"Très peu de maires connaissent leurs industries et vice-versa", constate le Groupe des industries métallurgiques
Pour favoriser les échanges entre maires et industriels d'Île-de-France, le Groupe des industries métallurgiques (GIM), qui représente quelque 1.700 entreprises de la région, a publié un guide à l'occasion du salon de l'Association des maires d'Île-de-France (Amif), qui s'est tenu les 2 et 3 juin. Parmi les obstacles que rencontrent les industriels : l'accès au foncier, qui est de moins en moins disponible.
© GIM et Adobe stock
En Île-de-France, une entreprise industrielle sur deux n'a aucun contact avec son maire. Des visites officielles avec le maire ont été organisées dans 16% des sites seulement. Et seuls 6% des dirigeants ont un contact régulier avec leur équipe municipale. Ce sont les résultats d’un sondage mené au lendemain des élections municipales auprès d’une centaine d’industriels par le Groupe des industries métallurgiques (GIM), la composante de l'Union des industries et métiers de la métallurgie (UIIMM) en Île-de-France. "Très peu de maires connaissent leurs industries et vice-versa", déplore Olivier Brière, vice-président du GIM. L’organisation, qui représente 1.700 entreprises et leurs 270.000 salariés dans la région, a profité du salon de l'Association des maires d'Île-de-France, qui s'est tenu les 2 et 3 juin, pour prodiguer quelques conseils aux élus afin d'améliorer ces relations, dans un document intiulé "Maires d’Île-de-France, l’industrie a besoin de vous et vous avez besoin de l’industrie !" D’autant que 65% des dirigeants identifient au moins un point majeur de la politique municipale ou intercommunale à améliorer pour favoriser leur développement.
Impossible de s'agrandir
Sans surprise, le foncier est un des sujets majeurs. Comme vient d’ailleurs de le mettre en évidence le 3e baromètre du foncier économique publié le 27 mai par Intercommunalités de France, le Cerema et la Banque des Territoires (lire notre article du 27 mai 2026). Il en ressort que huit intercommunalités sur dix refusent des projets d’implantations, faute de foncier disponible. Ce que confirme l’enquête du GIM : 29% des sondés estiment en effet qu'il est impossible de s'agrandir, que le foncier pèse sur leur activité ou que l'avenir de leur site est incertain. "Beaucoup de maires n'ont pas pérennisé dans leur plan local d'urbanisme des emprises industrielles, explique Olivier Brière, donc cela change vite de nature". Le baromètre du foncier économique a ainsi révélé que l'équivalent de 17 terrains de football de foncier économique avaient changé d'affectation en moyenne par intercommunalité sur ces cinq dernières années, soit plus de 12 hectares par territoire.
Pourtant, souligne le GIM, "le foncier existe", "des friches industrielles sont disponibles". Mais ce qui manque, "c’est leur modernisation (raccordement électrique, connectivité numérique) et leur attribution aux activités productives". Les entreprises attendent "de la place pour s’agrandir, de l’aide pour rénover, et des sites raccordés". Le GIM invite les maires à "sortir définitivement de la logique du tout-logement, tout-industrie, tout-commercial" et à inclure les industries dans les zones urbaines, assurant que l’industrie a changé. "Aujourd'hui, l'industrie c'est plus une cheminée qui fume, insiste Olivier Brière, on est à l'aire de la décarbonation, l'industrie se fait bien plus discrète".
Toutefois, le guide met en avant la valeur très élevée du foncier, "parfois supérieure à celle de l'activité économique de l'entreprise", ce qui représente un véritable obstacle à l'installation mais aussi à la transmission, la relance ou la reprise d'entreprises qui doivent rester sur le territoire. Le GIM appelle les collectivités à être plus volontaristes dans ce domaine, en facilitant notamment la dissociation entre immobilier et activité d'entreprise. "Nous souhaitons persuader les maires de pérenniser ces industries et leur faire prendre conscience de la richesse que cela représente, en termes de main d'œuvre bien rémunérée", souligne Olivier Brière.
Des actions simples
Le sondage fait apparaître d’autres difficultés, telles que les transports publics. 29% des industriels franciliens relèvent que les horaires ne sont pas adaptés aux équipes et que des territoires sont mal desservis. Autres problèmes : la sécurité et l'ordre public (21%) et la gestion des déchets (19%).
Face à ces enjeux, le GIM propose quelques actions simples pour que maires et industriels puissent davantage accorder leurs violons : se rencontrer sur site au moins une fois par an, pour "fluidifier les contacts et anticiper les projets", organiser des rencontres municipales de l'industrie pour rassembler tous les acteurs du développement économique et social... "Il s'agit d'inciter les maires à prendre contact avec leur tissu industriel, car ils ne sont parfois pas conscients des enjeux de l'industrie sur leur territoire alors que la région Île-de-France est la première région industrielle de France", souligne Olivier Brière.
Enfin, le GIM appelle les maires et industriels d'Île-de-France à se mobiliser pour "réduire l'étreinte de l'Etat" et à proposer des solutions claires en matière d'urbanisme, de normes, de foncier. "Il y a aussi la question du logement des salariés de ces industries, précise encore Olivier Brière, car on ne peut pas leur demander d'habiter à une heure et demie de route de leur entreprise. Les maires comprennent la logique, mais ils font aussi leur calcul. A court terme, l'attractivité d'une zone commerciale est plus profitable, mais à long terme, je pense que l'industrie est bien plus intéressante. Après, on n'est pas dans la tête des élus !"