités, avec des durées maximales pouvant atteindre 73 minutes quotidiennes pour certains lycéens.

Surtout, l'étude met en lumière l'ampleur des journées vécues par les élèves transportés. L'amplitude moyenne – du départ du car le matin à son retour le soir – atteint 8h15 à 8h45 pour les collégiens et jusqu'à 9h55 pour les lycéens, sans inclure les temps de marche ni d'attente aux arrêts. Des amplitudes qui "deviennent un facteur de fatigue dès le primaire", alertent les auteurs.

Ces constats font éco aux rapports Duran (2016) et Azéma-Mathiot (2019), qui dénonçaient la "pauvreté statistique" du transport scolaire et appelaient à un diagnostic "objectif et partagé", en particulier dans les territoires ruraux et de montagne.

Désertion des cars au mois de juin 

Au-delà de la fatigue, l'étude révèle une désaffection progressive des services, particulièrement marquée en fin d'année scolaire. Chez les lycéens, le taux d'usage effectif des transports tombe à moins de 10% en juin, générant un volume important de "courses à vide" et un surdimensionnement coûteux de l'offre.

Une réalité bien connue des collectivités. Sébastien Forthin, directeur des transports et des mobilités de la communauté d'agglomération du Niortais pointe la complexité croissante des usages : "chaque lycée a des options différentes, les parents qui le peuvent emmènent leurs enfants et on a régulièrement des conflits entre les autocars et les voitures devant les lycées".  Dans ce contexte, les intervenants voient dans l'IA prédictive un levier pour mieux anticiper absences, périodes d'examen ou stages, et ajuster l'offre au plus près des besoins. 

Sous-utilisation chronique de l'offre

Autre enseignement de l'étude : la sous-utilisation chronique de l'offre, révélée par l'analyse fine des usages réels. Entre inscriptions théoriques et validations effectives, l'écart se creuse au fil de l'année scolaire, tous niveaux confondus. En moyenne, le taux d'occupation des cars chute progressivement, passant d'un pic d'environ 32% à l'automne à 20% en fin d'année, sans différence significative entre zones rurales et urbaines. À cela s'ajoute la part élevée de "courses à vide" et de "cartes de confort", ces abonnements peu ou pas utilisés, – qui concernent entre 5% et 28% des inscrits – selon les périodes et les territoires. Pour l'Anateep, ces résultats plaident pour un pilotage plus fin, fondé sur la donnée, mais aussi pour une réflexion sur les modalités de gratuité et de responsabilisation des usagers, afin d'éviter un surdimensionnement coûteux des réseaux sans amélioration réelle du service rendu.

Convergence entre territoires urbains et ruraux

L'étude met enfin en évidence une convergence désormais très nette entre territoires urbains et ruraux, là où les politiques publiques ont longtemps opposé agglomérations et zones peu denses. Distances, durées de trajet, amplitudes journalières : sur la plupart des indicateurs, les écarts entre réseaux gérés par les régions et ceux relevant des intercommunalités se sont considérablement réduits. En cause, la dilatation progressive des périmètres urbains et le caractère de plus en plus rural de nombreuses communautés d'agglomération. 
Résultat : un collégien relevant d'une AOM intercommunale parcourt en moyenne 14 km par jour, contre 19 km dans les réseaux régionaux, tandis que les amplitudes quotidiennes atteignent 8h32 en intercommunalité et 8h45 en zone régionale. Une homogénéisation qui, selon les auteurs, invite à dépasser les clivages institutionnels pour penser le transport scolaire comme un enjeu national de qualité de vie et d'égalité territoriale.

Pour Florence Blatrix-Contat le numérique dans le transport scolaire "ne va jamais remplacer l'humain" mais peut devenir "un outil précieux de pilotage, de visibilité et d'évaluation", au service d'une meilleure conciliation entre qualité de service et maîtrise des coûts.

 

Pour aller plus loin

Voir aussi

Abonnez-vous à Localtis !

Recevez le détail de notre édition quotidienne ou notre synthèse hebdomadaire sur l’actualité des politiques publiques. Merci de confirmer votre abonnement dans le mail que vous recevrez suite à votre inscription.

Découvrir Localtis