Aqua Domitia : Carole Delga appelle l’État à appliquer la "méthode Notre-Dame"

Confrontée à une baisse annoncée des ressources en eau sur le littoral occitan, la région Occitanie veut accélérer l’extension d’Aqua Domitia, ce réseau destiné à acheminer l’eau du Rhône vers les départements situés à l’ouest de l’Hérault. La présidente de région demande à l’État de classer le projet parmi les "Grands projets stratégiques" afin de réduire des délais administratifs jugés incompatibles avec l’urgence climatique et hydrique.

Malgré les pluies abondantes de l’hiver 2026, le littoral occitan reste confronté à une vulnérabilité structurelle face à la sécheresse. Au-delà des actions ponctuelles déjà déployées sur le territoire - économies d’eau, réduction des fuites, optimisation des réseaux de transferts, réutilisation des eaux usées traitées ou encore création d’ouvrages de stockage, la région Occitanie a impulsé en 2012 un programme d’aménagement hydraulique - Aqua Domitia - destiné à acheminer une partie de l’eau du Rhône vers les territoires littoraux entre Montpellier et Narbonne.

En vue de la prolongation de cet adducteur, une étude Aqua Littoral a été lancée par la région, financée à 30% par la Banque des Territoires, 30% Agence de l’eau Rhône Méditerranée Corse, 20% par les départements de l’Aude et des Pyrénées-Orientales, et 20% par la région, pour un coût total de 300.000 euros.

Selon les premiers résultats présentés le 13 février 2026 par la région et la préfecture, la baisse hydrologique pourrait atteindre -48% l’été, d’ici 2070. Dans le même temps, les besoins en eau continueront de progresser sous l’effet conjugué du tourisme, de la croissance démographique et des besoins agricoles.

Un projet de territoire

Face à cet "effet ciseau" entre ressources en baisse et consommation en hausse, l’extension d’Aqua Domitia apparaît comme "une réelle opportunité", affirme la présidente de région, Carole Delga. Selon elle, le transfert d’eau depuis le Rhône doit venir compléter les autres solutions déjà mises en œuvre sur le territoire.

Le préfet de région, Pierre-André Durand, insiste toutefois sur la nécessité d’une gouvernance collective du projet. "C’est avant tout un projet de territoire, pour les élus et les usagers, qui nécessite leur implication pleine et entière", souligne-t-il. Pour le représentant de l’État, l’extension du réseau hydraulique ne pourra aboutir sans une adhésion locale forte.

Reste désormais la question des délais administratifs. Les procédures nécessaires à la réalisation du projet pourraient s’étaler sur plus d’une décennie. Carole Delga demande donc à l’exécutif national d’intégrer Aqua Domitia à la liste des "Grands projets stratégiques" (GPS), bénéficiant de la "méthode Notre-Dame", le dispositif mis en place par le gouvernement pour accélérer les grands projets freinés par les lourdeurs administratives (lire notre article du 22 avril).

Une réunion de travail demandée à Emmanuel Macron

Dans un courrier adressé le 12 mai à Emmanuel Macron, resté sans réponse à ce jour, la présidente de région sollicite une réunion de travail avec le chef de l’État. Elle souhaite lui présenter Aqua Domitia mais aussi plusieurs projets industriels et économiques régionaux dans les domaines de l’aéronautique, du spatial, des énergies renouvelables, de la santé, de l’agriculture ou encore de la viticulture, qui auraient mérité, selon l’élue, de figurer dans la liste des Grands projets stratégiques. Au lieu de cela, la carte des 150 GPS dévoilée le 22 avril dernier à l’occasion du déplacement du chef de l’État dans l’Allier, "laisse à penser que seuls cinq projets, pour lesquels la méthode Notre-Dame serait appliquée, figureraient en Occitanie", regrette Carole Delga.

Les services de la région indiquent par ailleurs avoir découvert ces projets retenus "par la presse spécialisée", dénonçant une méthode éloignée de l’approche "bottom up" pourtant défendue par l’Élysée, censée s’appuyer sur les remontées des territoires et des préfectures après concertation.

Des démarches plus longues que les travaux eux-mêmes

Alors que l’étude Aqua Littoral doit s’achever en octobre 2026, la présidente de région juge "nécessaire" que la méthode Notre-Dame soit appliquée à l’extension d’Aqua Domitia, surnommée la "Cathédrale de l’eau" d’Occitanie. Objectif : lever les freins financiers et réglementaires qui vont se présenter dans les prochaines étapes.

"Les démarches administratives risquent d’être plus longues que les travaux eux-mêmes", prévient la collectivité, qui plaide pour un raccourcissement des délais sans remise en cause des exigences environnementales. Selon elle, les procédures actuelles sont devenues "trop longues", au risque d’éloigner la décision politique des citoyens.

 

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