Un mois de février "historique" et "anormalement" chaud et pluvieux, selon Météo France
Des pluies en abondance et une chaleur "anormale" : l'hiver 2025-2026 apparaît à plusieurs égards inédit en France sur le plan météorologique, avec notamment un mois de février "historique" marqué par un record de pluie, des crues exceptionnelles et une douceur quasiment sans précédent.
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"Avec des cumuls équivalents à deux fois la normale, février 2026 devient le mois de février le plus pluvieux jamais enregistré depuis le début des données en 1959, devant février 1970", a annoncé ce 3 mars Météo France dans son bilan climatique de l'hiver 2025-2026. "À l’échelle de la saison, l’excédent pluviométrique sur le pays atteint 35%" et l’hiver 2025-2026 se classe au huitième rang des hivers les plus pluvieux, ajoute le prévisionniste national.
La moitié ouest et le sud fortement arrosés
Il a beaucoup et souvent plu de la Bretagne à la façade ouest jusqu’en Méditerranée – Météo France a relevé plus de deux jours sur trois de pluie en Bretagne et plus d’un jour sur deux sur l’ouest du pays et le Massif central. L'excédent de précipitations est compris entre +20 et +70 % sur la moitié ouest et le sud du pays. La pluviométrie en Occitanie comme en Corse atteint en moyenne deux fois la normale. Certaines villes n’avaient jamais connu autant de pluie au cours de l’hiver : 798 mm à Quimper ; 737 mm à Durban-Corbières (Aude) ; 526 mm à Montpellier ; 463 mm à Millau (Aveyron) ; 465 mm à Mende (Lozère) ; 404 mm à Arles ; 312 mm à Albi.
En revanche, les régions de la Normandie aux Hauts-de-France, à l’Île-de-France et à la Bourgogne-Franche-Comté ont bénéficié d’une pluviométrie proche des normales. Seule la région Grand Est, plus épargnée par les passages perturbés, accuse un déficit de plus de 15% sur la saison.
Des pluies exceptionnelles mais pas inédites
Les pluies de ce début d'année 2026, liées à "un défilé de perturbations et tempêtes", dont Goretti en janvier suivie par Nils et Pedro en février, ont été "exceptionnelles, voire localement historiques" mais ne sont pas pour autant inédites, souligne Météo France. Elles sont comparables aux débuts d'années 1995, 2014 ou 2016, marqués par des épisodes de crues d'ampleur et d'inondations, notamment sur l'ouest du pays, indique l'organisme qui rappelle que les précipitations fluctuent beaucoup d'une année sur l'autre.
"La succession de tempêtes", telle que celle qu'on a connue cette année, "ne peut pas a priori être attribuée au changement climatique", même si des études sont encore en cours à ce sujet, a indiqué Christine Berne, climatologue chez Météo France, lors de la présentation du bilan. "Si on regarde notre historique des hivers depuis le début de nos mesures (...), on n'observe pas de tendance à l'augmentation des précipitations sur le pays ou de façon très, très faible" depuis les années 50, mais pour le futur, les modèles climatiques prévoient une "tendance à l'intensification des précipitations, mais pas à la fréquence des épisodes pluvieux", a précisé la scientifique.
Selon la trajectoire de référence pour l'adaptation au changement climatique (Tracc), qui prévoit un réchauffement de l'Hexagone de 4°C en 2100 par rapport à la période préindustrielle, "on peut s'attendre à des précipitations augmentant de l'ordre de 15% en moyenne à l'échelle de la France en saison hivernale", rappelle Météo France.
Un enneigement très abondant
Après un début de saison tardif dans l’ensemble des massifs, l’enneigement a, lui, atteint des niveaux proches de la normale dès la mi-janvier sur les Pyrénées, plus tardivement sur les Alpes notamment dans la partie nord. Avec la séquence perturbée de fin janvier et février, il est devenu excédentaire sur l’ensemble des massifs et a même été exceptionnel par endroits, notamment sur l’est des Pyrénées, en Ariège ou dans les Pyrénées-Orientales (massifs Orlu-Saint-Barthélémy, Capcir-Puymorens, Cerdagne-Canigou). Dans certains secteurs des Alpes et des Pyrénées, plus de 3 mètres de neige ont été parfois relevés au-dessus de 2.000 mètres.
En lien avec les intempéries (chutes de neige abondantes, vent fort, redoux brutal), le risque avalanches a été important pendant plusieurs jours. Certaines avalanches ont été d’ampleur exceptionnelle et ont atteint des secteurs très bas en altitude. Le 12 février, pour la troisième fois depuis la naissance du dispositif, il y a 25 ans, l'alerte Vigilance rouge avalanches a même été activée pour la Savoie. Les précédentes avaient été émises les 8 et 9 janvier 2018 dans les Alpes (Haute-Maurienne) et les 15 et 16 janvier 2013 dans les Pyrénées.
En Corse, le manteau neigeux a atteint au cours de l’hiver un niveau excédentaire, voire très excédentaire. Si le massif du Jura ou les versants ouest du Massif central ont bénéficié d’un enneigement proche de la normale, l’enneigement dans les Vosges est resté en revanche fortement déficitaire.
Grande douceur des températures
L'hiver météorologique (de décembre à fin février) figure en outre au quatrième rang des hivers les plus doux depuis 1900, derrière les hivers 2019-2020, 2015-2016, 2023-2024, avec une anomalie thermique de +1,7°C. "La France connaît une série d'hivers consécutifs anormalement chauds depuis 2019", rappelle Météo France. Pour cet hiver, décembre a été très doux (+1,5°C), janvier proche de la normale (+0,3°C) avec la seule séquence véritablement hivernale en début de mois, et février "très anormalement chaud". Le mois dernier, "il n'y a eu aucun jour sous la normale. Le mois s'est même achevé dans une extrême douceur, avec plus de 20°C sur une large portion du territoire et plus de 25°C dans le Sud-Ouest", note Météo-France.
Sur l’ensemble des régions, après un automne proche des normales, l’hiver 2026 est marqué par des températures élevées pour la saison, à l’exception de la période du 24 décembre au 7 janvier. Les températures moyennes affichent 1,7 à 2,1 °C au-dessus des normales sur une large moitié nord, à l’exception de la Bretagne. En Occitanie, Provence-Alpes-Côte d’Azur et en Corse, l’anomalie a été un peu moins marquée (+1,5°C) mais les températures maximales ont été particulièrement élevées pour la saison du Centre-Val de Loire à l’Île-de-France.
En fin d’hiver, plusieurs villes ont connu des températures printanières précoces le 25 février comme Paris avec 20.4°C, Cherbourg (Manche) avec 21.2°C ou Châteauroux (Indre) avec 24 °C.
Après un mois de décembre plus ensoleillé que la normale (+10%), un mois de janvier proche de la normale, février affiche un net déficit d’ensoleillement (environ -20%) malgré le retour du soleil en fin de mois. Le mois dernier, l’ensoleillement a été déficitaire sur la quasi-totalité de l’Hexagone et la Corse. En moyenne sur l’hiver, l’ensoleillement est déficitaire d’environ 5 %.
Des records pour le dispositif Vigilance crues
Pour les crues, l'Hexagone a connu cet hiver 18 jours en vigilance rouge, un "record absolu" depuis la création du dispositif Vigilance crues en 2006. Au total, le pays aura vécu 49 jours en vigilance crues de niveau orange ou rouge sur l'hiver, "soit plus de deux fois la moyenne historique des 20 années d'existence du service de la Vigilance aux crues".
Dans le détail, l'hiver 2025-2026 a été marqué par un épisode méditerranéen remarquable par son étendue géographique et sa durée à Noël. Du 18 au 27 décembre, c'est tout l'arc méditerranéen qui a été touché par des précipitations abondantes et continues, amenant à placer 9 rivières en vigilance orange sur 18 départements, et une vigilance rouge sur l'aval du fleuve Hérault pour le secteur d'Agde. Puis à partir de janvier, des épisodes de crues consécutifs aux pluies durables sur le pays se sont succédé. Ainsi, la Bretagne a été placée en vigilance crues pendant 40 jours depuis le 1er janvier.
Ces conditions météo ont été aggravées par le passage de dépressions et des épisodes de fortes marées qui ont engendré des débordements dommageables dans les estuaires des rivières de la façade atlantique. Cet enchaînement de crues a culminé du 13 au 20 février avec le passage des tempêtes Nils et Pedro : jusqu'à 174 tronçons (83 départements) ont été placés en vigilance, soit plus de la moitié des rivières surveillées par Vigicrues, et des vigilances rouges ont été déclenchées pour la Garonne de Tonneins à Cadillac, la Charente autour de Saintes, la Loire de Saumur à Montjean et les basses vallées angevines (Sarthe, Mayenne, Loir et Maine) autour d'Angers.
"Ces épisodes de crues sont remarquables par leur étendue géographique et leur persistance dans le temps", souligne Lucie Chadourne-Facon, directrice du service central Vigicrues. Les niveaux atteints, s'ils ne constituent pas les plus hautes eaux répertoriées, correspondent toutefois à des crues historiques (sur la Garonne aval, crue proche de 1981, sur la Maine à Angers, crue comparable à celle de 1982, sur la Charente à Saintes, crue proche de celle de 1994).
Malgré les débordements de cours d'eau et les inondations majeures de cet hiver, Météo France n'écarte pas le risque de sécheresse à l'été qui "dépendra de la pluviométrie et des températures printanières et estivales", souligne l'organisme.