Uniforme à l'école : mention passable et avenir incertain
Une première évaluation du port d'une tenue vestimentaire commune à l'école montre des résultats globalement mitigés. La poursuite du dispositif est suspendue à une évaluation plus large... et posera la question de son financement.
© Capture vidéo Assemblée nationale/ Édouard Geffray et Pierre Cazeneuve
Des effets limités, c'est ce qu'a produit l'expérimentation du port d'une tenue vestimentaire commune par les élèves durant l'année scolaire 2024-2025, selon une évaluation de la direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance (Depp) du ministère de l'Éducation nationale publiée le 12 mai.
Annoncée fin 2023 par Gabriel Attal, alors ministre de l'Éducation nationale, cette expérimentation, qui visait à améliorer le climat scolaire, s'est déployée dans 97 écoles, 14 collèges et 4 lycées volontaires, le plus souvent situés en réseau d'éducation prioritaire et connaissant des difficultés scolaires.
Une impulsion venue des élus locaux
Pour le premier degré, on note d'abord que l'impulsion donnée à l'expérimentation a relevé "dans une grande mesure" des élus locaux. Par ailleurs, parmi tous les corps de la communauté scolaire, seuls les enseignants étaient majoritairement défavorables (54%) à l'expérimentation. En outre, huit directeurs d'école sur dix ont contribué au choix de la tenue en lien avec leur collectivité.
Quant à l'évaluation proprement dite, elle révèle pour le premier degré que 75% des directeurs voient dans l'uniforme une évolution positive du sentiment d'appartenance envers l'école. Les autres critères étudiés ne font en revanche état d'aucune évolution notable majoritaire. 43% des directeurs indiquent toutefois une évolution positive en ce qui concerne la cohésion entre les élèves, 36% en ce qui concerne le climat scolaire et 33% en ce qui concerne la collaboration entre les élèves. Enfin, rares sont les directeurs d'école à rapporter des impacts négatifs de l'expérimentation. In fine, 60% d'entre eux ont une perception favorable de l'expérimentation à la fin de l'année scolaire 2024-2025 et sept sur dix se disent favorables à sa poursuite, même si 44% estiment que le coût du trousseau pour les familles constitue, dans une grande mesure, un frein à sa mise en œuvre.
Évolution positive du climat scolaire
La situation est quelque peu différente dans le second degré. On y remarque d'abord que 13 chefs d'établissement concernés sur 16 considèrent qu'ils ont contribué dans une grande mesure, et devant les élus, à impulser la participation à l'expérimentation. Une majorité considèrent également que les enseignants y étaient favorables.
Quant aux effets ressentis par les chefs d'établissements du second degré, ils sont également plus nets qu'à l'école primaire. 13 sur 16 rapportent une évolution plutôt, voire très positive, du sentiment d'appartenance envers l'établissement, 11 sur 16 remarquent la même évolution positive autour du climat scolaire ou de l'ambiance dans la cour de récréation, et 10 sur 16 en ce qui concerne la cohésion entre les élèves, le lien école-famille, les problématiques de harcèlement ou la confiance en soi des élèves. En conclusion, 13 sur 16 se disent favorables à la poursuite de l'expérimentation.
En conclusion, la Depp note que "les effets des expérimentations restent limités sur le comportement des élèves et les apprentissages", que "la tenue commune ne permet pas de transformer les relations sociales entre élèves qui reposent sur d'autres logiques que la seule différenciation vestimentaire", mais également que "la gestion matérielle (commande, distribution, ajustements, réassorts) a constitué un défi majeur" et que "dans le second degré, la faible adhésion des élèves peut s'avérer sources de tensions et de dégradation du climat scolaire", notamment en raison du refus de certains élèves de porte l'uniforme.
Stop ou encore ?
Sitôt cette évaluation publiée, la question de l'avenir de l'expérimentation de l'uniforme à l'école a rebondi à l'Assemblée nationale. Interpelé le 12 mai par le député Pierre Cazeneuve qui lui demandait si les communes souhaitant poursuivre l'expérimentation de l'uniforme l'année prochaine pourraient le faire et si l'État leur apporterait un soutien financier, le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, s'est montré évasif.
Après avoir jugé que les premières analyses montraient des résultats "en réalité assez inégaux selon les établissements", que "globalement, ça renforce le sentiment d'appartenance" et qu'"on observe à certains endroits une amélioration du climat scolaire", le ministre a renvoyé à une prochaine étude portant sur les résultats de la deuxième année d'expérimentation, en fonction desquels "on travaillera au niveau académique avec les collectivités locales pour voir si on poursuit le dispositif".
À la rentrée scolaire 2024-2025, une enveloppe de 1,6 million d'euros avait été allouée aux académies pour la mise en œuvre de cette expérimentation, correspondant à un cofinancement de l'État à hauteur de 50%, le reste demeurant à la charge des collectivités. Pour 2025-2026, aucun crédit n'avait été prévu en loi de finances et le ministère s'était engagé "à procéder à un redéploiement de crédits sur le budget 2025 afin de financer la poursuite de l'expérimentation". Si une généralisation devait intervenir, à raison de 200 euros par trousseau, l'équipement des quelque douze millions d'élèves français reviendrait à 2,4 milliards d'euros.