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Les acteurs de la formation pointent les failles de la réforme

L’Université d’hiver de la formation professionnelle qui s’est tenue du 29 au 31 janvier à Biarritz a été l’occasion de dresser un bilan de la transformation du secteur. Alors que le haut-commissaire aux compétences Jean-Marie Marx a prévenu que plusieurs défis, et non des moindres, restaient à relever en 2020, les professionnels ont souligné les faiblesses financières du nouveau dispositif.

Plus d’un an et demi après le "big bang" issu de la loi "Avenir professionnel" du 5 septembre 2018, qui remanie profondément le pilotage, la gouvernance et le financement de la formation professionnelle en France, place désormais à l’action. Maintenant que la quasi totalité des textes réglementaires a été publiée, tous les acteurs du secteur doivent faire leurs preuves dans ce nouvel environnement.

Réunis du 29 au 31 janvier à Biarritz à l’occasion de la 17e Université d’hiver de la formation professionnelle, organismes de formation, collectivités territoriales, opérateurs de compétences – se sont ainsi vu rappeler les ambitions de la réforme par le haut-commissaire aux compétences et à l’inclusion dans l’emploi, Jean-Marie Marx. Il s’agit de "refonder le modèle d’acquisition des compétences" en France et permettre à tous les actifs, y compris les plus éloignés de l’emploi, d’accéder de manière plus "simple", "rapide" et "juste" à la formation, a-t-il déclaré en ouverture de l’événement.

Revenant sur les grands objectifs de la réforme - former un million de demandeurs d’emploi et un autre million de jeunes d’ici 2022, étendre l’accès des actifs à la formation professionnelle via le compte personnel de formation et booster l’apprentissage – le haut-commissaire a dressé un bilan à mi-parcours. Il a fait valoir que le nombre de jeunes et de demandeurs d’emploi en formation avait progressé depuis 2018, tout comme le volume de formations aux savoirs de base et de formations certifiantes. "Les changements sont majeurs, il faudra les consolider et les amplifier", déclare l’ex-directeur général de l’Apec.

L’abondement du CPF, priorité n°1

Le plus dur reste encore à faire. Directrice éducation formation du Medef, Florence Gelot a ainsi rappelé l’étendue du "retard à rattraper" en France en matière d’accès à la formation. Or selon elle, il existe un risque de "désengagement qu’on ne sait pas très bien évaluer" de la part des petites et moyennes entreprises. Avec la réforme, les plans de formation des entreprises de plus de 50 salariés ne sont plus financés par les opérateurs de compétences. Leurs contributions sont en effet réservées aux entreprises de moins de 50 salariés et également fléchées, via France compétences, à la formation des demandeurs d’emploi.

La directrice de l’Association nationale des DRH, Laurence Breton-Kueny, a également relativisé le succès du compte personnel de formation en termes de téléchargements, suite au lancement de la nouvelle application en novembre 2019. "800.000 téléchargements, c’est peu par rapport au nombre de salariés", a-t-elle averti, soulignant ici le rôle majeur qu’auront à jouer les entreprises en matière de co-financement pour augmenter l’utilisation du CPF. "Tant qu’on n’a pas la possibilité d’abondement (au compte personnel de formation), il reste encore un certain nombre de questions en suspens", a-t-elle souligné.

"La priorité n°1 c’est l’alimentation de chaque compte" et "la logique de construction des abondements", a confirmé Stéphane Rémy, sous-directeur des Politiques de formation et du contrôle à la DGEFP. Dès avril, les abondements venant de Pôle emploi devraient être opérationnels, a confirmé Jean-Marie Marx.

Inquiétudes financières

L’autre motif d’inquiétude est celui de la soutenabilité financière du nouveau système. Le 18 novembre dernier, les ministres du Travail Muriel Pénicaud et du budget Gérald Darmanin ont missionné l’Igas (Inspection générale des affaires sociales) et l’IGF (Inspection générale des finances) pour évaluer "au-delà de 2020, la soutenabilité financière du système de l’alternance et de la formation professionnelle en établissant une prévision pluriannuelle des ressources et des dépenses", selon la lettre dévoilée par le quotidien Les Echos et l’agence AEF info. D’ici la fin février, leurs "recommandations permettant d’assurer un financement soutenable" devraient être connues.

L’enjeu est d’autant plus important vu les objectifs fixés par le gouvernement s’agissant des publics éloignés de l’emploi. Pour les inciter à se former et afin d’éviter toute rupture en cours de formation, ils doivent être soutenus financièrement et voir leurs dépenses périphériques (transport, garde d’enfant…) couvertes. Or pour l’heure, des freins financiers subsistent, a reconnu Jean-Marie Marx, étant donné "la multitude des statuts qui existent en matière de formation professionnelle" et des différents niveaux de prise en charge qui en résultent.

Des opérateurs et des organismes appelés à s’adapter

Jean-Marie Marx a également rappelé ses exigences sur le contenu et la qualité des formations, citant une nouvelle fois la dimension d’innovation attendue à travers la réforme. "L’innovation est un moyen de répondre à l’objectif premier du gouvernement qui est l’insertion dans l’emploi d’un maximum de jeunes et de demandeurs d’emploi", rappelle à Localtis René Bagorski, président de l’Afref (Association française de réflexion et d’échange sur la formation). Car dans le passé, cette finalité "n’était pas forcément la préoccupation première" des politiques publiques. 

Une évolution qui "demande à chacun des acteurs de sortir de son monde d’habitudes pour pouvoir aller vers une vraie réponse aux besoins", poursuit-il. La mise en place du PIC (plan d’investissement dans les compétences) vise en effet à ce que les formations commandées par les opérateurs soient "adaptées au marché et tiennent compte des compétences des personnes", ce qui n’était pas toujours le cas auparavant.

Un objectif "pas si simple" à atteindre, convient l’expert, qui a été le co-auteur (avec Jean-Marie Marx) d’un rapport de préfiguration des actuels opérateurs de compétences. Et ce d’autant plus que les régions viennent à peine de rentrer dans le jeu, avec la signature des pactes régionaux d’investissements dans les compétences. Or leur rôle est aussi essentiel pour s’assurer au niveau local que les formations des demandeurs d’emploi correspondent aux besoins des entreprises, aux côtés de Pôle emploi, selon René Bagorski.

 

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