Archives

"Vacances apprenantes" : le gouvernement sollicite les collectivités

"Faire de cet été, avec les collectivités et les associations, une période de découverte, apprenant et solidaire pour tous les enfants que la crise aura pu fragiliser." Tel est l’objectif de l’opération "Vacances apprenantes" présentée samedi 6 juin 2020 par Jean-Michel Blanquer, Julien Denormandie et Gabriel Attal. Ce plan, doté de 200 millions d’euros, doit toucher "un million d’enfants"

"Lutter contre les retards qui ont pu s’accumuler pendant la période de confinement et les risques de décrochage" et permettre "aux enfants de vivre des moments enrichissants pendant leur été". Tels sont les deux objectifs poursuivis par le plan "Vacances apprenantes", présenté un samedi matin, le 6 juin par Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, et Gabriel Attal, secrétaire d'État en charge de la jeunesse.
Ce plan est doté de 200 millions d’euros et doit concerner "un million d’enfants". Le dossier de presse du ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (MENJ) précise que le dispositif "Vacances apprenantes" étend certains programmes existants, comme celui de l'"école ouverte", et en déploie de nouveaux : "école ouverte buissonnière", "colonies apprenantes", "accueils de loisirs apprenants"...

Étendre "l’école ouverte" à 400.000 élèves

Le MENJ table sur l’ouverture de 2.500 établissements scolaires - et "notamment" des lycées professionnels, où le taux de décrochage est plus élevé. Du renforcement scolaire sera proposé aux élèves le matin et des activités culturelles ou sportives l’après-midi. Le dispositif "école ouverte" avait concerné 86.000 élèves en 2015. Il vise 400.000 élèves dans le cadre des vacances apprenantes. Pour ces "écoles ouvertes", auparavant limitées aux quartiers prioritaires de la ville, "il nous faudra 25.000" enseignants, "soit cinq fois plus qu'aujourd'hui", estime Jean-Michel Blanquer. Il sera mis en place sur la base du volontariat des communes et des enseignants pendant la première quinzaine de juillet et la dernière quinzaine d’août. L’annonce n’a pas manqué de faire réagir les professeurs sur les réseaux sociaux. 

"École ouverte buissonnière"

D'aucuns s’étonnent du fait que le soutien scolaire pourrait être obligatoire pour certains élèves pendant l’été, alors que la reprise des cours en présentiel était sur la base du volontariat pendant l’année scolaire. Ou encore que, d’un côté, "on externalise le sport et la culture de l’école avec les 2S2C" et que, de l’autre, "on scolarise les vacances", commente sur Twitter, Philippe Meirieu, professeur honoraire en sciences de l'éducation. 
Avec le nouveau dispositif de "l'école ouverte buissonnière", il s’agit de permettre à des enfants d'aller dans des écoles ouvertes "à la campagne ou en zone littorale" afin de leur offrir "la découverte de la nature et du patrimoine local", ou de "partir en mini-camps sous tente avec son école ouverte".

"Colonies de vacances apprenantes" 

Quant aux "colonies de vacances apprenantes", mises en place avec les collectivités, elles "offriront des activités ludiques et pédagogiques qui permettront aux enfants de renforcer savoirs et compétences dans la perspective de la rentrée prochaine", détaille le MENJ. Une aide financière d’un montant de 400 euros par jeune et par semaine sera apportée par l’État aux collectivités (lire notre encadré ci-dessous). Ces dernières pourront proposer à un total de 250.000 enfants de partir dans ce cadre. Les familles pourront inscrire leurs enfants sur une plateforme en ligne. Ces colonies de vacances, destinées aux 3-17 ans, bénéficieront entre autres aux enfants de personnels "indispensables à la gestion de la crise sanitaire" ou ceux "ayant décroché de l'enseignement à distance faute d'équipement Internet", selon le ministère.

Des "accueils de loisirs apprenants" seront également mis en place. Il s’agira de mettre à disposition gratuitement "et sur demande" début juillet, pour tous les accueils de loisirs, des parcours pédagogiques en ligne du Cned, du CP à la terminale. Pour augmenter les capacités d’accueil ou faciliter l’ouverture de centres de loisirs, une "aide ponctuelle exceptionnelle" de 30 millions d’euros sera proposée aux collectivités territoriales, avec une "attention particulière" pour les territoires et publics les plus fragiles. 

Chèques vacances de 300 euros 

Début mai, en plein confinement, Emmanuel Macron avait appelé à "réinventer" un "été différent" pour les jeunes ne pouvant partir en vacances, notamment ceux "issus de l'immigration" dont les familles ne pourront pas retourner dans leur pays d'origine cet été à cause du coronavirus. Le gouvernement, associé aux conseils régionaux volontaires pour participer, a par ailleurs prévu de distribuer 300 euros de chèques vacances à quelque 250.000 familles aux revenus modestes. Cette aide est destinée aux familles des professions ayant été "en première ou en deuxième ligne" de la crise épidémique, et qui "ont droit à un temps de repos et de retrouvailles familiales", a souligné l'entourage de Gabriel Attal, citant les aide-soignants, les éboueurs ou encore les caissiers de la grande distribution. Le dispositif coûtera 25 millions d'euros à l'État et environ 15 millions aux collectivités locales participantes.

Colonies apprenantes, adultes-relais, bus France services : Julien Denormandie détaille le dispositif estival dédié aux quartiers

Ces "vacances apprenantes" ont particulièrement vocation à toucher les enfants et jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV), confrontés à une "réalité beaucoup plus dure" sur tous les plans, a insisté Julien Denormandie, ministre de la Ville et du Logement, le lundi 8 juin 2020 lors d'une audioconférence de presse. L'objectif est de leur offrir un "été de découverte, d'apprentissage et de solidarité", notamment à travers le dispositif des "colonies apprenantes" destiné à embarquer 200.000 jeunes des QPV sur la cible totale de 250.000 jeunes. Sur les 110 millions d'euros qui seront inclus au troisième projet de loi de finances rectificatif pour ces "vacances apprenantes", 80 millions émargeront ainsi au budget de la politique de la ville. "L'État prendra en charge en moyenne 80% et parfois jusqu'à 100%" du coût de ces colonies estimé à 500 euros par enfant, a précisé le ministre, pour qui ces financements et dispositifs gouvernementaux doivent "démultiplier les actions que les collectivités avaient déjà entreprises".

Julien Denormandie a par ailleurs annoncé quelques moyens supplémentaires pour l'animation et le lien social dans les quartiers. Lancé pendant la crise sanitaire, le fonds de soutien de 5 millions d'euros aux très petites associations de proximité sera doublé. Alors que 1.000 postes d'adultes-relais avaient été ouverts au recrutement – mais peu avaient été pourvus – également pendant le confinement, le ministère ouvre 1.500 postes supplémentaires, soit un potentiel de 2.500 postes en plus alors que l'on comptait l'année dernière 4.000 adultes-relais. 

Enfin, en attendant le déploiement des maisons France services, le ministère de la Cohésion des territoires va lancer "un appel à manifestation d'intérêt auprès des collectivités pour que 30 'bus France services' puissent être en fonctionnement le plus rapidement possible, et si possible dès cet été", a ajouté le ministre. Parmi les objectifs : faciliter le recours au droit et diffuser des opportunités d'emplois telles que ces postes d'adultes-relais et les emplois francs. Sachant que 3.300 offres d'emplois saisonniers devraient en outre figurer dans la plateforme gouvernementale de mobilisation pour l'emploi, aider des jeunes à y accéder fait également partie de ce plan "quartiers d'été" dont le "mode d'emploi" devrait être tout prochainement diffusé.

Caroline Megglé