Val-d'Oise : Emmanuel Macron dit "stop" au mégacomplexe Europacity

"Daté et dépassé" : Emmanuel Macron a décidé ce 7 novembre d'enterrer Europacity, le mégacomplexe de commerces et de loisirs qui devait être implanté d'ici à 2027 dans le Val-d'Oise au nord de Paris, et qui hérissait les défenseurs de l'environnement comme les petits commerçants. Le chef de l'État a confié une mission à Francis Rol-Tanguy, ancien directeur de l'Atelier parisien d'urbanisme, pour travailler avec les élus à l'élaboration d'un nouveau projet "plus mixte".

"Le président de la République a décidé de ne pas poursuivre le projet Europacity", estimant qu'il "ne correspond plus aux aspirations de nos concitoyens", a indiqué l'Élysée à l'AFP ce 7 novembre. Cette annonce est intervenue alors que s'est tenu jeudi après-midi un troisième Conseil de défense écologique. Lors du premier conseil de ce type en mai dernier, l'exécutif avait annoncé l'abandon du projet minier Montagne d'or en Guyane.
"C'est une grande satisfaction", a réagi auprès de l'AFP Bernard Loup, le président du Collectif pour le triangle de Gonesse (CPTG), opposant historique au projet, et qui s'attendait à une telle décision : "On a compris, vu les prises de positions d'Emmanuel Macron sur le changement climatique, qu'il ne pouvait plus soutenir Europacity." "Depuis l'été, nous avons senti que ce soutien a tiédi à mesure qu'est monté le débat sur l'artificialisation des terres", s'inquiétait de son côté fin octobre dans Les Échos Vianney Mulliez, le président de la filiale immobilière d'Auchan Ceetrus, qui porte Europacity à parts égales avec le groupe chinois Wanda. Le collectif Europasdutout, qui représente 220 commerces et 70 adhérents des différents centres-villes, s'est lui aussi félicité dans un communiqué de l'abandon du projet "qui menaçait de vider nos centres-villes et de détruire 8.000 emplois".
Le mégacomplexe pesant 3,1 milliards d'euros devait s'établir sur ce que le CPTG qualifiait de "terres les plus fertiles d'Île-de-France", le triangle de Gonesse, coincé entre les aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle et du Bourget. Fait rare, les syndicats agricoles s'étaient également unanimement déclarés opposés au projet. Dans un contexte plus global de mobilisation autour des questions d'environnement, les promoteurs avaient verdi leur copie début octobre, présentant une nouvelle version du projet, "zéro carbone dès 2027", 4.000 arbres plantés et 80 hectares d'espaces naturels recréés en compensation. Ils promettaient également de réduire les surfaces commerciales, alors que les commerçants des environs s'inquiétaient de devoir affronter la concurrence de centaines de boutiques.

"Projet alternatif"

Ces modifications n'auront donc pas convaincu le gouvernement. Emmanuel Macron souhaite faire émerger un "projet alternatif" qui devra être "plus mixte, plus moderne, sans créer un pôle démesuré de consommation, de loisirs et d'objets". Il a confié "la mission à Francis Rol-Tanguy, ancien directeur de l'Atelier parisien d'urbanisme, de travailler avec les élus à l'élaboration d'un nouveau projet".
Les élus locaux étaient très largement favorables à ce projet qui promettait de créer de l'emploi dans la zone. Début octobre, les élus du territoire avaient tenu une conférence de presse aux côtés des promoteurs pour défendre cet aménagement "essentiel" pour le département, qui "a toujours été le parent pauvre" de l'Île-de-France, disaient-ils. "Je n'ose croire qu'il puisse arriver malheur à Europacity", prévenait à cette occasion Marie-Christine Cavecchi, présidente LR du conseil départemental du Val-d'Oise. "Si c'est le cas, les bonnets jaunes et rouges, ça aura été de la gnognotte."

Sentiment d'"abandon" chez certains habitants et élus

Dans l'immédiat, se pose la question de l'avenir de la gare de métro du Grand Paris, qui devait desservir la zone. La gare du "Triangle de Gonesse" (Val-d'Oise) resterait au milieu des champs, et la ligne 17 du métro, qui doit relier d'ici à 2027 Saint-Denis Pleyel à l'aéroport de Roissy Charles-de-Gaulle, n'aurait pas d'utilité sans Europacity, avertissait la Fnaut Île-de-France début octobre. "Il n'y a pas de changement au niveau des projets de transports", assure-t-on à l'Élysée en évoquant notamment la ligne 17.
 "On continuera à se mobiliser pour l'abandon de la gare et de l'idée d'urbaniser le triangle de Gonesse", indique Bernard Loup. Les opposants à Europacity défendent un projet alternatif, Carma (Coopération pour une ambition rurale et métropolitaine d'avenir), pour faire de ces terres la "ceinture alimentaire" qui irriguera le futur Grand Paris en circuits courts. "Europacity c'est fini ! Une très bonne nouvelle. Ce projet était absurde à l'heure de la transition écologique", a réagi le directeur général de Greenpeace, Jean-François Julliard. "Il faut maintenant s'assurer de la préservation de ces terres agricoles, devenues si rares à proximité de Paris."
Mais l'annonce de l'abandon du mégaprojet Europacity et de ses 10.000 emplois potentiels a aussi suscité une déception "immense" chez certains habitants et élus, qui dénoncent l'"abandon" de leur territoire. "Depuis que j'ai appris la nouvelle, j'ai la boule au ventre. C'est la fin d'un espoir", dit à l'AFP Kamel Slimani, membre du Collectif des vrais gens, qui défendait ardemment le projet d'aménagement du triangle de Gonesse. "La déception est immense, on sent un mépris du gouvernement par rapport à la banlieue, on a l'impression que le président nous marche dessus juste, pour dire qu'il fait de l'écologie. L'est du Val-d'Oise, c'est le parent pauvre de l'Île-de-France. On n'a rien, pas de transports, pas de métro, on est abandonnés", ajoute cet éducateur, militant associatif de longue date à Goussainville. Selon lui, "l'émotion est grande et il ne faudra pas s'étonner si ça pète".
Pour Ali Soumaré, conseiller régional PS de Villiers-le-Bel, "on se fait une virginité écolo sur le dos de la banlieue". "Tout le monde sait que c'est pas Europacity qui va siphonner la planète, on parle de terres archi-polluées, entre des autoroutes et des aéroports. Cette décision, c'est une belle hypocrisie", dit-il. "Je mets au défi Emmanuel Macron de venir dans ce territoire pour dire quel est l'avenir", a conclu l'élu. Dans un communiqué, le maire PS de Gonesse, Jean-Pierre Blazy, a déploré "une décision incompréhensible et inacceptable" qui sacrifie un territoire "au nom d'une vision uniquement symbolique de l'écologie". "Manifestement, Emmanuel Macron n'a pas compris l'avertissement de son peuple par la voix des 'gilets jaunes'. C'est une exécution en règle sans autre forme de procès, au détriment d'une population que le président abandonne", écrit-il.

"Plan d'urgence pour le Val-d'Oise"

Valérie Pécresse a pour sa part affirmé dans un communiqué prendre "acte de la décision" de ne pas poursuivre le projet Europacity". Mais "face aux conséquences sociales de l'abandon de ce projet, qui se voulait créateur de milliers d'emplois à l'horizon 2027", la présidente de la région Île-de-France "en appelle solennellement au gouvernement pour définir, en partenariat avec la région et le département, un plan d'urgence pour le Val-d'Oise, département qui payera le plus lourd tribut suite à l'abandon du projet Europacity". Elle "exige" également de l'État "la sanctuarisation de la ligne 17 du Grand Paris, seul projet de transport structurant concernant le Val-d'Oise, le reliant à l'aéroport de Roissy, au parc des expositions de Villepinte et à la Seine-et-Marne, indispensable pour assurer le désenclavement de ces territoires". La région se dit "prête à porter et s'engager sur tout nouveau projet qui permettra de concilier création d'emploi et enjeux écologiques pour l'est du Val-d'Oise", estimant qu'"une nouvelle dynamique économique et sociale est indispensable pour redonner espoir et répondre à l'urgence sociale de ces territoires aujourd'hui délaissés par l'État".

 

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