Une panne sur le serveur Hélios paralyse les flux comptables des collectivités
Jeudi 5 février 2026, les serveurs de l'application Hélios, qui gère les flux comptables entre les collectivités et l'Etat, sont tombés en panne. Si la cyberattaque a été exclue, la paralysie du service a provoqué un embouteillage qui peine à se résorber. Le député Jacques Oberti a demandé la création d'une mission flash pour faire toute la lumière sur cet épisode.
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Depuis quelques jours, de nombreuses collectivités alertent leurs usagers, fournisseurs et prestataires de leur incapacité à procéder à un règlement de facture ou de prestation sociale. En cause, une panne intervenue sur l'application Hélios, qui gère les flux comptables entre les ordonnateurs (collectivités, établissements publics et hospitaliers) et la direction générale des finances publiques (DGFiP). "Un incident exceptionnel de nature technique", lié "à une défaillance matérielle sur une baie de stockage" a confirmé le 13 février 2026 la DGFiP, écartant les hypothèses d'un bug logiciel ou d'une cyberattaque. La moitié des postes comptables est touchée, le reste fonctionnant en mode dégradé.
La DGFiP rassurante sur la paie des agents
Hélios utilise deux centres informatiques : Versailles, qui dessert les trois quarts des postes comptables, et Metz, qui couvre le quart restant. C'est ce dernier qui a été le plus touché, avec un arrêt total de l'application pour les services de gestion comptable qui en dépendent. "Dès le début le 5 février, les équipes informatiques de la DGFiP et l'assistance technique du prestataire de la baie de stockage sont intervenues pour faire en sorte que cette anomalie soit réparée", assure la DGFiP. "Selon notre plan de reprise", ajoute la direction "la paie des agents territoriaux et hospitaliers devrait être assurée dans les conditions habituelles, d'ici la fin du mois".
PayFIP également touchée
La plateforme de paiement de la DGFiP PayFiP (paiement d'amendes, taxes ou frais de cantine) utilisée par de nombreuses collectivités connaît également des dysfonctionnements. Sur la page d'accueil, les usagers sont invités à renouveler leur demande à partir du 23 février. Les collectivités se trouvent par ailleurs privées de compte financier unique – le CFU qui remplace le compte administratif et le compte de gestion - alors qu'elles doivent le fournir habituellement en février, pour clôturer leur exercice comptable.
Défaut de redondance des serveurs
Le syndicat Solidaires Finances Publiques, premier à révéler l'affaire, dénonce une communication "tardive et insuffisante". Sa secrétaire générale Sandra Demarcq a souligné le caractère "historique" de l'événement, affirmant qu'une panne de cette ampleur n'avait "jamais eu lieu au sein de l'administration".
L'organisation syndicale déplore l'absence de serveur de secours (redondance), réclamé de longue date par les agents informaticiens. Sylvain Carpentier, de la CGT Finances publiques, abonde dans ce sens en dénonçant une "hypercentralisation" des serveurs, sans capacité de délestage en cas de panne. La centrale rappelle qu'un rapport de l'Inspection générale des finances de septembre 2022 estimait que la "dette informatique restait un point de vulnérabilité de la DGFiP". Les syndicats exigent que les agents ne subissent aucune conséquence liée au retard accumulé.
Une mission flash pour faire la lumière
L'affaire promet d'avoir des suites politiques. Le député Jacques Oberti (PS - Haute-Garonne) a saisi les ministres compétents. Dans un communiqué de presse daté du 16 février, il estime que cet épisode "révèle une fragilité structurelle des systèmes informatiques de l'État, aggravée par des années de sous-investissement et de suppressions d'emplois". Le parlementaire réclame la mise en place d'une mission flash parlementaire afin d'"évaluer rapidement les conséquences de la panne, d’identifier les responsabilités et de formuler des recommandations opérationnelles" pour sécuriser les systèmes informatiques de la DGFiP et garantir la continuité du service public.